De passage à Strasbourg, mardi 11 mars, à l’invitation de la CCI Alsace Eurométropole et face à un parterre d’une trentaine de dirigeants, Jean-Pierre Farandou a fait grincer quelques dents en se prononçant publiquement en faveur du R-Pass, du nom de l’écotaxe poids lourds que la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) instaurera début 2027 en vue de réduire le trafic international de transit sur les principaux axes autoroutiers alsaciens. "Je salue l’initiative prise par la CeA. Vous n’êtes peut-être pas du même avis que moi mais je vois cela d’un bon œil", a indiqué le président du groupe SNCF, qui a réalisé 43 milliards d’euros de CA en 2024, avant de rappeler que son groupe était lui-même transporteur routier avec sa filiale Geodis.
En attente "d’actes volontaristes" en faveur du fret ferroviaire
S’il se définit comme un "militant du fret ferroviaire", Jean-Pierre Farandou en appelle à des "actes volontaristes" de la part des pouvoirs publics pour opérer cette transition. "Si on laisse faire le marché, on sera mort par rapport aux camions, prédit-il au sujet des petites charges de l’ordre de 40 tonnes. Cela pose question par rapport aux matières dangereuses transportées, à l’environnement et aux infrastructures car les autoroutes ne sont pas infinies". Que ce soit en terme de durabilité ou bien de créations comme le laisse présager actuellement le feuilleton du tronçon de l'A69 entre Castres et Toulouse.
Un milliard d’euros à trouver le TER Strasbourg-Bâle
Aujourd’hui âgé de 67 ans, le dirigeant qui cédera son poste au courant du printemps, pointe deux défis majeurs à venir pour son groupe : la qualité de l’état du réseau ferroviaire et l’ouverture progressive à la concurrence où il "faudra gagner deux-tiers des marchés pour rester compétitifs".
Des TER moins rapides en plaine d’Alsace d’ici 2028 ?
Pour l’Alsace, Jean-Pierre Farandou met également la pression sur la Région Grand Est qui gère les TER transitant sur la plaine d’Alsace entre Strasbourg et la ville frontalière suisse de Bâle, habituellement saturés aux heures de pointe, et qui transportent quotidiennement 30 000 voyageurs à près de 200 km/h. "Si on ne trouve pas le milliard d’euros qu’il nous manque d’ici 2028, bien qu’on prévoie d’injecter au départ 500 millions d’euros, on ne pourra pas maintenir notre qualité de services avec, pour conséquence, la baisse de la maintenance sur certaines lignes qui seront forcément ralenties car l’enjeu reste la sécurité", signale le président du groupe SNCF.