Depuis son passage dans le giron de la Région Occitanie en 2007, le Port de Sète (Hérault) a bénéficié de 600 millions d’euros d’investissements : 180 millions d’euros apportés par la Région elle-même, 130 millions par l’établissement public régional (EPR) Port de Sète Sud de France (100 salariés) qui l’exploite, et 290 millions par les opérateurs privés. Selon les priorités définies par le plan "Smart & Green Port" sur la période 2021/2025, une part importante de cet effort financier visait à accélérer la décarbonation de ses activités maritimes et terrestres. De fait, la Région Occitanie a fait le point, en novembre 2025, sur trois équipements stratégiques incarnant cette vision.
Une nouvelle drague à 30 millions d’euros
Selon la vieille tradition maritime, la Région a d’abord "baptisé" Hydromer, une drague de 70 m de long, destinée à retirer des bassins portuaires les sédiments qui s’accumulent au gré des tempêtes et des mouvements de bateaux. Construit par les Chantiers Piriou de Concarneau (Finistère), le navire a bénéficié d’un investissement de 30 millions d’euros, dont 26,7 millions financés par la Région. Doté d’une propulsion électrique, qui réduit son impact carbone et ses émissions acoustiques, il peut transporter 1 500 m3 de sédiments. "Les services hydrographiques du port établissent régulièrement des bathymétries pour savoir à quelle profondeur nous pouvons nous positionner. Ensuite, les sédiments dragués sont rejetés en mer ou valorisés sur des plages ou permettent d’étendre le foncier de zones comme la Zifmar (zone industrielle fluvio-maritime, NDLR)", décrit David Lenoble, capitaine d’Hydromer, à la tête d’un équipage de 10 marins.
Une première technologique en Méditerranée
Opérationnelle depuis septembre 2024, Hydromer a déjà dragué 440 000 m3 de sédiments, l’équivalent de 150 piscines olympiques. Mais le navire basculera bientôt vers un mode opératoire encore plus "vert" : il s’agit en effet de la première drague en Méditerranée conçue pour recevoir une pile à hydrogène, fabriquée par Alstom et homologuée en septembre 2025. Après l’installation de 4 conteneurs d’hydrogène marinisés (capacité : plus de 1,6 T), les tests de validation seront finalisés à l’été 2026. Hydromer offrira alors un débouché direct à l’usine Hyd’Occ, dédiée à la production d’hydrogène vert, que l’énergéticien montpelliérain Qair bâtit à Port-la-Nouvelle (Aude), avec l’appui financier de l’Arec (Agence régionale énergie climat).
Au total, l’impact environnemental d’Hydromer permettra d’éviter le rejet de 700 T de CO2 dans l’air chaque année. "Entre l’arrivée d’une drague hybride à Sète et la production massive assurée par l’usine de Port-la-Nouvelle, nous avons mis en place un écosystème complet de l’hydrogène", apprécie Carole Delga, présidente de la Région Occitanie.
Un outil à vocation commerciale
Face au coût financier d’Hydromer, la Région a aussi choisi de rentabiliser la drague en créant l’EPR Dragage Occitanie (24 agents), annoncé lors de cette présentation. Le navire répondra en effet aux besoins de la Région dans trois ports (Sète, Port-la-Nouvelle, Grau-du-Roi) sur les deux tiers de l’année seulement. Pour le tiers restant, cette nouvelle structure commercialisera les services offerts par Hydromer auprès des autres ports publics et privés de l’arc méditerranéen. Parmi les opérateurs intéressés figurent déjà Voies Navigables de France, pour l’entretien du canal du Rhône à Sète. "L’idée est d’offrir une solution de dragage locale en Méditerranée, puisque la seule solution existante à ce jour est une drague opérant en Europe du Nord", précise Philippe Malagola, président du Port de Sète.
Électrifier les ferries et navires
Par ailleurs, les autorités portuaires ont également présenté le chantier en cours de déploiement pour l’électrification à quai : cette infrastructure, qui couvrira à terme quatre quais du Port de Sète, permettra aux navires et aux ferries de s’alimenter directement auprès du réseau électrique terrestre, et de couper leurs moteurs pendant une escale. L’investissement (7 M€) évitera lui aussi le rejet de 4 800 T de CO2 par an.
Après une phase de tests conduite en 2024 et 2025, les branchements interviendront en 2026. La première compagnie à franchir le pas pour adapter un de ses ferries à l’électrification est le français Corsica Linea. Elle est suivie par l’armateur danois DFDS, qui opère une liaison entre les ports de Yalova (Turquie) et Sète. "Notre groupe souhaite atteindre le zéro carbone en 2050, avec une étape à -45 % en 2030. Le bio fioul est une première solution pour cela, et l’électrification à quai en est une autre. Nous accompagnons le projet de Sète en investissant 750 000 euros dans la conversion d’un premier navire, qui sera branché à quai en janvier 2026", annonce Jimmy Marolle, responsable de DFDS France.
Relier le rail et la mer
Enfin, la Région Occitanie et ses partenaires ont officiellement inauguré le nouveau terminal ferroviaire (surface : 6 ha) du Port de Sète, après sept dans de développement. Destinée au transport de marchandises en Europe, cette plateforme multimodale positionne des semi-remorques préhensibles et des conteneurs, apportés par voie maritime, sur des trains, offrant une alternative au transport routier (30 000 T de CO2 évitées par an).
Elle utilise pour cela la technologie "Modalhor", créée par la société alsacienne Lohr : le terminal assure un chargement horizontal des semi-remorques, sans recourir à des grues. Il peut, par exemple, charger ou décharger 18 semi-remorques en une heure, avec 3 opérateurs présents seulement. L’objectif du port est d’en transporter 45 000 par an, à terme.
L’équipement a nécessité 19,4 millions d’euros d’investissement, dont 10 millions apportés par l’exploitant VIIA, filiale de la SNCF. Présent lors de cette présentation, Jean Castex, nouveau président du groupe, a souligné l’importance stratégique du fret pour la France : "Ce projet multimodal a été rendu possible par le Plan de relance 2020 que j’ai lancé à l’époque en tant que Premier Ministre. Je me suis alors tourné vers des partenaires comme la Région Occitanie. Il faut en effet démultiplier les effets de ce plan dans les territoires car la part modale du fret ne cesse de baisser : à peine 3 % de parts de marché par rapport à l’autoroute", affirme-t-il.
Une autre impulsion financière
Au-delà de l’aspect environnemental, ces trois projets sont aussi pour le Port de Sète des vecteurs de croissance commerciale. La zone portuaire, qui génère un milliard d’euros de chiffre d’affaires et concentre 2 300 emplois directs et indirects, ambitionne de porter son trafic de marchandises de 6 à 7 millions de tonnes par an. Une nouvelle salve d’investissements est déjà annoncée par la Région Occitanie, sur la période 2026/2030, pour l’accompagner : d’un montant de 150 millions d’euros, elle permettra notamment de livrer 2 nouveaux quais.