Dans le cadre de la labellisation Territoire d’industrie obtenue en 2023, les collectivités territoriales des Pyrénées-Orientales ont identifié trois sous-filières prioritaires au sein de l’économie bleue : l’industrie nautique, les biotechnologies marines, et l’innovation valorisant l’eau douce. Sur cette base, elles rédigent un plan d’actions à dix ans, dont la création d’un cluster d’entreprises ciblé sur le sujet. La proposition émane des entreprises catalanes elles-mêmes, désireuses d’approfondir leurs liens autour d’une ambition commune : créer de la valeur tout en prenant mieux en compte la dimension durable des océans, mers et littoraux.
Priorité à la décarbonation
"Ce sont les concepts de décarbonation et de développement durable qui caractérisent le passage d’une économie maritime classique à l’économie bleue. Nous allons par exemple pousser l’industrie nautique à condition qu’elle soit éco-performante", explique Leïla Meistertzheim, fondatrice de Plastic@Sea (15 salariés), qui crée des solutions testant la toxicité des plastiques dans l’environnement. Celle-ci figure parmi les 50 entrepreneurs contactés pour s’engager dans cette démarche de clusterisation. Ils sont aidés par France Cluster et la CCI des Pyrénées-Orientales dans le travail de structuration juridique et opérationnel.
Des besoins en sous-traitance
Premier axe du futur cluster, l’industrie nautique des Pyrénées-Orientales (104 entreprises, 850 emplois), déjà en pointe dans la construction de catamarans, sera accompagnée pour développer des segments de sous-traitance encore peu présents (carénage, maintenance, refit). "Le foncier à bord de quai étant rare, l’enjeu sera de rediriger les dossiers d’implantation vers les territoires voisins du pôle nautique de Canet-en-Roussillon, pour les entreprises n’ayant pas ce besoin de proximité à l’eau", précise Saïda El Kallai, conseillère entreprises à la CCI des Pyrénées-Orientales. À cette fin, la Communauté de communes des Albères, de la Côte Vermeille et de l’Illibéris (CCACVI) développe une zone d’activités intégrée à la feuille de route Territoire d’industrie : avec une superficie de 23 ha, elle affichera la plus grosse capacité d’accueil.
Muscler l’émergence des pépites
Les biotechnologies marines, formant le deuxième axe du cluster, s’appuient déjà sur un réseau scientifique de renommée mondiale, dont l’épicentre est l’Observatoire Océanologique de Banyuls-sur-Mer (200 agents, budget : 16 M€). Celui-ci dispose d’Arago, un incubateur de start-up, mais les patrons mobilisés pour le cluster veulent aller plus loin. "Les pépinières comme Arago ne proposent que des baux précaires de 26 mois. Le cluster devra faciliter la création d’un pôle des technologies bleues, avec des baux de plus longue durée", évoque Leïla Meistertzheim. Là encore, la CCACVI porte un projet d’hôtel d’entreprises, pour lequel elle prospecte des lieux d’implantation possible, dont l’un (2 ha) est mitoyen de l’Observatoire. L’investissement pourrait s’élever à 2 ou 3 millions d’euros.
Un laboratoire à ciel ouvert
Enfin, le troisième axe, qui vise l’expérimentation autour de l’eau douce, s’explique par la situation du département. Frappé par un grand stress hydrique depuis plusieurs années, il devient de facto un laboratoire à ciel ouvert pour les solutions innovantes qui rationalisent l’usage de la ressource. Le sujet étant porté jusqu’ici par des collectivités ou des acteurs établis comme Veolia, le cluster s’emploiera à attirer plus d’industriels sur le sujet. "Les Pyrénées-Orientales comptent de nombreuses PME dans le cycle de l’eau, de la gestion au contrôle qualité en passant par la reut (réutilisation d’eaux usées traitées, NDLR). Elles ont aussi vocation à s’exporter", indique Leïla Meistertzheim.
La structuration se précise
Le cluster naissant s’est doté, en mars 2026, de son premier bureau. Il va désigner sous peu deux entrepreneurs par grande verticale, chargés de les animer et de stimuler les échanges. En attendant de créer une gouvernance plus pérenne, où les patrons siégeront en majorité, le cluster va aussi initier ses premières actions de communication. Ici, le Blue Tech Show, salon professionnel de l’économie bleue (400 à 500 participants en moyenne) organisé tous les ans dans les Pyrénées-Orientales, sera positionné comme une vitrine privilégiée du cluster. La quatrième édition, prévue en novembre, lancera la démarche.