Après la crise énergétique de 2022, dans le contexte de tensions très fortes sur le plan géopolitique, le marché de l’énergie connaît une évolution rapide. Quelles sont les grandes tendances que vous observez ?
Nous assistons à une accélération de l’électrification des usages, dans les transports, l’industrie, le bâtiment, entre autres. Cette électrification est indispensable pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Le rapport de l’ONU d’octobre 2024 montre en effet que nous sommes sur une trajectoire de réchauffement de + 3,1°C, bien au-delà des objectifs de l’Accord de Paris. Pour inverser cette tendance, il faut substituer massivement l’électricité décarbonée aux énergies fossiles.
Quelle est la situation actuelle dans notre pays ?
En France, l’électricité bas carbone est disponible grâce à la remontée en puissance de la production nucléaire et à l’accélération du développement des énergies renouvelables, hydrauliques, éoliennes et solaires, qui constitue 95 % de notre électricité. La production nucléaire a atteint 361 TWh en 2024 contre 320 TWh en 2023, et nous avons exporté 90 TWh d’électricité vers l’Italie, l’Allemagne et la Belgique.
Les prix de l’électricité sont revenus à des niveaux plus bas. Quelles conséquences pour les entreprises ?
L’accord post-ARENH signé en novembre 2023 a changé les règles du marché. Désormais, EDF et les autres fournisseurs peuvent proposer des contrats à long terme sur 4 à 5 ans. Cette stabilité permet aux entreprises de mieux prévoir leur budget énergétique, d’avoir une meilleure visibilité sur le coût de leur consommation.
Nous avons ainsi signé plus de 500 contrats de fourniture d’électricité dans l’Ouest pour 2,5 TWh de consommation à horizon 2028-2029. Cela représente un taux de pénétration de 30 % en nombre d’entreprises et 40 % en volume d’électricité vendue.
L’accord ARENH (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique) proposait une électricité à 42 euros le MWh, contre 62 euros sur ce nouveau contrat de moyen terme ? D’où vient cette augmentation ?
L’augmentation du prix de l’électricité entre l’ARENH (42 €/MWh) et les nouveaux contrats de moyen terme (62 €/MWh) s’explique par plusieurs facteurs évoqués. Instauré en 2010, le prix ARENH était obsolète. Il n’avait jamais été réévalué malgré l’augmentation des coûts d’exploitation du parc nucléaire. Ce tarif ne couvrait plus les coûts réels de production de l’électricité nucléaire. À partir du 1er janvier 2026, le dispositif ARENH prend fin et laisse place à un marché basé uniquement sur des prix négociés à moyen et long terme, alignés sur les coûts réels de production. Qu’est-ce qui appuie cette analyse ?
Le dernier rapport de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) estimait le coût complet du nucléaire autour de 60 €/MWh, sans tenir compte du coût du renouvellement des infrastructures. Le nouveau prix est plus proche du coût de production réel. Avec les nouvelles règles du marché de l’électricité en Europe, EDF et les fournisseurs doivent proposer des offres reflétant la réalité économique du secteur énergétique, notamment en intégrant les coûts liés à la modernisation du parc nucléaire et au développement des énergies renouvelables. N’oublions pas que ce prix de l’électricité est très inférieur aux pics de 1 100 €/MWh atteints en 2022.
Comment EDF accompagne-t-il concrètement la transition énergétique des entreprises dans l’Ouest ?
Nous travaillons sur trois axes : la décarbonation des usages, l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables locales. Par exemple, nous accompagnons le Groupe Pasquier (agroalimentaire) sur la récupération de chaleur, qui couvre déjà 90 % de leurs besoins en eau chaude. Nous travaillons également à l’électrification de leurs fours pour réduire leurs émissions de CO2. Avec Somaloir (logistique portuaire), nous avons remplacé plusieurs équipements fossiles par des solutions électriques et accompagné la mise en place du transport intermodal ferroviaire, permettant d’éviter plusieurs milliers de tonnes de CO2. Pour Le Mans Métropole Habitat, nous avons accompagné la rénovation thermique de 5 300 logements sociaux, réduisant de 80 000 tonnes les émissions de CO2.
Comment financez-vous ces projets ?
Nous mobilisons plusieurs dispositifs, notamment les Certificats d’économie d’énergie (CEE). Ces certificats incitent les entreprises et collectivités à réaliser des travaux de rénovation énergétique en les aidant à financer leurs investissements. EDF a l’obligation de produire des CEE sous peine de pénalités, ce qui nous pousse à encourager activement les économies d’énergie.
EDF propose-t-il des contrats à long terme, sur 10 ou 15 ans ?
Oui, pour certains clients électro-intensifs, nous signons des contrats d’allocation de production nucléaire sur 10-15 ans. Il ne s’agit pas de simples contrats de fourniture, mais d’accords de partenariat industriel permettant aux entreprises d’avoir accès à une production énergétique stable et prévisible sur la durée. Ces contrats couvrent en général 50 % de leurs besoins. Ils concernent les industriels de la sidérurgie, les cimentiers, par exemple, qui sont d’énormes consommateurs. Les discussions sont engagées et prennent du temps car ce sont des contrats de gré à gré pour des volumes très importants.
Comment EDF se positionne-t-il par rapport aux prix de l’électricité aux États-Unis et en Chine ?
Il est difficile de lutter face à la Chine qui pratique dès prix effectivement très bas, pour des tas de raisons et dans tous les secteurs. Mais contrairement aux idées reçues, l’électricité française est compétitive, même face aux États-Unis. Certains États américains affichent des prix inférieurs, notamment grâce au gaz de schiste, mais en moyenne, les prix sont comparables à ceux de la France. Mais il est vrai que le prix moyen de l’électricité en Europe est plus élevé qu’aux États-Unis. Reste que la France offre une électricité décarbonée, à plus de 95 %, avec une intensité carbone de 33 g/kWh contre plus de 400 g/kWh en Allemagne et des niveaux encore plus élevés en Chine et aux États-Unis.
Les industriels recherchent désormais une électricité non seulement abordable, mais aussi durable. La France devient ainsi une destination privilégiée pour l’implantation de data centers et d’usines nécessitant une électricité fiable et propre. C’est un atout majeur pour EDF, qui propose une offre stable et conforme aux engagements environnementaux des entreprises.
Quel est votre objectif pour 2025 ?
Nous visons à augmenter notre taux de pénétration dans l’Ouest, en approchant les 60 % en volume d’électricité vendue. L’appétence des entreprises pour les contrats à moyen terme montre qu’elles cherchent de la prévisibilité et de la stabilité dans leur approvisionnement en énergie.
Nous sommes convaincus que l’électrification des usages est la meilleure voie pour décarboner notre économie. EDF est prêt à accompagner toutes les entreprises et collectivités qui souhaitent s’engager dans cette transition. Nous disposons des compétences, des moyens et d’une électricité propre et compétitive pour y parvenir. Sur le seul marché français, l’énergie consommée est de l’ordre de 1 500 TWh, dont 430 TWh d’électricité, et le reste pour les énergies fossiles. Nous avons donc une belle marge de progression pour décarboner tous nos usages.