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La start-up strasbourgeoise Nabu lève 3 millions d’euros avec l’entrée de Getlink à son capital
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La start-up strasbourgeoise Nabu lève 3 millions d’euros avec l’entrée de Getlink à son capital

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La start-up Nabu, spécialisée dans l’automatisation des formalités douanières, boucle une levée de fonds de 3 millions d’euros. Basée entre Strasbourg et Paris, l’entreprise veut accélérer son déploiement en Europe et répondre à une complexité réglementaire croissante qui pèse sur les entreprises du commerce international.

Arnaud Doly, fondateur et directeur général de Nabu, start-up strasbourgeoise spécialisée dans l’automatisation des formalités douanières — Photo : Marine Dumeny

"Dans le traitement des formalités douanières, la norme reste très manuelle : des équipes reçoivent des e-mails toute la journée, vérifient les documents et ressaisissent les informations", observe Arnaud Doly, fondateur de Nabu.

Derrière la circulation des marchandises, le dédouanement repose encore sur une mécanique fragmentée. Factures, listes de colisage et instructions transitent par mail, avant d’être vérifiées, croisées puis intégrées dans différents outils. Une succession d’opérations répétitives, dans une chaîne impliquant importateurs, transporteurs, banques et administrations.

À l’échelle européenne, cette complexité est renforcée par l’existence de systèmes nationaux distincts selon les pays. Malgré le marché unique, les entreprises doivent composer avec des règles et des procédures encore largement hétérogènes.

Automatiser la préparation, pas la décision

C’est sur cette couche opérationnelle que se positionne Nabu. Fondée en 2022 et basée entre Strasbourg et Paris, la start-up développe une plateforme capable de préparer automatiquement les formalités à partir des documents transmis.

L’outil agrège les données issues des pièces jointes, du contenu des e-mails et, le cas échéant, des dossiers précédents, afin de proposer une déclaration préremplie. Le déclarant conserve la responsabilité finale, mais n’intervient plus sur la saisie brute.

L’automatisation peut atteindre 100 % sur certains dossiers, en fonction de la qualité des informations disponibles. Mais le périmètre reste volontairement encadré. "Sur les contrôles réglementaires, on ne peut pas se permettre qu’un système invente une donnée", insiste Arnaud Doly, qui écarte l’usage de l’IA générative sur ces fonctions sensibles.

Des gains de productivité mesurés

L’intérêt économique repose sur le volume. Une déclaration nécessite en moyenne quelques minutes de traitement, auxquelles s’ajoute environ une minute par ligne produit. Multipliée par des centaines de dossiers quotidiens, cette charge devient structurante pour les acteurs du secteur.

Sur un échantillon de 10 602 formalités analysées en 2025, Nabu estime un gain de temps moyen de 74,6 %, avec des niveaux pouvant dépasser 90 % pour les dossiers les plus complexes.

Pour les entreprises, deux leviers se dessinent : absorber davantage de flux à effectif constant ou réduire les ressources mobilisées sur ces tâches. "C’est soit des économies, soit de la croissance", résume le dirigeant.

Réduire les erreurs à fort impact

Au-delà du temps, l’automatisation vise aussi à fiabiliser des points sensibles. Les écarts entre documents (quantités, montants, poids) sont fréquents et nécessitent des vérifications systématiques.

Autre enjeu : la classification douanière. Chaque produit doit être associé à un code précis, qui conditionne les droits applicables. Une erreur, qu’elle soit involontaire ou opportuniste, peut exposer l’importateur à un redressement, voire à des sanctions.

La plateforme intègre ainsi des mécanismes de contrôle et des indicateurs de confiance, destinés à orienter l’attention des opérateurs vers les dossiers à risque.

Une complexité réglementaire en accélération

Ce positionnement s’inscrit dans un contexte de durcissement des règles. Le nombre de formalités liées à l’import-export dépasse déjà les 365, et continue de croître sous l’effet des évolutions réglementaires et des tensions commerciales.

Plusieurs chantiers européens doivent encore renforcer cette dynamique, notamment la réforme du code des douanes de l’Union, la mise en place d’un data hub et la centralisation progressive de certaines procédures.

L’objectif affiché par Nabu est de construire une plateforme capable d’absorber cette complexité, en couvrant à la fois plusieurs pays et, à terme, un ensemble élargi de formalités.

Cap sur les grands flux européens

L’entreprise compte aujourd’hui une quinzaine de clients, principalement en France, en Belgique et aux Pays Bas. Un positionnement logique au regard du rôle des ports d’Anvers et de Rotterdam, points d’entrée majeurs des marchandises en Europe.

Des déploiements sont en cours en Allemagne et au Royaume-Uni, marchés particulièrement exposés aux contraintes douanières, notamment depuis le Brexit.

L’entrée de Getlink au capital s’inscrit dans cette stratégie. Le groupe, opérateur du tunnel sous la Manche, développe des services liés à la gestion des flux transfrontaliers et à la « frontière intelligente ».

Vers une plateforme globale du passage en frontière

Le modèle économique repose aujourd’hui principalement sur une facturation à la formalité, avec des tarifs dégressifs selon les volumes, complétée dans certains cas par une approche SaaS pour les grands comptes.

Mais Nabu réfléchit déjà à des modèles plus fins, liés à la complexité réelle des dossiers traités. À terme, la start-up ambitionne de dépasser le seul périmètre de la déclaration douanière pour couvrir l’ensemble des formalités liées au passage des marchandises aux frontières.

Une évolution qui vise à transformer un ensemble de processus encore fragmentés en une infrastructure plus intégrée, à mesure que la pression réglementaire et les volumes d’échanges continuent de croître.

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