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La rentabilité s'est dégradée chez les industriels bretons de l'agroalimentaire
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La rentabilité s'est dégradée chez les industriels bretons de l'agroalimentaire

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Une étude financée par la Région a été menée sur la situation économique de l'industrie agroalimentaire bretonne en la comparant avec les données du secteur pour la France. Moins rentable, plus fragilisé, moins agile dans ses investissements, l'agroalimentaire breton traverse une période morose.

Rémi Cristoforetti, président de l'Abea, Claudine Hurman, directrice régionale de la Banque de France et Arnaud Lécuyer, vice-président régional de l'agroalimentaire, ont communiqué les résultats de l'étude sectorielle. — Photo : Ségolène Mahias

Tordre le cou aux idées reçues et apporter des éléments factuels et chiffrés. C’est tout l’objet de l’étude financée par la Région, réalisée par la Banque de France et restituée par l’Association Bretonne des Entreprises Agroalimentaires (ABEA). L’étude porte sur la situation économique et financière des industries agroalimentaires (IAA) en Bretagne. "Jusqu’à présent, sur le sujet, nous avons beaucoup fonctionné sur des mythes ici en Bretagne, dans les discours parisiens, dans les négociations commerciales, où l’idée peut être que l’industrie agroalimentaire empoche la valeur ajoutée entre le producteur et le consommateur", indique en préambule, Arnaud Lécuyer, vice-président en charge de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de l’alimentation à la Région.

Afin d’avoir des données chiffrées, la Banque de France a passé au crible de très nombreuses données financières des industries agroalimentaires bretonnes, entre 2019 et 2023, en les comparant aux industries agroalimentaires françaises. 606 entreprises bretonnes (sur les 1 200 existantes en Bretagne), ayant leurs sièges locaux en région, ont été scrutées. "88 % sont des TPE/PME/ETI, seules 12 % sont des grandes entreprises", avance l’élu. Elles représentent 70 170 salariés et pèsent 34,3 milliards d’euros.

Dans le détail, l’évolution du chiffre d’affaires qui s’établissait à 13,7 % pour les industries agroalimentaires françaises comme pour les bretonnes est désormais de 7,6 % à l’échelle nationale quand il est de 6,8 % pour l’agroalimentaire breton.

"Depuis 2022, la valeur ajoutée de la Bretagne stagne à 2,4 % quand elle prend son envol, à l’échelle de la France, à 6,4 %", détaille Claudine Hurman, directrice régionale de la Banque de France.

Une rentabilité dégradée

Sur le volet de la rentabilité, le taux de résultat courant était de 1,8 % en 2019 pour les entreprises bretonnes du secteur et de 1,9 % en 2023 quand il était monté à 2,4 et 2,6 % en 2020 et 2021, en pleine crise sanitaire.

Sur la même période, l’ensemble des industries agroalimentaires tricolores a gagné 0,4 % de rentabilité avec une évolution forte du taux de résultat courant qui a atteint 4,3 % en 2021 pour s’établir en 2023 à 3,3 %.

"L’agroalimentaire breton n’a pas pu retrouver des marges plus confortables qu’avant le Covid ", résume Claudine Hurman.

Concernant les entreprises déficitaires, les entreprises bretonnes suivent la même trajectoire que l’ensemble des sociétés françaises : leur part est passée d’un quart en 2019 à un tiers en 2023. "Nous avons une situation qui s’est dégradée dans la filière", ajoute la directrice régionale de la Banque de France. Autre situation dégradée, le taux d’investissement qui n’est plus que de 16,4 %, en 2023, chez les industriels bretons quand il est de 21,4 % en France. L’outil industriel breton est en phase de vieillissement.

Comment aborder les défis futurs ?

"Ces chiffres montrent, que depuis la fin de la crise sanitaire, nous avons vécu une vraie période de décroissance de la rentabilité de nos entreprises agroalimentaires", insiste Rémi Cristoforetti, président de l’Abea et directeur général de la coopérative Le Gouessant (Côtes-d’Armor). Il entend faire passer un message de ce qu’est la première région agroalimentaire de France. "Nous sommes au cœur du repas des Français. Or, nous sommes dans une situation de rentabilité économique qui est difficile à tenir." Il s’inquiète des difficultés à affronter les défis futurs : "comment allons-nous pouvoir investir dans la décarbonation que nous chiffrons à 6 milliards d’euros quand nous parvenons à investir à hauteur 650 à 700 millions d’euros ?"

Fort de cette photographie chiffrée, l’agroalimentaire breton espère pouvoir trouver des leviers pour avoir de la visibilité, retrouver de la rentabilité afin d’être au cœur des enjeux de souveraineté alimentaire.

Bretagne # Agroalimentaire # TPE # PME # ETI # Grandes Entreprises