La fragilité de l’agroalimentaire breton tient à une rentabilité en berne, des investissements insuffisants et un outil industriel vieillissant. C’est ce que révèle une étude financée par la Région, réalisée par la Banque de France et restituée par l’Association Bretonne des Entreprises Agroalimentaires (ABEA). L’objectif : dépasser les idées reçues selon lesquelles la filière capterait toute la valeur ajoutée entre producteurs et consommateurs, et mettre en lumière la réalité économique d’un secteur clé.
L’analyse a porté sur plus de 600 entreprises, soit la moitié des industries agricoles et alimentaires régionales, représentant plus de 70 000 emplois et 34,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Majoritairement des TPE, PME ou ETI (88 %), elles constituent un tissu essentiel mais vulnérable. Entre 2019 et 2023, leur chiffre d’affaires a progressé (de + 6,8 % contre + 7,6 % en France), mais la valeur ajoutée stagne à 2,4 %, loin des 6,4 % observés au niveau national.
Le secteur peine à conserver ses marges
La rentabilité est également un point faible. Sur le volet de la rentabilité, le taux de résultat courant était de 1,8 % en 2019 pour les entreprises bretonnes du secteur et de 1,9 % en 2023 quand il était monté à 2,4 et 2,6 % en 2020 et 2021, en pleine crise sanitaire. Les marges retrouvées pendant la crise sanitaire n’ont pas été consolidées.
Le taux d’investissement plus faible qu’ailleurs en France
L’investissement, indispensable pour moderniser les outils et préparer la transition écologique, suit la même tendance défavorable. Ce taux est seulement de 16,4 % en Bretagne contre 21,4 % en France. Cette faiblesse fragilise la capacité d’adaptation d’une filière qui doit pourtant relever de grands défis.
Pour Rémi Cristoforetti, président de l’ABEA, la situation est alarmante. Depuis la fin de la crise sanitaire, la décroissance de la rentabilité compromet la place de la Bretagne, pourtant première région agroalimentaire française. Or, le secteur doit faire face à des besoins massifs, comme la décarbonation, estimée à 6 milliards d’euros alors que les capacités actuelles d’investissement plafonnent à 650-700 millions par an.
À travers ces données, l’agroalimentaire breton espère alerter sur ses difficultés, retrouver de la visibilité et améliorer sa rentabilité, afin de rester au cœur des enjeux de souveraineté alimentaire nationale.