La situation politique en France est instable depuis un an et demain. Le monde connaît des remous (Guerre en Ukraine et au Proche-Orient, Taxes Trump…). Cet état de fait a-t-il des conséquences sur le moral des patrons et des patronnes en Bretagne ?
La dette de la France, le vote du budget, les élections municipales à venir, la valse des responsables politiques sont autant d’inquiétudes que les dirigeants nous font remonter. C’est un frein pour les investissements. On peut le constater en France avec les données macro-économiques. Malgré un pouvoir d’achat qui augmente et un net repli de l’inflation, les ménages n’ont jamais autant épargné. Pour tous, la prudence est de mise. Les citoyens mettent de côté et les entreprises reportent leurs investissements en attendant des temps plus sereins. D’autres signaux invitent également à la prudence comme la guerre en Ukraine et l’environnement très mouvant autour des taxes douanières avec les États-Unis. Les accords entre l’Europe et les USA conclus cet été ont toutefois apaisé certaines craintes, même si on est passés de 2 à 12 % de taxes douanières. En Bretagne, ces accords ont moins d’impact car le marché est plutôt tourné vers l’Europe et la France. Malgré tout cela, les patrons bretons affirment rester confiants et optimistes tout en restant prudents.
Malgré les incertitudes, avez-vous pu déceler des grands tendances pour l’économie bretonne dans les mois à venir ?
La bonne surprise de l’étude de conjoncture que nous avons menée à la fin de l’été, c’est la prévision de croissance. Les chefs d’entreprise anticipent une augmentation de leur activité. Cette croissance est tirée par l’industrie et l’agroalimentaire. Les volumes de vente vont augmenter même si la valeur va stagner. Les industriels, notamment dans l’agroalimentaire, ont du mal à répercuter les hausses de prix des matières premières. Les marges vont se tasser. La hausse de l’activité ne se répercute pas sur la rentabilité et c’est un point d’attention pour l’année à venir. La croissance en volume ne suffit pas, il faut créer de la valeur ajoutée.
"Les entreprises reportent leurs investissements en attendant des temps plus sereins."
La Bretagne reste toutefois dans un fort dynamisme avec un tissu économique solide aux activités variées. Il y a toujours beaucoup de créations d’entreprises, des entreprises familiales solides qui se transmettent et une solidarité entre les acteurs grâce à des réseaux professionnels forts et solidaires. Notre étude ne le mentionne pas car nous n’avons pas distingué les réponses par secteur géographique, mais ces dynamiques sont à nuancer car il existe des disparités entre les départements, les grandes agglomérations et les régions rurales, le littoral et le Centre-Bretagne.
Il y a certainement des éléments de stabilité dans la situation en Bretagne. Quelles sont les locomotives de l’économie ?
L’activité est très variée et c’est l'une de ses forces même si l’agroalimentaire reste un moteur du tissu économique breton.
On note aussi que le numérique a le vent en poupe, tout comme le secteur de la Défense, dans le contexte international actuel. L’automobile et la construction navale font également partie des secteurs qui marchent bien.
"L’agroalimentaire reste un moteur du tissu breton."
Le bâtiment fait toujours partie des secteurs qui présentent des indicateurs forts pour notre région et qui emploie 80 000 personnes en Bretagne. C’est l’activité de rénovation-restauration qui tire le secteur vers le haut, avec 56 % du chiffre d’affaires en Bretagne. C’est le premier marché de la construction. Il a été porté pendant deux ans par les aides de l’État pour la rénovation énergétique. Les incertitudes sur le devenir du dispositif "Ma Prim’Rénov" font peser des inquiétudes sur le secteur et pourraient engendrer un ralentissement de l’activité en 2026. En outre, les élections municipales et l’incertitude politique nationale engendrent une baisse de la commande publique. Les entreprises de travaux publics anticipent une baisse d’activité.
Par ailleurs, avez-vous constaté des secteurs qui souffrent plus, qui pourraient être à la peine dans les mois à venir ?
Il y a un vrai point de vigilance sur l’hôtellerie et la restauration. On constate une baisse du ticket moyen mais aussi une baisse de l’offre en raison des difficultés de recrutement. La concurrence accrue entre établissements affecte les plus petites structures qui ne tiennent pas le choc. Seuls les campings tirent leur épingle du jeu, avec une activité en hausse.
"Il y a un vrai point de vigilance sur l’hôtellerie et la restauration."
L’autre secteur à la peine, c’est le gros œuvre dans la construction. L’activité est en baisse avec la diminution des chantiers. On sent un frémissement de la construction neuve mais les promoteurs ont toujours du mal à vendre leurs projets neufs. Pour la première fois en Bretagne, le modèle dominant de la maison individuelle est en perte de vitesse pour le développement de l’habitat collectif.
Enfin, le commerce de détail dans le centre-ville continue de souffrir, notamment le prêt-à-porter. C’est lié au changement d’habitude des consommateurs. Les magasins en ville perdent de leur valeur et ont du mal à se transmettre. Mais la problématique de la transmission reste vraie pour de nombreuses petites entreprises et dans l’artisanat. Souvent, les enfants ne veulent pas reprendre les entreprises de leurs parents et se sont tournés vers d’autres secteurs.
Finalement, le taux d’emploi reste un bon indicateur de l’économie locale, qu’en est-il en Bretagne ?
La région est dynamique. On continue de recruter en Bretagne et on cherche toujours à attirer de nouvelles personnes. Le taux de chômage est inférieur au niveau national. Les perspectives d’emploi restent orientées à la hausse, malgré une baisse de l’emploi intérimaire. L’attractivité du marché de l’emploi est freinée par des problèmes d’accessibilité de la région, à cause des problèmes de logement et de transport. Le prix de l’immobilier freine l’installation des ménages dans les secteurs tendus.
Les difficultés de recrutement restent un problème majeur dans certains secteurs comme le bâtiment, notamment le gros œuvre, et l’hôtellerie-restauration, même si les difficultés se sont un peu tassées du fait de la baisse d’activité dans ces secteurs.
La main-d’œuvre étrangère, notamment européenne, préfère, elle, se tourner vers d’autres pays aux conditions plus avantageuses.