Vous êtes présents dans 22 ports de commerce en France (sur une trentaine dans l’Hexagone). Quel est le cœur de votre activité ?
Le cœur de notre activité, c’est le vrac, notamment le vrac agroalimentaire. En Bretagne, il faut nourrir l’élevage : cela représente près de 80 % de nos trafics. Nous sommes également très présents sur ce que l’on appelle le conventionnel, c’est-à-dire toutes les marchandises qui ne passent pas par conteneur : le vrac et les colis lourds ou spécifiques.
En quoi votre positionnement diffère-t-il de celui des grands armateurs internationaux ?
Les grands armateurs que tout le monde connaît, comme CMA CGM, MSC ou Maersk, sont essentiellement positionnés sur le conteneur et les grandes lignes maritimes. Ils ont progressivement intégré toute la chaîne logistique. Nous, nous sommes positionnés sur le conventionnel, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas conteneur : le vrac et les colis spécifiques. Notre modèle est aussi différent parce que nous travaillons beaucoup dans des ports d’intérêt régional. Là où les grands armateurs sont au service des lignes maritimes, nous, nous sommes davantage au service du client et des industriels locaux.
"Nous traitons des trafics de niche au plus près des industriels"
Votre stratégie repose-t-elle donc aussi sur les ports de taille intermédiaire ?
Oui, c’est même un axe structurant pour nous. Nous faisons le pari des ports de proximité. Nous sommes présents dans des ports comme Saint-Brieuc, Le Tréport, Les Sables-d’Olonne ou Rochefort, où nous traitons des trafics de niche au plus près des industriels. Ces ports ont aussi un intérêt croissant dans une logique de transition écologique : ils permettent de rapprocher le maritime des sites industriels et donc de réduire la part du transport routier.
Comment votre activité se porte-t-elle aujourd’hui ?
Nous sommes en croissance depuis plusieurs années et le rachat de Bolloré Ports France (BPF) en 2019. Une partie de notre activité repose sur une base très solide : le vrac agroalimentaire. Quelles que soient les évolutions économiques, il faut continuer à produire et à se nourrir. Nous avons ainsi développé un chiffre d’affaires de 170 millions d’euros en 2025, contre 156 millions un an plus tôt. Nous surveillons aussi les opportunités d’acquisitions. Nous avons repris trois sociétés dans le sud de la France l’année dernière : MCM, Provence Shipping et Provence Agency. Ce sont des entreprises spécialisées dans l’affrètement maritime et la consignation de navires. En volumétrie, avec ces affaires, on récupère 15 millions d’euros de chiffre d’affaires et une quinzaine de nouveaux collaborateurs. Surtout, on se développe en région méditerranéenne avec des implantations à Nice, Toulon et Fos-sur-Mer, en plus de Sète où nous étions déjà présents.
"Les énergies marines renouvelables sont un domaine qui monte en puissance"
Vous vous développez aussi dans des trafics liés aux énergies marines renouvelables, notamment les parcs éoliens offshore. Vous avez décroché deux contrats historiques auprès de l’installateur belge Deme, en 2020 et 2024. C’est un nouveau relais de croissance pour votre entreprise ?
Oui, clairement. Les énergies marines renouvelables représentent déjà environ 12 % de notre activité.
C’est un domaine qui monte en puissance et qui implique des opérations logistiques très complexes. Les dimensions des équipements changent complètement d’échelle. Avec l’éolien flottant, on parle de flotteurs de la taille d’un terrain de football, de 5 000 à 25 000 tonnes, sur lesquels on installe des machines gigantesques. Les ports deviennent ainsi des hubs industriels pour l’assemblage et la préparation de ces équipements avant leur déploiement en mer. C’est un défi technique important, mais aussi une vraie opportunité de développement pour les opérateurs portuaires.
Les futurs projets éoliens offshore, notamment au large de Belle-Île (Morbihan) et de Roscoff (Finistère), sont donc une aubaine pour votre activité ?
Potentiellement, oui, si des projets sont développés depuis les ports français. À Brest, les investissements menés par la Région Bretagne pour accueillir un quai et un terre-plein, vont permettre d’accueillir des éléments d’éoliennes de très grande taille. Il y a donc la partie assemblage, à laquelle nous pourrions apporter assistance, mais aussi des choses périphériques comme l’ensouillage des câbles qui peuvent être apporteurs de trafic dans les ports français. À Brest, c’est une chance pour son aura économique.