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La Maif, la petite mutuelle engagée devenue un poids lourd de l'assurance
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La Maif, la petite mutuelle engagée devenue un poids lourd de l'assurance

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Avec 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, le groupe Maif est devenu une institution dans le paysage français. Créé par quelques instituteurs en 1934, il a traversé le XXe siècle et ses soubresauts. Récit d’un parcours de 90 ans construit au fil des évolutions sociales.

L’assureur occupe son siège social à Noron (Niort) depuis 1979 — Photo : Melanie CHAIGNEAU/MAIF

La Maif a réalisé un chiffre d’affaires 2024 en hausse de 5,7 % à 5 milliards d’euros. Le groupe niortais compte plus de 4 millions d’assurés et emploie 9 847 salariés. Pourtant, ce jour de mai 1934 au Café du Marronnier, à Fontenay-le-Comte, en Vendée, ils ne sont qu’une poignée, tous instituteurs, à poser les fondations de cette nouvelle mutuelle d’assurance qui ne concernait alors que l’automobile. "Le contexte ressemblait à celui d’aujourd’hui : un monde chahuté, une situation économique tendue et une montée des extrêmes. Les assurances privées de l’époque coûtaient cher. Ces jeunes enseignants se sont fédérés pour créer une mutuelle en réponse à ce modèle capitaliste. Il y avait une dimension politique dans leur démarche", retrace Yves Pellicier, le président actuel du groupe niortais.

"Pour mettre en commun des risques, il faut que les risques se ressemblent"

Dans les villages, seuls quelques notables disposaient d’un véhicule. "Les instituteurs qui en possédaient un le mettaient souvent à disposition des habitants, par exemple pour les amener à l’hôpital. La voiture avait une autre valeur qu’aujourd’hui", contextualise le président de la Maif.

Réuni à Fontenay-le-Comte (Vendée), un groupe d’instituteurs a fondé la Maif en mai 1934 — Photo : MAIF

Une activité portée par les bénévoles

La Mutuelle d’assurance automobile des instituteurs de France (Maaif) naît avec 301 adhérents. Edmond Proust, instituteur à Saivres près de Niort, en devient président. Les premières années, elle est portée par des bénévoles. Son orientation corporatiste s’explique par l’essence même du métier d’assureur : "Pour mettre en commun des risques, il faut que les risques se ressemblent", explique Yves Pellicier. Le siège est installé à Niort dès 1935.

Son succès est rapide. Huit ans après, la mutuelle compte déjà 35 000 adhérents. "Ce n’est pas la Maaif qui a trouvé les instituteurs, mais les instituteurs qui ont trouvé la Maaif", précise Yves Pellicier. Elle répondait à leur besoin de même qu’à leur motivation et à leur rapport au monde, où l'esprit coopératif prime sur l'attitude capitaliste.

D'ailleurs, "la notion de responsabilité, pour l’équilibre de la mutuelle, était très forte. On le constate encore aujourd’hui : la consommation des actes d’assurance chez nous reste atypique par rapport aux tendances générales", décrit le président.

Yves Pellicier est président de la Maif depuis 2022 — Photo : Emmanuel PAIN/MAIF

Être sociétaire, un projet politique

L’attachement aux valeurs mutualistes se révèle pendant la Deuxième Guerre mondiale. 10 000 sociétaires continuent à payer leurs cotisations auto sans pouvoir faire circuler leur voiture. Par ce geste, ils sauvent la mutuelle. "Être sociétaire de la Maaif allait au-delà de l’assurance voiture. Cotiser, c’était réaffirmer une vision de la société", commente Yves Pellicier.

L’épopée Camif

C’est cette vision qui, en 1947, conduit la Maaif à créer une coopérative d’achat de biens de consommation, dont les excédents alimentent une caisse de solidarité pour les sociétaires en difficulté : la Camif. Indépendante (avec des administrateurs de la Maaif), elle développera une importante activité de vente par correspondance. "Déjà à l’époque, nos prédécesseurs cherchaient à consommer autrement, en développant un achat responsable, bien avant qu’on parle de circuits courts." Dépassée par la vague Internet, la Camif connaîtra des déboires jusqu’à sa reprise par la Maif en 2021 (rejointe par la MGEN fin 2023). "Nous sommes revenus aux codes génétiques de départ". Désormais, la Camif (75 salariés, 30 M€ 2023) vend des produits fabriqués en France, pour 70 %.

"En tant qu’entreprise à mission, nous encourageons ce genre de démarche et considérons que c’est un service pour nos sociétaires".

En 1947 est créée une coopérative d’achat de biens de consommation : la Camif — Photo : MAIF

Un soutien à la création de Maaf, Macif et Matmut

Retour dans les années 50 : artisans et commerçants souhaitent aussi constituer leur mutuelle d’assurance. La Maaif les aide à créer la Maaaf (qui devient Maaf en 1961), en lui apportant des fonds propres et un accompagnement humain. Pourquoi ne pas les avoir accueillis directement à la Maaif ? "Les métiers étaient trop différents. Difficile de trouver une assiette commune", précise Yves Pellicier. Cette histoire explique pourquoi le siège de la Maaf se trouve également à Niort. Tout comme celui de la Macif, autre entreprise créée avec l’aide de la Maaif en 1960. Suivra enfin la Matmut, dont le siège se trouve à Rouen, également lancée avec l’appui de l’assureur.

L’assurance pour les voitures a été la première activité de la Maaif. La mutuelle s’est aujourd’hui diversifiée — Photo : Vincent NGUYEN/MAIF

La diversification s’accélère

"Le marché de l’assurance s’est construit dans le temps", il est le reflet des évolutions de la société. Le public de la Maaif s’est élargi. En 1954, l’assureur s’ouvre aux associations, en réponse aux besoins exprimés par ses adhérents. "Beaucoup d’instituteurs étaient engagés dans le monde associatif", rappelle Yves Pellicier. Aujourd’hui, la Maif qui a perdu l’automobile de son nom en 1969 en diversifiant les risques couverts est le principal assureur des associations en France (plus de 200 000). "Il s’agit là d’un premier jalon, qui a rendu possible les futures ouvertures de la mutuelle : aux autres structures de l’économie sociale (mutuelles, coopératives), aux collectivités territoriales, et, enfin, aux entreprises en 2021", expose le groupe niortais.

Assureur de TPE également

La Maif est devenue universelle à partir de 1988. "Aujourd’hui, bien qu’on assure la majorité des enseignants, les enseignants ne constituent plus la majorité de nos sociétaires", indique Yves Pellicier. Ce qui rassemble ces sociétaires n’est plus leur profession, mais l’adhésion à des valeurs. Ceci n’est pas qu’une considération rhétorique : "Nous, assureurs, devons trouver un corpus commun pour orchestrer la solidarité, ajoute le dirigeant. Or, adhérer à des valeurs engendre des comportements similaires."

Toutes les professions sont accueillies désormais, et parmi les nouveaux visages se trouvent des chefs d’entreprise, de TPE. "Ils sont assurés en tant que personnes physiques, et ont demandé à assurer leur entreprise chez nous. Nous montons en charge assez naturellement, explique le président du groupe niortais. Cela dit, il y a déjà beaucoup d’acteurs sur le marché et nous n’avons pas vocation à assurer les grandes entreprises aujourd’hui."

Demain, peut-être d’autres métiers

L’élargissement du public cible a accompagné celui des champs de compétences. En 1985, avec le lancement de Parnasse Vie (aujourd’hui Maif-Vie), la mutuelle s’est aventurée hors de son domaine traditionnel (l’assurance dommage) pour investir une activité plus financière : l’assurance vie. Pour demain, "on ne s’interdit pas de répondre aux maux de la société par d’autres métiers", avance Yves Pellicier. "Nous avons ainsi investi dans les Ehpad Orpea (avec CDC, CNP et MACSF), devenues Emeis, parce que nous avons considéré que la façon dont on traite nos anciens était scandaleuse", ajoute-t-il.

Ma Maif propose un droit renforcé à l’indemnisation pour les personnes handicapées — Photo : Guillaume Chauvin/Hans Lucas/MAIF 

10 % du résultat au dividende écologique

Malgré l’énorme volume d’affaires généré par l’activité du groupe, la Maif revendique toujours le statut "d’assureur militant". Cela se retrouve dans une attention portée à l’inclusion, dont un droit renforcé à l’indemnisation pour les personnes handicapées. La transition écologique prend une place incontournable : du fait du dérèglement climatique, les sinistres à couvrir se sont multipliés. En plus d’accompagner les sociétaires victimes, la Maif développe des politiques de prévention des risques. Elle attribue 10 % de son résultat à un dividende écologique, dédié à des actions en faveur de la planète. Elle alimente ainsi son Fonds Maif pour le vivant, qui finance des opérations de régénération de la biodiversité.

Interventions des pompiers auprès des riverains de la Charente en crue. En 2002, la Maif a créé Pégase, une cellule de crise qui intervient lors de situations exceptionnelles — Photo : DARRI/MAIF

Un faible turn-over

La regard humaniste sur la société prôné par la Maif trouve application en ses murs. "Nous veillons à la symétrie des attentions, envers les sociétaires comme envers les salariés. Nous sommes soucieux que nos valeurs se traduisent en actes. Car nos sociétaires sont propriétaires de la mutuelle. Ils ne sont pas clients mais patrons !", explique le président. En retour, la qualité de vie au travail est prise en compte. Résultat : "Nous avons un très faible turnover, de 4 %", se réjouit le dirigeant.

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