Malgré un chiffre d’affaires en léger recul à 150,8 millions d’euros et une perte nette consolidée de 1,8 million d’euros, le courtier grossiste lyonnais Alptis poursuit sa transformation à marche forcée. Le groupe de 704 salariés investit massivement dans sa modernisation numérique et accélère sa diversification afin de réduire sa dépendance à son métier historique de la santé prévoyance.
Les résultats 2025 traduisent avant tout un effort d’investissement inédit. Plus de 25 millions d’euros seront consacrés aux projets IT et données en 2026, un montant qui devrait être reconduit l’année suivante. " La difficulté de ce chantier tient à la structure d’Alptis, composée de 13 entités, de quatre activités et d’un centre de formation. Mais c’est aussi une chance, car nous pouvons mutualiser les investissements ", explique Fabrice Pesin, président du groupe.
Cette transformation vise notamment à simplifier et digitaliser les parcours clients, en particulier dans le domaine de la dépendance. "Nous développons des outils conversationnels comme Luna, capable d’interagir en langage naturel avec les adhérents", ajoute-t-il. Le groupe mise parallèlement sur l’intelligence artificielle, avec un important programme d’acculturation interne.
" Ces outils nous permettent de recueillir beaucoup plus d’informations qu’un questionnaire classique. Ce sont des données précieuses pour mieux concevoir nos produits ", souligne Fabrice Pesin. Le groupe mise parallèlement sur l’intelligence artificielle, avec un important programme d’acculturation interne.
Réduire la dépendance à la santé prévoyance
Cette transformation intervient alors que les marges du marché historique de la santé prévoyance continuent de s’éroder. Alptis s’appuie aujourd’hui sur un réseau de près de 8 000 courtiers et plus de 1 250 conseillers en gestion de patrimoine indépendants.
" Nous avons un problème de visibilité sur ce marché dans un contexte d’inflation des dépenses de santé, dont les arbitrages dépendent largement de décisions politiques ", observe le dirigeant. Certaines offres spécialisées continuent toutefois de performer, à l’image du produit santé destiné aux travailleurs frontaliers suisses.
L’assurance de personnes représente encore 80 % du chiffre d’affaires du groupe. C’est pourquoi Alptis cherche désormais à agir davantage en amont du risque, en développant des dispositifs de prévention. Cette stratégie s’appuie notamment sur Alptis Communities, qui rassemble près de 100 000 membres, ainsi que sur un programme de l’Organisation mondiale de la santé consacré au vieillissement en bonne santé, dont le courtier est partenaire.
L’épargne moteur de croissance
Au-delà de la prévention, le groupe investit surtout les marchés de l’épargne et de la retraite, parmi les plus dynamiques du secteur. "L’épargne tire aujourd’hui notre chiffre d’affaires ", reconnaît Fabrice Pesin.
En 2025, les encours d’assurance vie et d’épargne retraite ont progressé de 12,5 %, franchissant le seuil de 1,8 milliard d’euros. Une dynamique que le groupe entend amplifier avec le lancement, le 1er juin dernier, d’un nouveau PER individuel distribué par son réseau de courtiers.
Les niches des risques spécialisés
La diversification passe également par l’assurance dommages et responsabilités (IARD), activité encore modeste mais en pleine structuration. Cette activité est notamment portée par la filiale Insured Services, spécialisée dans les risques immobiliers. Elle développe des solutions pour des plateformes comme Studapart, avec une assurance annulation, ou Gens de Confiance, avec une garantie loyers impayés.
Plus atypique, Resco Courtage s’est positionnée sur les risques cyber. La filiale couvre notamment les conséquences financières liées aux cyberattaques mais aussi des risques très spécifiques comme l’enlèvement contre rançon ou certaines problématiques liées aux cryptoactifs. De nouvelles offres IARD (Incendie Accident Risques Divers) devraient être commercialisées au premier semestre 2027.
Alptis s’appuie aujourd’hui sur un réseau de près de 8 000 courtiers et plus de 1 250 conseillers en gestion de patrimoine indépendants. En complément de ces d’intermédiaires, le groupe développe une présence directe auprès des particuliers via des marques telles que Cmonassurance, Mutuelle.fr ou encore Solae, dédiée aux personnes majeures protégées.
Un modèle qui favorise le temps long
Né à Lyon il y a cinquante ans, Alptis conserve un modèle atypique dans le paysage du courtage d’assurances. L’entreprise commerciale est détenue par des associations d’adhérents et ne compte donc aucun actionnaire à rémunérer.
Cette gouvernance permet au groupe de privilégier les investissements de long terme plutôt que la rentabilité immédiate. Un modèle qui fait écho à sa manière aux trajectoires empruntées par deux autres acteurs majeurs de l’assurance lyonnaise : le numéro 3 français de la prévoyance Apicil (plus de 4 Md€ de CA ; 2 686 salariés), également mutualiste, qui renforce ses positions sur les marchés de l’épargne et de la retraite depuis 2018, et le groupe April (907 M€ de CA en 2025 ; plus de 2 600 salariés), détenu par le fonds américain KKR et dont la croissance s’appuie sur une politique active d’acquisitions et d’expansion internationale.