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France Élévateur engage un virage culturel pour atteindre le "zéro accident"
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France Élévateur engage un virage culturel pour atteindre le "zéro accident"

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Confronté à une série d’accidents sur son site de Flavigny-sur-Moselle, en Meurthe-et-Moselle, le constructeur de nacelles France Élévateur revoit sa copie en matière de sécurité. Sous le regard bienveillant de son actionnaire américain, le groupe Time Manufacturing, l’industriel lorrain déploie une méthode participative centrée sur le comportement et la lutte contre la routine. Une démarche pragmatique lancée dans un contexte économique qui exige une performance sans faille.

Le directeur des opérations de France Élévateur, Thomas Marchal, a eu l’occasion de détailler les dispositifs mis en place pour atteindre le "zéro accident" au ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou (à gauche) — Photo : Jean-François Michel

C’est un électrochoc qui a secoué les ateliers de France Élévateur à Flavigny-sur-Moselle, en Meurthe-et-Moselle. En l’espace de quatre semaines, à la sortie de l’été, le fabricant de nacelles, qui pèse un total de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie 400 personnes, a enregistré une série de quatre accidents du travail, dont un particulièrement marquant impliquant un salarié expérimenté ayant perdu le bout de l’index de la main droite. "C’est un accident sévère", reconnaît Thomas Marchal, directeur de production de France Élévateur. L’analyse des causes a écarté l’hypothèse d’une cadence infernale ou d’une pression liée aux délais : "Il n’y a pas eu de pression particulière. L’analyse que nous en avons faite, c’est que ces accidents sont liés à la répétition de mauvaises habitudes. Concrètement, les salariés ne voient plus le risque", explique le dirigeant.

Sur le site de Flavigny, France Élévateur produit jusqu’à 650 nacelles par an — Photo : Jean-François Michel

Un ministre à l’écoute

Face à ce constat, et poussée par la politique "Safety First" de sa maison mère américaine, le groupe Time Manufacturing (2 500 salariés, CA : 800 M$), l’entreprise a décidé de consolider sa culture sécurité. L’objectif est clair : "On ne veut aucun accident", tranche Thomas Marchal, qui a eu l’occasion de présenter les dispositifs mis en place au ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou. En déplacement dans les locaux de France Élévateur, le ministre a en effet annoncé une hausse du budget dédié à l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS) de trois millions d’euros. Le budget de la structure atteindra progressivement 90 millions d’euros en 2028, contre 87 millions d’euros en 2025.

"Parlons Prévention" au cours d’entretiens rapides

Chez France Élévateur, la direction a réagi très rapidement, en lançant un ensemble de dispositifs, dont "Parlons Prévention". Pas de formations imaginées par la direction, il s’agit d’échanges courts, de dix minutes, réalisés entre pairs, sur le poste de travail. "C’est l’outil le plus vivant, le plus humain et le plus pragmatique", assure Alice-Laure Brondani, DRH du groupe France Élévateur. Derrière très rapidement, l’objectif est d’arriver à un plan d’actions.

"Pour qu’un accident survienne, il faut deux éléments : ne pas avoir le matériel ou ne pas avoir le bon comportement", analyse la DRH. Une fois les équipements individuels de protection fournis et l’environnement sécurisé, tout se joue sur l’attitude. Début janvier, 36 entretiens ont été menés au sein de France Élévateur, et le rythme doit accélérer. Une équipe initiale de huit personnes a été formée pour mener ces entretiens, et forme à son tour d’autres collaborateurs. "Plus nous allons mettre la petite graine dans la tête des gens, plus nous allons diffuser le message rapidement", espère Alice-Laure Brondani.

L’analyse des accidents survenus au sein de l’entreprise a mis en exergue la trop grande force de l’habitude — Photo : Jean-François Michel

Des solutions à "mini-budget, maxi-effet"

Sur le terrain, cette libération de la parole porte déjà ses fruits. Adeline Brignon, coordinatrice HSE chez France Élévateur, en veut pour preuve l’exemple des électriciens chargés de la programmation des machines. Jusqu’alors, ils travaillaient avec leur ordinateur portable posé sur le plateau du véhicule, dans une posture délicate. "Un salarié nous a dit : 'Je trouve que cette posture est contraignante'. On ne s’en rendait pas compte", avoue Adeline Brignon. Résultat immédiat : l’achat de tables à roulettes réglables et de sièges assis-debout pour mener les opérations. "C’est un mini-budget pour un maxi-effet", résume la coordinatrice HSE, qui insiste sur le droit du salarié à "ne pas avoir peur d’effectuer ses tâches". Les actions correctives sont suivies via un plan d’action partagé sur la messagerie interne de l’entreprise, permettant de traiter les problèmes simples immédiatement et de lancer des études pour les sujets plus complexes nécessitant des investissements lourds.

Un marché en attente de reprise

Cette nouvelle rigueur interne doit permettre à France Élévateur de rester compétitif sur un marché qui a marqué le pas. Après l’euphorie post-Covid portée par le déploiement de la fibre, l’activité s’est stabilisée. "Nous avons été très impactés par les taux d’emprunt", explique Thomas Marchal. Les clients, confrontés au renchérissement du crédit pour l’achat des véhicules porteurs, ont adopté une attitude attentiste, prolongeant la durée de vie de leur parc existant. L’industriel entrevoit toutefois l’éclaircie : "Depuis le début d’année nous observons la reprise d’un certain nombre de commandes, des signaux positifs", note le directeur de production.

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