C’est une histoire qui finit bien et qui avait pourtant mal commencé. En janvier 2021, le cimentier Lafarge (devenu LafargeHolcim) annonçait brutalement l’arrêt de son activité de transformation après 115 ans d’exploitation du site de Contes, près de Nice.
La partie des lieux jadis dédiée à la transformation du ciment, va finalement renaître de ses cendres : 18 hectares, au cœur d’une forêt, seront transformés en Zone d’Activités Économiques à haute valeur environnementale.
Désigné aménageur par la Communauté de communes du Pays des Paillons, la CCI Nice Côte d’Azur a présenté les premiers détails du projet.
200 à 300 emplois espérés
Ainsi seront créés 35 000 m2 de surfaces dédiées à des activités artisanales (sur 5 000 m2) et à de la "petite industrie", avec des locaux allant de 200 à 2 000 m2 prévoyant des hauteurs sous plafond jusqu’à 12 mètres. "Nous serons très attentifs à ce que cela ne devienne pas un centre de logistique, souligne Jean-Pierre Savarino, président de la chambre consulaire. Nous voulons vraiment des activités, des entreprises, de la création de richesse." De quoi accueillir, selon les estimations à ce jour, 200 à 300 emplois.
"Un chiffre un peu effrayant"
"Dans cette vallée qui a toujours été un peu délaissée, nous allons pouvoir réaliser ce qui est certainement le plus grand projet en termes d’équipement économique. Dix-huit hectares dans le département, c’est impossible à trouver, surtout pour y implanter des activités économiques."
Et de rappeler que dans les Alpes-Maritimes, coincés entre mer et montagne, le foncier économique disponible représente moins de 1 % de la surface totale du territoire. "Un chiffre un peu effrayant", selon les mots de Jean-Pierre Savarino.
C’est dire la symbolique et la force d’un tel projet, sur ce qui est désigné comme la "dernière friche industrielle du département". Et cela explique aussi pourquoi les acteurs locaux se sont battus pour parvenir à la sauver.
"La maîtrise du foncier était la première marche vers une certaine souveraineté économique locale."
"Un projet de territoire"
Opposé à toute spéculation immobilière, le maire de Contes, Francis Tujague, a d’abord été à la manœuvre jusqu’à solliciter l’Établissement Public Foncier régional pour que celui-ci exerce son droit de préemption en octobre 2024 et se porte acquéreur des lieux en novembre 2025, pour 3 millions d’euros.
"La maîtrise du foncier était la première marche vers une certaine souveraineté économique locale", Cyril Piazza, président de la Communauté de communes du Pays des Paillons, qui parle d’un "projet pas seulement économique mais un projet de territoire, de renaissance, avec le soutien de Rising Sud (l’agence d’attractivité de la Région Sud, NDLR) et de tous les partenaires institutionnels."
"Nous sommes plutôt connus pour nos opérations d’habitat, le logement représentant 80 % de notre activité, précise Marc Noël, directeur délégué Alpes-Maritimes de l’EPF Paca. Notre objectif maintenant est de préparer le projet et de faire en sorte de ne pas rajouter d’étapes à celles déjà prévues."
Gestion de l’eau, de l’énergie, des oiseaux et des chauves-souris
Chacun des acteurs du projet, lors de la présentation, n’a pas manqué en effet de souligner les multiples "défis" qui jalonneront sa réalisation. À commencer par les écueils environnementaux, car 8 000 m2 seront "à dimension environnementale".
Les ambitions sont donc élevées en matière de gestion de l’eau (trois bassins de rétention naturelle seront construits afin que l’eau ne soit plus reversée dans le Paillon comme c’est le cas aujourd’hui), et de gestion de l’énergie, 10 000 m2 de panneaux photovoltaïques seront installés en toiture pour alimenter en autoconsommation "au moins l’éclairage et une partie des entreprises. D’autres pistes sont également à l’étude, assure Myriam Prieur, directrice du développement à la CCI Nice Côte d’Azur. L’enjeu faune-flore est également très important. Comme il n’y a plus d’activité depuis plus de trois ans, la nature a repris ses droits, il y a de très nombreux oiseaux et chauve-souris qu’il faudra repositionner sans les perturber."
La faune locale qui aura un nouveau terrain de jeu agrandi puisque 14 000 m2 supplémentaires de jardin en pleine terre (soit 40 % de la surface du plateau) seront créés en lieu et place du béton et de l’enrobé.
52 millions d’euros investis
Le budget global de l’opération s’élève à 52 millions d’euros pour la CCI azuréenne qui a quelques années devant elle pour chercher des investisseurs à ses côtés. Après deux années d’études (pour modifier notamment le PLU, le Plan Local d’Urbanisme), les travaux devraient s’étaler sur trois années (dont une pour la démolition) pour une livraison espérée à l’horizon 2031-2032.
Selon Cyril Piazza, "70 entreprises du territoire sont déjà intéressées".