En Mayenne, la plus importante cimenterie de France poursuit son chantier de décarbonation. Déjà, "l’usine de Saint-Pierre-la-Cour affiche un poids carbone par tonne de ciment le plus faible du pays", affirme le groupe. Le projet Cap4Climate de Lafarge doit permettre au site de proposer en 2031 "un ciment 100 % décarboné". Actuellement, 78 % des ciments produits sur le site sont déjà "bas carbone". La mise en place d'une deuxième phase d'adaptation éviterait "l’émission d’un million de tonnes de CO2 par an" à partir de 2031.
Le CO2 stocké en mer ou valorisé en carburant
Pour atteindre ses objectifs, Lafarge envisage de créer "une usine dans l’usine" afin de capter les émissions résiduelles de CO2 : c’est-à-dire "celles que l’usine (la cimenterie) continuera à émettre alors que l’ensemble des leviers industriels pour faire baisser ses émissions auront déjà été mis en œuvre". Une fois capté, "le CO2 sera stocké définitivement en Mer du Nord ou valorisé en carburant de synthèse en partenariat avec Hynamics, filiale du groupe EDF", explique le cimentier.
"Selon le process du site, 20% du carbone capté pourra être utilisé en molécules de synthèse par d'autres types d'industrie. Mais les 80% restants devront être stockés. Nous transporterons ce CO2 principalement sous forme gazeuse vers le hub de Saint-Nazaire d'où il sera acheminé par bateaux en Mer du Nord, où la géologie des fonds sous-marins est très bien connue. Les sols (à plus de 2 000 mètres, NDLR) peuvent y supporter la séquestration de CO2 de manière continue", précise Thomas de Charrette, directeur décarbonation ciments chez Lafarge.
En Mer du Nord, la Norvège, notamment, a approuvé le stockage de carbone dans les sous-sols marins pour décarboner l'industrie européenne. C'était le premier pays en 2020 à reconnaître ce type de projet d'intérêt commun.
En quête de fonds européens
Mais pour finir d’équiper le site mayennais et le relier à la côte, Lafarge sollicite des financements extérieurs. Le groupe Lafarge fait valoir que son projet Cap4Climat participera à la réussite du programme territorial de décarbonation soutenu par la Région Pays de la Loire et par le Grand Port Maritime de Nantes-Saint-Nazaire. Ce programme, baptisé GOCO2, représente un investissement de 1,7 milliard d’euros. Son l’objectif est de capter 2,6 millions de tonnes de CO2 par an.
Si l’Europe a reconnu la pertinence du projet de Saint-Pierre-la-Cour, il ne figure toutefois pas parmi les lauréats de son 4e Fonds pour l’innovation révélés en octobre — l’usine Lafarge de Martres-Tolosane est, elle, retenue pour son projet CarboClearTech. Le jury a cependant invité l’entreprise à renouveler sa candidature en 2025, incitation renouvelée par l’eurodéputée Valérie Hayer, en visite sur le site ce vendredi 15 novembre. Le groupe s’y attelle, en lançant "des études complémentaires qui lui permettront de déposer une candidature renforcée".
40 millions d’euros déjà investis sur ce site
L’usine mayennaise produit 1,5 million de tonnes de ciment par an. Cette production est principalement destinée aux chantiers du Grand Ouest et d’Île-de-France, région approvisionnée par train. Pour réduire l’empreinte carbone de son activité, la cimenterie de Saint-Pierre-la-Cour a déjà profité de 40 millions d’euros d’investissements au total ces dernières années. Le premier levier industriel a été de changer de "recettes" et de diviser par deux l’emploi du clinker, première source de CO2 dans la production de ciment. Lafarge a mis en place une ligne de production d’argiles calcinées et une unité biomasse. Le site va encore augmenter ses capacités de combustibles alternatifs pour relever ses volumes de ciments bas carbone à 90 % de sa production en 2030. Actuellement, "la production des ciments bas carbone de l’usine représente une réduction d’au moins 30 % de leur poids en CO2 en comparaison à un ciment classique", vante le groupe.
Lafarge (près de 1,8 Md€ de CA 2023 ; 4 200 salariés en France) est membre du groupe Holcim (29 Md€ de CA en 2023, 63 500 salariés dans le monde). Le groupe suisse est leader mondial des matériaux de construction "innovants et durables".