"Il y a de la croissance à aller chercher sur les marchés publics pour les TPE et les PME"
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Christelle Messina responsable Achats et Commande publique à la CCI Nice Côte d’Azur "Il y a de la croissance à aller chercher sur les marchés publics pour les TPE et les PME"

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Comment inciter TPE et PME à répondre aux appels d’offres, à lever le frein psychologique et la peur de la complexité administrative, pour aller chercher ce qui peut être un véritable levier de croissance ? Pour ce faire, la CCI Nice Côte d’Azur et la Place Business dispensent des formations pratiques, gratuites, en guise de mode d’emploi.

Christelle Messina est la responsable Achats et Commande publique au sein de la CCI Nice Côte d’Azur — Photo : Olivia Oreggia

Quelles entreprises peuvent répondre à un appel d’offres public ?

Absolument toutes. Une TPE qui se dirait qu’à 5 ou 10 salariés elle est trop petite, c’est complètement faux ! J’ai l’exemple d’une autoentrepreneuse dans la communication, une seule personne donc, qui vient de répondre à un appel d’offres à Cannes. Certaines entreprises ont compris qu’il y a un levier de business derrière la commande publique. Sur les plateformes des marchés en cours dans le département, vous trouvez une liste à la Prévert, que ce soit dans le domaine des espaces verts, des équipements de protection, dans les travaux, les fournitures, les services… (il y en a plus de 700 en cours, NDLR)

Pourquoi TPE et PME n’osent-elles pas se lancer ?

C’est très administratif et ça fait peur. Elles craignent de ne pas s’en sortir face au volet administratif, de se noyer dans un carcan de paperasse. C’est pour elles rédhibitoire, contrairement aux grandes sociétés qui ont des services dédiés et des juristes spécialisés.

N’est-ce pas trop complexe pour ces petites entreprises ?

Si on se prépare en amont, en ayant déjà un modèle de pièces prérempli, ce n’est pas si compliqué que ça. C’est pour cela que nous organisons des ateliers, gratuits, ouverts à toutes les entreprises. Il suffit de les compléter une fois, de les enregistrer dans notre ordinateur et ensuite, seul l’objet du marché du change. Il n’y a donc que le premier pas qui est un peu lourd. Lors de ces journées d’information, je vais, avec les participants, sur des plateformes de marché, je leur montre comment créer leur compte pour faire de la veille et recevoir des mails automatiques… Je vais avec eux chercher les documents sur les sites de l’État. Tout cela permet de désacraliser un peu la démarche.

Et puis je leur explique comment éviter les risques d’être écartés bêtement d’un marché public. Car même si le Code de la commande publique s’assouplit, nous sommes obligés d’écarter d’emblée un candidat qui n’aurait pas remis une pièce maîtresse. Je leur explique enfin sur quoi ils seront notés, quels sont les critères retenus, que ce soit à la CCI comme dans toutes les collectivités ou chez tous les pouvoirs adjudicateurs en société publique.

Une entreprise azuréenne peut-elle plus facilement remporter un marché dès lors qu’il est dans les Alpes-Maritimes ?

Pas du tout ! Le code postal de l’entreprise ne peut pas être un critère d’attribution. Une entreprise n’aura pas plus de points parce qu’elle est implantée dans les Alpes-Maritimes. Sauf s’il s’agit de denrées alimentaires avec un circuit court. Néanmoins, il y a une vraie volonté, tout en respectant le Code de la commande publique, de faire travailler le bassin azuréen via deux leviers. Le premier est l’allotissement. Une entreprise qui ne fait que de la maçonnerie ne pourra pas répondre à un marché de travaux "tous corps d’État". On va faire de petits lots, un lot menuiserie, un lot plomberie…
Et parfois, quand de gros groupes répondent et ne sont pas implantés au niveau local, ils vont sous-traiter en local, c’est un autre levier.

Au-delà de ces deux leviers, comment une petite entreprise locale peut-elle espérer rivaliser avec un grand groupe ?

Il y a une vraie question qui est posée à chaque fois en amont : quel critère majoritaire choisit-on ? Est-ce qu’on privilégie la technique ou le prix ? Cela dépend des marchés. Sur les travaux, le critère majoritaire reste le prix. Dans les marchés de prestations intellectuelles, on met d’abord la valeur technique et le prix en second car on peut avoir un coût horaire très bas et un rendu très médiocre.

Et quand on reçoit une offre qui vient casser les prix, nous sommes dans l’obligation de questionner le candidat pour nous assurer qu’il ne fasse pas une vente à perte. Il doit justifier son coût, sa masse salariale, ligne par ligne. S’il n’y parvient pas, il peut être écarté. Il ne s’agit pas de prendre le moins cher mais le mieux disant. Nous sommes très vigilants à la CCI Nice Côte d’Azur sur des offres qui seraient anormalement basses.

Quand une entreprise est rejetée, peut-elle en connaître les raisons ?

C’est aussi un point sur lequel je sensibilise les TPE-PME en atelier. Quand l’entreprise n’est pas retenue et qu’elle arrive deuxième, elle peut et elle doit demander à la collectivité, à l’entité publique, les motivations du rejet de leur offre. Sous 15 jours, elles se verront transmettre un rapport d’analyse avec tout le détail des commentaires et des notes qui leur ont été attribuées. L’idée est de voir où l’entreprise a péché pour pouvoir s’améliorer.

Et puis la relation entre l’acheteur public et les sociétés évolue. Quand j’ai commencé dans la commande publique il y a 15 ans, il y avait comme une ligne rouge entre les deux, il ne fallait pas qu’il y ait de contacts. Aujourd’hui, on va vous pousser de plus en plus à faire du sourcing, donc l’acheteur public va aller voir les sociétés. Dans de grandes collectivités, comme la Métropole de Nice, il y a un vrai service d’acheteur public qui va à la rencontre des entreprises. C’est vraiment gagnant-gagnant pour les deux parties.

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