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En Alsace, Lemaitre Sécurité mise sur l’exosquelette pour préserver la santé de ses manutentionnaires
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En Alsace, Lemaitre Sécurité mise sur l’exosquelette pour préserver la santé de ses manutentionnaires

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Depuis septembre 2024, le fabricant alsacien de chaussures de sécurité Lemaitre Sécurité a équipé ses opérateurs logistiques d’un exosquelette pour décharger ses containers. Cet équipement réduit la pénibilité au travail des manutentionnaires et limite ainsi les risques de développement de troubles musculosquelettiques.

L’exosquelette Apogée est utilisé en Alsace par les manutentionnaires de Lemaitre Sécurité depuis septembre 2024 — Photo : Lemaitre Sécurité

Pour Steve Eidmann, responsable logistique chez Lemaitre Sécurité (100 salariés, 45 millions d’euros de CA), l’arrivée d’un exosquelette au sein de son entrepôt en septembre 2024 restera comme "l’impression de voir les débuts de l’homme bionique". "C’était très impressionnant", confie-t-il. Située dans la commune de Val-de-Moder, dans le Bas-Rhin, la PME Lemaitre Sécurité fabrique des chaussures de sécurité depuis 50 ans. Et pour limiter le développement des troubles musculosquelettiques (TMS), des accidents du travail et des maladies professionnelles chez ses manutentionnaires, la société a fait appel à la deeptech allemande German Bionic, qui met sur le marché un exosquelette robotisé appelé "Apogée".

"Le jour et la nuit concernant les contraintes et la pénibilité du travail"

"C’est un vrai confort de travail, une assistance physique sans équivalent", confie Arnaud Keith, animateur d’équipe et premier utilisateur de l’exosquelette dans l’entreprise. Utilisé plusieurs fois par semaine par les manutentionnaires de Lemaitre Sécurité, l’exosquelette est dédié à une mission bien précise : décharger les 600 colis d’environ 15 kilos chacun qui arrivent par containers, trois à quatre fois par semaine. "Au début, cela n’a pas fait l’unanimité, certains étaient sceptiques sur les bénéfices réels. Aujourd’hui, plus personne ne tergiverse : c’est vraiment le jour et la nuit concernant les contraintes et la pénibilité du travail", complète le responsable logistique de l’entreprise.

Réduire la fatigue musculaire jusqu’à 60 %

"Grâce à l’exosquelette, il est possible de réduire l’activité musculaire du manutentionnaire de 30 à 60 %, ce qui permet de limiter la fatigue et donc les accidents, mais aussi les mauvaises postures", indique Steve Eidmann en confirmant les données rassemblées au sein de l’étude publiée en 2018 par l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) : "Exosquelette au travail : impact sur la santé et la sécurité des opérateurs". Pour lui, l’exosquelette permet aussi une forme de "soulagement mental" pour les manutentionnaires : "Ils se sentent plus en sécurité dans leur espace de travail et sont moins fatigués à la fin de la journée. Franchement, pour toute entreprise qui a des tâches de manutention avec des charges lourdes, c’est un investissement qui n’a que des bienfaits".

Si des contrats préventions existent pour financer ces exosquelettes via les caisses régionales (Carsat, Cramif ou CGSS) pour les entreprises ayant moins de 200 salariés, Lemaitre Sécurité n’en a pas bénéficié. Le montant total déboursé par l’entreprise pour acquérir l’exosquelette reste d’ailleurs confidentiel. Mais le coût d’achat d’un exosquelette Apogée est compris entre 10 000 et 18 000 euros, selon d’autres utilisateurs n’étant plus tenus par les clauses de confidentialité signées avec l’entreprise allemande.

Un équipement adaptable à toutes les morphologies

L’exosquelette Apogée pèse près de 7 kilos et s’enfile "comme un gilet, avec une fermeture éclair à l’avant et des cales sanglées autour des cuisses et des pectoraux", explique Arnaud Keith. La société German Bionic affirme que la dernière version de l’exosquelette Apogée, qui peut être mis à jour à distance, "permet de compenser jusqu’à 36 kg par mouvement de levage".

À condition d’adapter parfaitement l’exosquelette à l’opérateur : "Chaque manutentionnaire a un équipement adapté à sa taille et à sa morphologie. La formation à l’utilisation de l’exosquelette ne prend pas plus de 10 minutes, mais un temps d’adaptation est nécessaire pour bien l’utiliser. Au début, c’est à la personne de s’adapter à ce nouvel équipement, puis, une fois pris en main, cela devient naturel", décrit Arnaud Keith.

Un atout pour conserver les jeunes recrues

Pour Steve Eidmann, l’investissement dans un tel équipement permet également de gagner en productivité sur le long terme. "L’exosquelette ne va pas soigner les manutentionnaires qui ont des lombalgies après des années à porter des charges, ce n’est pas son objectif. Par contre, il va permettre de protéger le dos des jeunes qui arrivent dans le métier. Il y a moins de turnover, moins d’arrêts maladie et de blessures, donc moins besoin de trouver des remplaçants et de les former, explique-t-il. C’est donc une vraie action préventive face aux TMS et aussi une forme de gain de productivité pour l’entreprise".

De plus, l’achat d’un tel équipement permet de répondre à l’enjeu de conservation des jeunes recrues au sein d’un secteur qui connaît toujours des difficultés de recrutement : "Un opérateur qui a 20 ans aujourd’hui va pouvoir travailler plus longtemps chez nous sans souffrir du dos grâce à cet exosquelette. Il va rester chez Lemaitre sécurité car il sait que l’on protège sa santé. Les jeunes sont conscients de ça, et ils y accordent de l’importance", conclut le responsable logistique.

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