L’industrie de la défense française est à la traîne. Lors de ses vœux aux Armées le 15 janvier, Emmanuel Macron a mis en garde les industriels du secteur sur leurs capacités de production. Face à ce constat, "nous irons peut-être chercher des solutions européennes si elles sont plus rapides ou plus efficaces", a prévenu le chef de l’État.
La France n’est toujours pas en "économie de guerre"
"Nous avons doublé, parfois triplé nos capacités de production, nos rythmes de production. Soyons francs avec nous-mêmes. Est-ce que nous sommes en économie de guerre, à proprement parler ? La réponse est non. Parce que si nous étions en guerre, j’ose espérer que nous ne produirions pas ainsi", a déclaré le chef de l’État.
Pousser les innovations de rupture
Emmanuel Macron a aussi appelé à poursuivre les investissements dans les "innovations de rupture", comme le quantique et l’intelligence artificielle. Il a tout de même affirmé que la France a "de formidables entreprises" et salué les efforts déjà opérés par l’industrie depuis qu’il a évoqué un contexte "d’économie de guerre" fin 2022.
Des financements privés pour les start-up, PME et ETI
Cette "économie de guerre" tente aussi de se renforcer, notamment sur les financements. Bpifrance a par exemple lancé un fonds "Défense" accessible aux particuliers pour financer 500 start-up, PME et ETI non cotées du secteur.
Des investisseurs institutionnels dont la Caisse des dépôts et des assureurs ont aussi mis la main à la poche en lançant le fonds "Émergence défense" dédié aux PME et ETI de la base industrielle et technologique de défense (BITD). Le Crédit mutuel-Arkéa a également renforcé son accompagnement des industriels du secteur à hauteur de 500 millions d’euros répartis sur plusieurs outils financiers.
7000 emplois créés en deux ans
Emmanuel Levacher, président du Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres (Gicat), a défendu, à l'occasion des vœux 2026 du groupement le 14 janvier, un secteur pesant "15 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 55 000 emplois, dont 7 000 créés en deux ans".
Dans un communiqué, le président du Gicat rappelle qu'il s'agit d'une "industrie souveraine, non délocalisable, ancrée dans les territoires, allant de la start-up aux grands maîtres d'œuvre industriels". Il cite cependant des défis comme la fragilisation de la compétitivité de la filière "face à des concurrents bénéficiant de commandes massives et d'un soutien étatique offensif, notamment à l'export".
Des carnets de commandes en demi-teinte
Pour accélérer la production, les entreprises se tiennent prêtes comme dans le Grand Est où les carnets de commandes et les investissements se multiplient. C’est le cas aussi des PME de la région Auvergne-Rhône-Alpes, regroupées au sein du cluster Eden. Ces dernières souhaitent monter en puissance et attendaient toujours, en décembre dernier, un déblocage des moyens financiers annoncés et la validation des commandes.
Le constat est le même en Normandie où le président de la Région Hervé Morin (centriste) assurait récemment que les sous-traitants n’avaient "rien vu venir ou presque".