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Émilie and the Cool Kids : Céline Molière, la Niçoise partie vendre des cookies aux Américains
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Émilie and the Cool Kids : Céline Molière, la Niçoise partie vendre des cookies aux Américains

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Céline Molière vient de concrétiser son rêve d’adolescente. Cofondatrice en 2007 de l’enseigne de coffee shop Emilie and the Cool Kids, qui compte aujourd’hui une trentaine d’implantations en France, elle vient d’en ouvrir un nouveau en Californie. Un vrai nouveau challenge pour cette entrepreneure passionnée.

Céline Molière a fondé en 2007 l’enseigne Émilie and the Cool Kids pour vendre des cookies et autres pâtisseries américaines. Dix-huit ans plus tard, elle ouvre un nouveau coffee shop "à la française" aux États-Unis — Photo : DR

C’est ce que l’on peut appeler le "rêve américain". Une de ses innombrables déclinaisons en tout cas. L’été dernier, près de Santa Cruz en Californie, Céline Molière a en effet réalisé cette idée et cette envie qui, confie-t-elle, "étaient toujours dans un coin de ma tête depuis trente ans" : ouvrir un coffee shop aux États-Unis.

7 500 euros pour se lancer en 2007

Une façon de boucler la boucle pour celle qui a cofondé Émilie and the Cool Kids avec Émilie Zmaher en 2007. Les deux jeunes voisines de palier se lançaient alors avec 7 500 euros chacune en mise de départ, complétée par un prêt du même montant d’Initiative, pour ouvrir un coffee shop dans le centre de Nice, le premier du genre sur la Côte d’Azur. Le concept ? Proposer, dans une ambiance très girly, cookies, brownies et autres bagels à une époque où il était encore rare d’en trouver.

Aujourd’hui, l’enseigne compte une trentaine d’implantations en France, pour un chiffre d’affaires dépassant les 10 millions d’euros et 250 collaborateurs. Des restaurants essentiellement en franchise, mais certains, comme l’établissement historiquement niçois, restent des succursales. C’est le cas aussi des implantations de Strasbourg et Grenoble. Pour l’heure en tout cas, car elles deviendront "au fur et à mesure, des franchises", ayant été ouvertes dans le cadre du programme SMC, Sugar Mummies Club, un club d’investisseurs lancé par Céline Molière en 2023 pour aider les femmes à lancer leur business. Voilà qui cochait plusieurs cases très chères à son cœur et dans son quotidien : féminisme, inclusivité et entrepreneuriat.

Un voyage qui la marquera à vie

Vendre des cookies aux Français est une chose, vendre des cookies aux Américains… il fallait oser.

Mais alors, à 47 ans et avec le succès de sa franchise, pourquoi être allé prendre le risque d’ouvrir un coffee shop au pays des coffee shops ?

Pour comprendre, il faut rembobiner pour retrouver la Céline Molière de 17 ans alors qu’elle découvre les États-Unis lors d’un voyage linguistique. Elle réside chez une famille, en Californie, avec laquelle elle tissera des liens profonds et durables. La fille de la famille, Mary-Jane, est aujourd’hui son associée.

Dans l’aventure "Émilie and the Frenchies", Céline Molière s’est associée à Mary-Jane Dean, sa "sœur américaine" depuis trente ans — Photo : DR

À son retour en France, Céline Molière poursuit ses études en marketing au Ceram (devenu Skema) à Sophia Antipolis. S’enchaînera une première carrière dans l’hôtellerie de luxe, en France et à Bali.

Mais l’entrepreneuriat la titille sérieusement depuis longtemps. "Il suffit qu’on me dise que c’est impossible pour que cela me motive encore plus !", explique-t-elle avec une voix dont la douceur peut surprendre ceux qui ne la jugeraient qu’à la vue de ses multiples tatouages Elle n’a pas tout à fait abandonné la punk attitude de sa jeunesse…

Des pan bagnats au pays des burgers

L’aventure Émilie and the Cool Kids (née sous le nom Emilie’s Cookies) découlera de cette volonté d’entreprendre, comme celle d’Émilie and the Frenchies, nom du café californien.

Le logo, le packaging, les couleurs ou la décoration sont les mêmes qu’en France. "Armelle, notre architecte d’intérieur qui donne l’identité de la marque depuis sa création, m’a fait prendre tous les rouleaux de tapisserie. Je suis arrivée là-bas avec une valise pleine !"

Néanmoins, bien sûr, la carte diffère du reste du réseau et ne propose que des produits et des recettes spécifiques. Le best-seller y est… le croque-monsieur ! Sont aussi servis salade de chèvre chaud, madeleines ou financiers, mais aussi pan bagnat et salade niçoise pour lesquels la "boss" a été formée chez Lou Balico, institution de la gastronomie locale, labellisée "cuisine nissarde".

Quant aux cookies, ils sont "à la française. Nous avons une recette crème brûlée qui plaît beaucoup ou encore une version tarte tatin. Et on se rend compte que notre manière de faire notre cookie est tout de même très française, avec un chocolat noir de qualité, à la fleur de sel. Nous avons aussi tenu à avoir du bon café et on a réussi à avoir un beau partenariat avec Malongo (basé à Carros, près de Nice, NDLR)."

La pan bagnat selon Céline Molière, vendu dans un seul de ses coffee shops : aux États-Unis — Photo : DR

California Dreamin'

Céline Molière savoure pleinement sa vie californienne : "Je vais au boulot avec ma Jeep, je vais à mon cours de yoga, sourit-elle. Je suis une meilleure personne là-bas parce que je suis plus détendue. Je vis beaucoup plus proche de la nature."

Pour autant, pas question pour elle, mère d’une étudiante en école d’ingénieurs à Nice -"qui ne veut surtout pas être entrepreneure !"-, de tout quitter pour vivre à plein temps aux États-Unis. "Il me fallait vraiment une personne de confiance sur place. Quand j’ai parlé du projet à Mary-Jane, que je considère comme ma sœur américaine, rencontrée lors de mon premier voyage, elle m’a dit : Allez, on le tente ! Mais c’est tout de même loin d’être gagné."

L’équipe d’Émilie and The Frenchies, coffee shop ouvert par Céline Molière près de Santa Cruz en Californie — Photo : Olivia Oreggia

Le virus et le bonheur de l’entrepreneuriat

Car être chef d’entreprise est une gageure, ici comme là-bas. "Ce n’est pas plus dur aux États-Unis, explique Céline Molière. Rien ne tombe tout cuit et je me trouve avec les mêmes problématiques : sur les salaires, avec le bailleur, les fournisseurs, les livraisons… J’ai traversé 10 000 km pour vivre les mêmes emmerdes, mais en anglais ! Par moments, je me dis que je suis ma pire ennemie", s’en amuse-t-elle.

Elle a tout de même investi 300 000 dollars, de ses propres deniers. "Je peux les perdre, mais ce sont les miens. C’est le prix de mon rêve et aucune banque n’allait le financer. Là, je suis allée au bout du truc, j’avais besoin de me prouver que je pouvais le faire. Et puis c’est ainsi dans l’entrepreneuriat, tu es un peu seule avec tes problèmes et seule avec tes réussites. Mais je ne veux jamais noircir le tableau, parce que je ne me serais jamais imaginé faire autre chose !"

Quant à lancer une nouvelle franchise, made in USA cette fois, ce n’est pas du tout à l’ordre du jour. Même si Céline Molière et Émilie and the Frenchies ont déjà reçu des demandes.

Nice # Commerce # Restauration # International # Implantation # PME