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Malongo renforce son combat pour un café durable
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Malongo renforce son combat pour un café durable

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Quand une simple tasse de café peut jouer un rôle environnemental et humain immense à l’autre bout de la planète… Malongo l’a compris il y a plus de trente ans déjà. Pionnier du commerce équitable et de l’agriculture biologique sur ce marché, le torréfacteur installé à Carros près de Nice ne relâche pas sa mission de rendre la filière plus résiliente et durable encore. Bien au contraire.

Jean-Pierre Blanc et Clémentine Alzial assurent la codirection générale de Malongo, torréfacteur depuis 1934 implanté près de Nice — Photo : Malongo

Deux acquisitions signées en 2025. Pour Clémentine Alzial, la directrice générale de Malongo (300 collaborateurs, plus de 130 M€ de CA en 2025), "c’est presque un non-événement". Le torréfacteur azuréen n’en a d’ailleurs fait aucune communication. Agir dans l’humilité et la discrétion fait partie des valeurs de l’entreprise née à Nice en 1934 et implantée depuis dans la ville voisine de Carros, parfumant des rues entières de la zone industrielle d’une enveloppante odeur de café.

Dans son usine de Carros, près de Nice, Malongo torrefie 8 000 tonnes de café par an — Photo : Franck Terlin

Malongo a donc repris en 2025 les Cafés Chapuis (une trentaine de collaborateurs, CA 2024 : 8,5 M€) à Saint-Étienne (Loire) et les Cafés La Tour (CA : NC), à Perpignan (Pyrénées-Orientales) depuis 1925. "On ne fait pas de la fusion acquisition, précise l’énergétique dirigeante. Nous, on fait de l’acquisition. Ce sont avant tout des histoires de pérennité car il s’agit de deux torréfacteurs familiaux historiques. On se retrouve autour de valeurs mais chacun continue d’acheter son café vert, de le torréfier et le vendre."

Au plus près de la tasse

Ces acquisitions participent toutefois de la stratégie de Malongo. "Entreprise du Patrimoine Vivant" (EPV), pionnière du commerce équitable et de l’agriculture biologique, celle-ci travaille toujours activement à réduire ses déchets et plus globalement ses impacts négatifs.

À l’instar des emballages triplex, qui intègrent de l’aluminium et sont utilisés pour préserver les produits, sensibles comme le café, à la lumière, l’humidité et l’oxygène. "Mais si on consomme un café frais et qu’on oublie la supply chain mondiale qui nous a obligés à avoir des DLUO (Date Limite d’Utilisation Optimale, NDLR) d’un ou deux ans pour un produit qu’on garde dans le placard, et qu’on achète à la place toutes les deux semaines un café que l’on consomme, on n’a plus besoin de cet emballage", développe Clémentine Alzial.

Les dosettes Malongo sont en papier de fibres naturelles, non chloré — Photo : Malongo

Et la saveur n’en est, en toute logique, que bien meilleure. Un double effet positif qui explique les deux acquisitions. "Il n’y a aucun intérêt à tout rapatrier à Carros ou à faire de grosses usines, poursuit-elle. On va rester au plus près du consommateur."

Malongo ne prévoit pas pour autant de racheter tous les petits torréfacteurs de France. S’implanter par croissance externe sur différents territoires n’est pas devenu un modèle, assure la dirigeante, "plutôt une somme d’opportunités et de rencontres. En revanche, je crois vraiment à un modèle de café torréfié fraîchement plutôt qu’à du café vieilli en stock."

"Malongo a toujours ouvert la voie en prouvant qu’une entreprise peut être à la fois rentable et éthique".

La rentabilité plus que la croissance

La qualité et la responsabilité, c’est ainsi que le torréfacteur azuréen continue aussi de se démarquer de ses concurrents sur le marché français. Ses dirigeants l’expriment toujours clairement : la croissance n’est pas une ambition de la maison. Contrairement à la rentabilité. "Malongo a toujours ouvert la voie en prouvant qu’une entreprise peut être à la fois rentable et éthique", reprend Clémentine Alzial.

Et cela à un prix. Et un coût. "On ne peut pas vouloir toujours du moins cher. En février 2025, nous nous sommes fait sortir d’une très grande enseigne, présente à tous les coins de rue, parce que nous avons tenu nos positions dans nos négociations. Alors oui, nous sommes moins compétitifs, mais à la fin, de quoi avons-nous envie ? De manger de la viande qui a parcouru des milliers de kilomètres ou un produit qui va être un peu plus durable ou produit près de chez nous s’il peut l’être ?"

Malongo torréfie tous ses cafés selon la méthode artisanale, lente et progressive — Photo : Jean-Marc Bernard / realis

Et quand ces produits ne peuvent être qu’importés, comme l’est le café, la boussole qui guide l’entreprise est ainsi leur durabilité. Et pour donner encore plus à la nature et à ceux qui en vivent, Malongo veut aller plus loin.

Du café contre la drogue

Ses équipes préparent ainsi le lancement d’une nouvelle gamme de café régénérative, dans des emballages monomatériaux, recyclables. Ce café-là sera issu de plantations sur lesquelles la PME collabore avec l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime. L’ONUDC œuvre au remplacement de champs de pavot et de coca, utilisés respectivement dans la fabrication d’héroïne et de cocaïne, par des champs de café. Transformer un fléau mondial, dès la racine, en une culture saine, licite et qui permet d’offrir un avenir aux populations locales, en Colombie, en Bolivie, au Myanmar ou au Laos.

En partenariat avec l'ONUDC (Office des Nations unies contre la drogue et le crime), Malongo mène un programme de substitution de la culture du pavot (opium) par celle du café, comme ici au Laos — Photo : Xaysavath Keoduangvichith - UNODC

"Quand on investit dans une culture qui va régénérer les sols, on remet de la biodiversité [...] tout en assurant bien sûr un revenu stable, pérenne aux populations et un avenir à leurs enfants."

Et il est un autre bénéfice, bien moins évident celui-ci, mais tout aussi important : "la drogue n’est pas bio, explique Clémentine Alzial. Parce que la seule chose qui compte pour les trafiquants, c’est la productivité. Ils font donc cultiver à grand renfort d’engrais et de pesticides, contaminant les puits et rendant l’eau potable impropre à la consommation. Les populations sont en danger permanent. Ainsi quand on investit dans une culture qui va régénérer les sols, on remet de la biodiversité, on replante en agroforesterie avec des arbres de couverture de différentes essences, tout en assurant bien sûr un revenu stable, pérenne aux populations et un avenir à leurs enfants."

Garantir un prix minimum aux petits producteurs, qui les met à l’abri de la chute des cours de la Bourse à laquelle est assujetti le café dans le monde, est le fondement même du commerce équitable.

10 000 familles vivent de leur collaboration avec Malongo sur trois continents (Amérique du Sud, Afrique et Asie) — Photo : Olivia Oreggia

C’est en suivant, en 2025, les dix mois du parcours de la CEC Provence Méditerranée, la Convention des Entreprises pour le Climat, que ces idées sont venues peu à peu à Clémentine Alzial et Delphine Brudoux, directrice marketing et communication chez Malongo depuis plus de vingt ans. Elles ont organisé depuis, pour infuser au sein de l’entreprise, des ateliers Fresque du Climat, 2Tonnes ou de formation à l’économie régénérative pour les équipes commerciales.

Une direction bicéphale

C’est aussi la suite logique d’un chemin emprunté par l’entreprise dès le début des années 1990, guidé par Jean-Pierre Blanc, directeur général historique de la maison (en poste depuis 50 ans), celui du commerce équitable. Tout a commencé au Mexique, avec la rencontre du père Francisco Van der Hoff, docteur en économie et en théologie, cofondateur de l’ONG Max Havelaar. Une vision qui n’a cessé de nourrir, depuis, la stratégie de Malongo.

Depuis le début des années 1990, la boîte métallique du café des Petits Producteurs de Malongo est devenue iconique et symbolique de la réussite du commerce équitable — Photo : Olivia Oreggia

"Il a gardé un esprit visionnaire et intuitif, décrit Clémentine Alzial. Il y a trente ans, le café des Petits producteurs, c’était lui ; relocaliser en 2021 la fabrication des machines à café de la Chine à la Vendée, c’était lui ; faire des doses en papier naturel il y a vingt ans quand tout le monde se lançait dans l’aluminium et le plastique, c’était lui aussi. C’est vraiment inspirant."

Clémentine Alzial et Jean-Pierre Blanc, co dirigeants de Malongo, ont inauguré fin 2025 la nouvelle usine de fabrication de machines à café à dosettes de l'entreprise, en Vendée — Photo : DR

Clémentine Alzial évoluait depuis 20 ans dans le monde — pas si éloigné — du chocolat, chez Valrhona dans la Drôme, quand Jean-Pierre Blanc est venu la chercher il y a quatre ans pour lui proposer de diriger Malongo à ses côtés. "Déforestation, travail des enfants, revenus des agriculteurs… dans le cacao comme dans le café, les enjeux sont un peu les mêmes."

Le premier aura 79 ans cet été. La seconde vient tout juste d’en avoir 47. Deux générations distinctes mais deux personnalités en adéquation. "On ne partage pas la même façon de faire, en revanche nous partageons une même vision et ça c’est formidable."

Malongo compte quatre boutiques où elle vend notamment ses machines à cafés made in France — Photo : Olivia Oreggia

Quel avenir pour le café ?

Malongo acquiert son café auprès d’une coopérative de 700 producteurs au Pérou, de deux coopératives au nord du Congo, de la plus grande fédération de coopératives du Guatemala qui regroupe 20 000 producteurs… près de 70 % du café que la PME achète est issu du commerce équitable, labellisé Fairtrade/Max Havelaar. Elle soutient ainsi plus de 10 000 familles en Amérique du Sud, en Asie et en Afrique.

Des petits propriétaires qui subissent par ailleurs chaque année un peu plus les effets du changement climatique, entre chaleurs, sécheresses et pluies abondantes. Le café, et particulièrement l’arabica, est très sensible aux températures élevées.

Et alors que les aléas climatiques se multiplient, les consommateurs n’ont jamais autant bu de café à l’échelle mondiale – plus de 2 milliards de tasses chaque jour selon la filière – avec une demande qui ne cesse de croître et de s’ouvrir à de nouveaux pays.

Situé en république démocratique du Congo, le Parc National des Virunga abrite deux coopératives de producteurs de café soutenues par Malongo — Photo : Carl De Keyzer - Magnum Paris

Une protection de l'Europe ?

Alors comment rendre le café et toute sa filière plus résilients ? Adopté par le Parlement européen en 2023, le Règlement relatif aux produits sans déforestation (RDUE) est supposé venir en renfort, interdisant la commercialisation au sein de l’Union européenne des produits issus de terres déboisées après 2020. Les importateurs devront apporter la preuve que les produits qu’ils achètent (café mais aussi bovins, cacao, palmier à huile, caoutchouc, soja et bois) n’ont pas participé à cette déforestation.

Reporté par deux fois, ce règlement devrait enfin entrer en vigueur au 30 décembre 2026 pour les grands opérateurs et négociants, au 30 juin 2027 pour les petits et micro-opérateurs.

Malongo est né à Nice en 1934 — Photo : Olivia Oreggia

Un nouveau "combat" à mener

Rien qui ne soit disruptif pour Malongo. "La marque est dans le vrai, depuis plus de 30 ans, résume Clémentine Alzial. Mais ce moment de transmission entre Jean-Pierre Blanc et moi, le parcours CEC que nous avons suivi, cette actualité du monde qui nous bouscule un petit peu tous les jours, tout cela nous a ouvert les yeux sur le fait que nous avions un nouveau combat à mener. Et que, de nouveau, nous devions prendre notre bâton de pèlerin, comme on l’a fait il y a 30 ans pour aller convaincre la grande distribution de mettre en rayon des boîtes de produits du commerce équitable. On doit de nouveau s’investir au service de la vie, de la biodiversité, des hommes et du vivant."

Pour Clémentine Alzial, ici parmi des producteurs, aux côté des Jean-Pierre Blanc, Malongo "a un nouveau combat à mener" — Photo : DR

Quant à savoir quand la passation se fera entre les deux dirigeants, rien n’est décidé, aucune échéance n’est arrêtée. Et Clémentine Alzial de conclure : "J’espère que ce sera le plus tard possible".

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