L’information tenait encore du conditionnel. L’usine Renault Le Mans a bien été retenue pour la fabrication de drones à usage militaire. Lors du CSE (conseil social et économique), les éléments du dossier ont été confirmés et précisés. L’usine du Mans sera en charge du montage et de l’assemblage des pièces. Un bâtiment sécurisé et dédié à cette production stratégique emploiera au minimum 50 salariés. Une phase de tests devra être lancée en juin. Pendant six mois, autour d’une dizaine d’exemplaires en sortiront. Fin 2026, la production devrait être lancée avec un objectif mensuel de plusieurs centaines de drones.
Les moteurs de Renault Cléon encore au point mort
La veille, le dossier a également été abordé au CSE de Renault Cléon (Seine-Maritime). Mais ce site, qui va produire des moteurs chinois, toujours pour l’automobile, est en pleine réorganisation : son implication dans la production de drones n’est donc toujours pas officialisée. Si tel est le cas, l’usine normande fournira les moteurs diesel M9 qui équiperont les drones assemblés au Mans.
Un contrat potentiel annoncé d’un milliard d’euros
Le 19 janvier, Renault Group avait confirmé publiquement créer la société Chorus avec l’entreprise Turgis Gaillard (400 salariés, 80 M€ de CA), chargée de la conception des drones. Ce projet, mené sous l’égide de la Direction générale de l’Armement (DGA), est lancé autour d’un contrat initial de 35 millions d’euros.
Si le rythme de production espéré de 600 unités par mois est atteint, le contrat s’élèvera à 100 millions d’euros par an sur dix ans, donc un milliard.
Une filière du drone à moindres coûts
La DGA espère ainsi se doter d’une filière nationale de production de drones polyvalents — c’est-à-dire capables aussi bien de réaliser des missions d’observation, que de remplacer les missiles longue portée, à moins cher. Lesdits drones de dix mètres de long seront capables de voler à 400 km/h à une altitude de 5 000 mètres. Renault ne serait pas chargé de l’installation des charges explosives. Le constructeur automobile est impliqué avant tout pour son savoir-faire industriel, qui doit conduire à réduire les coûts de fabrication.
D’autres projets à l’étude
Se positionner de nouveau sur le marché de la défense est pour Renault un moyen de retrouver du chiffre d’affaires, dans une filière automobile sous tension. Déjà depuis avril 2025, des discussions sont menées au sein de la direction pour cadrer les différentes pistes. Les projets portent sur des drones volants, mais aussi terrestres ainsi que sur des utilitaires. Ces véhicules seraient adaptés pour le transport de troupes.
Toujours est-il que ces perspectives ont surpris au sein du personnel du groupe. La CGT a réclamé un statut d’objecteur de conscience pour les salariés qui ne souhaitent pas collaborer à la production d’engins de guerre.
Le Mans n'est pas au ralenti
Le manque d’activité n’est pas le souci du site Renault Le Mans. Son implication dans le projet Chorus tient à d’autres raisons : la production de pièces proches pour les châssis, un pôle ingénierie et R & D intégré, une fonderie en interne, etc.
En 2025, le site a tourné à plein régime et n’a même pu réaliser l’ensemble des projets prévus. L’usine recrute d’ailleurs, pour assurer le remplacement des partants (pour la plupart en retraite) et créer de nouveaux postes. Le premier employeur de la Sarthe a organisé un job dating le 24 janvier pour proposer 50 CDI. Avant la sélection, 180 candidats y étaient invités. Avant la sélection, un millier de personnes s’y étaient préinscrites.