Renault redevient fournisseur des armées. Ce 19 janvier 2025, le constructeur automobile confirme publiquement qu’il s’apprête à fabriquer des drones militaires en partenariat avec Turgis Gaillard. Créée en 2011, cette start-up a depuis bien grandi pour devenir une ETI de l’aéronautique et de maintenance industrielle (400 salariés, 80 M€ de CA 2025). L’entreprise de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), initialement constituée sous forme de bureau d’études, n’est passée à la phase de production qu’en 2023.
Sous l’égide de la DGA
Ce contrat entre Renault et Turgis Gaillard est mené sous l’égide de la Direction Générale de l’Armement (DGA). Pour l’heure, Renault Group explique succinctement avoir été sollicité par le ministère français des Armées pour "mettre son expertise au service du développement d’une filière française de drones". Le constructeur estime disposer "d’un savoir-faire recherché : concevoir, industrialiser et produire en grande série des objets hautement technologiques, tout en maîtrisant la qualité, les coûts et les délais".
Lancer une production de masse
Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, puis le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis, l’industrie de l’armement réclame une simplification des procédures d’achats afin de pouvoir lancer une production de masse. La démarche se concrétise donc avec ce projet.
Les drones produits pourraient avoir une envergure de dix mètres et atteindre une vitesse de vol de 400 km/h, selon plusieurs titres de presse.
Les sites du Mans et de Cléon concernés ?
Selon nos confrères de L’Usine Nouvelle, ce projet serait chiffré à un milliard d’euros sur dix ans. "Le montant n’est pas validé", tempère Renault. Dont la communication sur ce dossier renvoie à la responsabilité de la DGA. Idem pour les volumes commandés et la date de lancement de la production.
Le magazine qui a dévoilé ce contrat affirme également que deux sites du constructeur automobile seraient chargés de fabriquer les pièces des drones : les usines de Cléon (Seine-Maritime) et du Mans (Sarthe). Une production mensuelle de 600 unités est évoquée. Des informations que ne confirment pas pour le moment ni les responsables de site, ni la direction du groupe.
De l’activité pour les usines françaises
La communication de Renault indique privilégier d’abord la consultation en interne des instances syndicales. La CGT du groupe Renault a déjà fait savoir dans un communiqué qu'elle était opposée à participer à cette nouvelle activité à finalité militaire et réclame des garanties pour les salariés refusant de travailler à la production des futurs drones.
Ces échanges avec les syndicats pourraient conduire à désigner les sites de production. Alors que le secteur automobile est mis à mal ces dernières années, certaines usines pourraient bénéficier de ce projet pour retrouver un rythme de production plus soutenu, davantage en lien avec leurs capacités. Ce qui n’est pas le cas de Renault Le Mans : le centre d’excellence mondial du groupe pour les châssis a déjà une activité et un carnet de commandes bien chargé. Une chose est sûre, insiste Renault Group, ce contrat est une opportunité pour "privilégier nos sites français".
Un retour aux affaires militaires
La marque au losange est absente depuis environ 25 ans de l’approvisionnement des marchés militaires. Le constructeur fournit bien le ministère de la Défense, pour la gendarmerie nationale, par exemple. Mais les véhicules vendus, de type Mégane ou Alpine, sont proches des modèles civils. Pour ce qui est des forces militaires à proprement parler, Renault n’est plus sur le marché depuis la vente en 2001 de Renault Trucks au groupe Volvo. Une cession totale actée dix ans plus tard. Jusque-là, Renault fournissait encore l’Armée, notamment avec des véhicules de la marque Berliet, acquise par le groupe en 1978.
Pour ce qui de l’année 2025 sur le marché civil, Renault Group (39,1 Md€ de de CA sur les 9 premiers mois de 2025) annonce avoir commercialisé plus de 2,3 millions de véhicules. Ce qui représente une hausse annuelle de 3,2 %. Cette progression est supérieure au marché, et ce, pour ses trois marques, chacune dans leurs catégories (Renault, Dacia, Alpine).