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Le fabricant d’armes SAPL en phase de reconquête
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Le fabricant d’armes SAPL en phase de reconquête

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Après la tempête, l’heure de la reconquête pour SAPL. Ce fabricant d’armes normand vient de remporter un important contrat auprès du ministère de l’Intérieur portant sur la fabrication de boucliers. Il investit pour multiplier par plus de 20 ses capacités de production de munitions.

La société normande SAPL vient de remporter un appel d'offres portant sur la fourniture de boucliers aux CRS et aux gendarmes mobiles — Photo : SAPL

Tel le sphinx, SAPL renaît de ses cendres. Cette entreprise de 9 personnes basée à La Ferté-en-Ouche (Orne) a été placée en liquidation judiciaire en octobre 2024. Reprise par le groupe italien Chiappa peu de temps après, la TPE normande retrouve aujourd’hui des couleurs. "Avant la crise, nous réalisions 2,5 millions d’euros de chiffre d’affaires. Sur huit mois, entre avril et décembre 2025, nous avons réalisé 3 millions d’euros de chiffre d’affaires. Et, au niveau de la rentabilité, nous battons en ce moment des records", s’enthousiasme Émilie Lefebvre, directrice générale de l’entreprise créée en 1983 par son père Jean-Pascal. Pour accompagner cette relance, SAPL prépare l’embauche de deux nouveaux salariés, en production et au commerce.

Un marché de 15 millions d’euros pour les boucliers des CRS et des gendarmes

Commercialisant ses produits auprès des États et également présent sur le marché civil du self-défense, SAPL conçoit et fabrique des munitions, des armes (pistolets, fusils à pompes, lanceurs de fusée éclairante…) ainsi que des équipements pour le maintien de l’ordre, comme des tonfas ou des boucliers antiémeutes.

Sur ce dernier marché, SAPL vient de remporter un appel d’offres du ministère de l’Intérieur. Sur les trois prochaines années, la TPE ornaise est susceptible de fabriquer, en fonction des commandes, des boucliers en polycarbonate équipant les CRS et les gendarmes mobiles, pour une valeur de 15 millions d’euros.

Emilie Levebvre, directrice générale de SAPL, avec un bouclier fabriquée par sa société — Photo : SAPL

"C’est une victoire importante pour nous, même si nous avons ce marché depuis une trentaine d’années. C’est un marché de volume, que nous attendions depuis quatre ans. Cette attente a généré un creux d’activité monumental. Cela a été l’une des raisons des difficultés de l’entreprise, sachant que l’export et le marché civil ont aussi chuté après le Covid", explique la dirigeante. Les boucliers de SAPL équipent déjà les personnels du ministère de la Défense et pourraient de nouveau équiper ceux du ministère de la Justice – la consultation est en cours.

Un investissement pour multiplier par 24 la fabrication de munitions

Les perspectives s’annoncent aussi favorables pour l’activité de fabrication de munitions (cartouches non létales à balle caoutchouc, cartouches conçues pour briser les serrures et les charnières de porte…) : SAPL investit 250 000 euros dans son atelier. De quoi abaisser les coûts de fabrication et multiplier par 24 les capacités de production, qui vont passer de 250 000 à 6 millions de munitions par an.

L’enjeu consiste désormais à décrocher des contrats pour faire tourner cet équipement. "On a beaucoup de demandes en ce moment à l’export, assure Émilie Lefebvre, évoquant notamment le gain en ce début d’année de trois marchés en Inde et d’un en Islande. La dirigeante normande compte aussi sur l’appui du groupe Chiappa, deuxième fabricant d’armes à feu en Italie derrière Beretta. Connue pour ses revolvers Rhino et pistolets sportifs Fas, la PME italienne ne produisait pas de munitions avant le rachat de SAPL. L’acquisition lui permet d’élargir son offre. De son côté, SAPL va pouvoir compter sur la force de frappe commerciale de Chiappa, qui a des distributeurs dans une soixantaine de pays, pour gagner de nouveaux marchés.

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