Deux beaux-frères se sont associés en 1905. Félix Fleury et Lucien Michon, négociants en viande, lancent leur affaire. Tous les deux sont d’origine vendéenne. Ils étaient alors loin d’imaginer que leur nom serait, 120 ans plus tard, dans la majorité des frigos français. Pour en arriver là, Fleury Michon a suivi les tendances sociétales, et les changements de consommation. Dernière en date : le lancement de tranches à base de protéines végétales, afin de végétaliser plus facilement son alimentation.
Finalement pour la marque d'aujourd'hui, peu importe qu'il s'agisse d'haricots blancs ou de porc. "La raison numéro un d’un achat est le plaisir. Nous offrons la gourmandise à un prix raisonnable", expose Gérard Chambet, directeur opérationnel de Fleury Michon et présent dans l’entreprise familiale depuis 29 ans. Aujourd’hui, après cinq générations passées à sa tête et un actionnariat toujours constitué en majorité par la famille (à 65 %), Fleury Michon compte 3 310 employés et un chiffre d’affaires de 836 millions d’euros en 2023.
L’essor des tranches de jambon sous vide
L’historie était loin d’être écrite, puisque pendant la première guerre mondiale, l’entreprise baisse le rideau. Pierre Fleury, fils de Félix, relance l’activité en 1934 en Vendée avec un premier abattoir à Pouzauges. Mais l’entreprise telle que nous la connaissons ne prendra vraiment son envol qu’avec la génération suivante, et son gendre Jacques Chartier dans les années 1960. C’est l’éclosion de la grande distribution et des supermarchés.
"Nous avons d’abord touché le grand Ouest, mais très vite, cela s’est répandu à une échelle nationale"
Il fallait alors de nouveaux produits, qui se gardent dans le temps pour être distribués partout. Les premiers jambons sous vide font leur apparition. La technologie était déjà employée aux États-Unis depuis peu. "En France, nous sommes les premiers à nous lancer sur ce marché. La période correspond aussi à l’arrivée des frigos dans les foyers, ce qui a créé un engouement pour les produits à longue conservation", détaille Gérard Chambet. Un pari plus que gagnant puisque Fleury Michon prend alors l’ascenseur de la grande distribution.
Un désengagement des abattoirs
Le produit phare est lancé. Le succès est au rendez-vous. Il devient connu de tous. "C’est le produit de fond de frigo par excellence", note Gérard Chambet. Le succès de ces tranches est si important qu’en 1983, Fleury Michon se désengage des abattoirs. "L’activité d’abattage nécessite de garder, et valoriser, l’ensemble de l’animal. Dans les années 1980, nous faisions encore des pâtés, des saucissons, et autres produits issus du porc. Nous nous sommes ensuite recentrés sur la charcuterie, et nous sommes spécialisés dans les produits frais pour la grande distribution", détaille le dirigeant
L’heure de la diversification
Le produit phare est incontournable. Reste maintenant au groupe à se consolider. Pour ça, rien de tel que la diversification. En 1978, Fleury Michon se lance dans les plats cuisinés. "Cela concorde aussi avec l’arrivée des micro-ondes dans les foyers", note Gérard Chambet. Une quinzaine d’années plus tard, en 1994, Fleury Michon poursuit les tests, avec l’apparition des tranches de volailles.
À nouveau un pari gagnant. Puis suivent les boîtes de surimi. "Cette activité fait suite à un voyage au Japon. Les Japonais lavaient les filets de poissons pour enlever la matière grasse. Cette recette permet de conserver facilement les protéines de poissons. Nous nous en sommes inspirés", raconte Gérard Chambet. Fleury Michon n’en finit alors pas de se diversifier, toujours à l’affût de nouveaux marchés. En 2005, c’est vers le catering aérien, et les repas dans les établissements de santé.
Des innovations pour se distinguer
Cette diversification induit des activités différentes. Des opérations différentes. Des business différents. Pour ne pas s’y perdre, Fleury Michon crée en parallèle deux filiales, la première dédiée aux activités traiteurs. La seconde pour la charcuterie. Des innovations émergent alors dans chacune des filiales : les plats cuisinés sont vendus avec un film pelable. Le consommateur n’a alors plus qu’à tirer sur la languette pour retirer l’opercule. "Ce petit changement, qui n’apparaît qu’en 1998, provoque un essor des plats cuisinés", sourit Gérard Chambet. Du côté du surimi, c’est l’arrivée des barquettes, avec un couvercle qui se referme, qui fait la différence. "Nous avons un brevet sur ce type de fermeture. Cela a fait exploser nos ventes de surimi", souligne-t-il.
Une continuité liée aux choix de consommation
En 2017, la croissance ralentit. Une nouvelle aire s’ouvre alors, avec un secteur de la grande distribution qui n’est plus aussi dynamique. Les enseignes de supermarchés souhaitent alors fluidifier les échanges, et n’avoir qu’un interlocuteur pour les produits Fleury Michon, avec une vision de tous les produits. "Nous avons donc recentré l’entreprise et regroupé les filières", note le directeur opérationnel du groupe vendéen.
Au-delà de la grande distribution, le marché des protéines animales stagne aussi. Il est arrivé à maturité. "Il faut être fort pour maintenir nos parts de marché". Pour ce faire, Fleury Michon se veut précurseur, en s’adaptant aux phénomènes de société, une fois encore. "Nous avons d’ailleurs lancé plusieurs gammes de charcuterie : bio, réduits en sel, ou encore sans nitrite", appuie Gérard Chambet. Jusqu’à franchir le pas des protéines végétales. Et, même s’il ne faut pas vendre la peau de l’oignon avant de l’avoir pelée, Gérard Chambet se félicite pour l’instant d’avoir de premiers bons retours…