Avec un chiffre d’affaires stabilisé et une rentabilité retrouvée depuis près de 3 ans, l’enseigne nordiste de prêt-à-porter Damart (2 000 salariés, 353 M€ de CA) mène une nouvelle série d’investissements. Au programme : muscler la RSE, décorréler ses produits de l’âge du consommateur et poursuivre la diversification des canaux de vente. Autant de manières de se démarquer dans un contexte difficile, le distributeur côtoyant "l’ultra fast fashion, l’essor du digital et la seconde main", souligne Filiep Blontrock, directeur général de Damart International.
Renforcer le recyclage des chutes
Inventeur du Thermolactyl, un textile technique affichant des propriétés thermiques, Damart mise désormais sur l’innovation responsable. Sa nouvelle génération de textile technique, baptisée Recylactyl et développée depuis 2023, est au service de la circularité de la production. Recylactyl est conçu à partir de chutes de Thermolactyl recyclées : "Nous possédons une usine en propre en Tunisie, qui produit chaque année 3 millions de pièces Thermolactyl et génère donc des chutes de coupe", détaille le dirigeant. Même si la découpe a été optimisée pour limiter ces chutes, une partie reste incompressible. "Notre production génère 15 % de chutes, contre 20 % dans une industrie textile standard", revendique-t-il.
Collectées, les chutes étaient jusqu’à présent revalorisées dans différentes filières. "Nous avons décidé de ne plus les traiter comme un déchet mais comme une ressource", note Filiep Blontrock. Ces chutes sont désormais envoyées chez les filateurs partenaires de Damart, pour être retransformées en fil. En 2025, 5 tonnes de chutes ont été valorisées, pour entrer dans la production de fil Thermolactyl.
120 tonnes recyclées d’ici 2030
L’ambition de Damart est de recycler 30 tonnes de ces chutes en 2026, puis 120 tonnes d’ici 2030. Pour accompagner cette montée en puissance, des produits à base de Recylactyl verront le jour dès l’hiver 2026. Il s’agit notamment de chaussettes fabriquées en Europe, plus précisément au Portugal. "Celles-ci intégreront 20 % de fibres Recylactyl", indique Romain Devooght, responsable innovation de Damart.
L’enseigne annonce également la commercialisation d’une couette intégrant 70 % de fibres recyclées, "avec une performance thermique de 20 % supérieure par rapport à une couette standard", souligne le responsable innovation. Une commercialisation sous licence est envisagée, "des discussions sont en cours avec des fabricants français", précise-t-il.
Un engagement sociétal
Damart renforce également son engagement sociétal, à travers deux projets. L’enseigne s’engage d’une part aux côtés de la jeune entreprise lilloise l’Adaptelier, qui modifie des vêtements en vue de faciliter l’habillage des personnes en perte d’autonomie. Il sera désormais possible d’adapter les pièces Damart, sachant que "14,2 millions de Français rencontrent des difficultés fonctionnelles liées à l’habillage", avance l’enseigne. Le lancement de cette initiative a démarré à Dunkerque mi-octobre, avant un déploiement progressif dans tout le réseau de magasins.
Pour les fêtes de fin d’année, Damart a également conçu une collection exclusive de chaussettes solidaires, au profit des 58 refuges animaliers et 6 maisons SPA en France. Pour chaque paire vendue (avec un prix public de 9,99 euros), 2 euros seront reversés à l’organisme de protection animale.
Un projet transgénérationnel
Fondée en 1953 par les frères Despature à Roubaix (Nord), Damart a traversé le temps, les modes et les canaux de vente. L’enseigne détenue par le groupe roubaisien Damartex, dont la famille Despature est toujours le principal actionnaire, doit cette longévité à sa capacité à se réinventer. Positionné historiquement sur le marché de la silver économie, Damart développe désormais des projets sans distinction d’âge.
"Tout le monde vieillit mais personne ne se sent senior"
"Notre projet est transgénérationnel : quand on rajeunit trop notre image, on perd des clients, quand on ne la modernise pas, on en perd aussi. Tout le monde vieillit mais personne ne se sent senior", constate Filiep Blontrock. L’enseigne mise notamment sur ses textiles techniques, adaptés à toutes les générations, par exemple pour la pratique de sports en extérieur.
Élargissement des canaux de distribution
Son canal historique, la vente par catalogue, ne représente plus que 34 % des ventes, contre 45 % pour ses magasins (150 en Europe, dont 93 en France) et 21 % sur le web (site internet et 30 marketplaces dans 8 pays européens). Ces places de marché accélèrent le développement à l’étranger. "Un tiers du chiffre d’affaires généré par les marketplaces est réalisé à l’international et ce sera bientôt 50 %. Elles nous permettent de tester les marchés avant d’y ouvrir les ventes via notre site Internet, voire des magasins", note Filiep Blontrock.
Damart s’apprête encore à élargir ses canaux, en lançant la commercialisation, durant l’hiver 2026, d’un tee-shirt Thermolactyl en grande distribution et grandes surfaces spécialisées. L’enseigne, qui a ouvert début octobre un nouveau magasin de 190 m² au sein de son siège historique de Roubaix, continue de croire au réseau physique. "Nous allons le développer, selon nos moyens, car un nouveau magasin demande 5 à 6 ans pour être rentabilisé", note Nicolas Marchand, dirigeant de Damartex.