C’est confirmé. La biotech clermontoise Carbios (environ 70 salariés) veut toujours construire son usine de Longlaville, la première industrialisation à grande échelle de sa technologie de recyclage enzymatique du PET (polyethylene terephthalate). Un soulagement en demi-teinte après des mois de tempête depuis fin 2024, de valse des dirigeants et de plusieurs procédures de réduction des effectifs, sur fonds de difficultés financières justement pour réunir les fonds pour la vitrine tant attendue.
La greentech, pépite jadis protégée de Michelin qui l’héberge toujours sur son Innovation Park à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), indique avoir poursuivi son travail sur la structuration des financements nécessaires à la reprise de ce projet dont le démarrage pourrait intervenir au 1er semestre 2028. Toutefois, "les discussions pour aboutir à cette structuration se poursuivent de manière constructive, mais ne sont pas encore finalisées", indique le communiqué de ce jour.
Un financement toujours difficile à boucler
Outre les aides publiques confirmées et conventionnées à hauteur de 42,5 millions d’euros provenant de la Région Grand Est, de Bpifrance, de l’Ademe et de la Commission Européenne, les financements de Carbios 54, société créée pour opérer le projet, proviendraient d’emprunts auprès de partenaires bancaires garantis par des dispositifs de type GPS de Bpifrance et EIFO1 et en fonds propres par plusieurs partenaires français, dont l’identité n’est pas dévoilée. Enfin, outre ses brevets et les travaux réalisés en vue du projet, Carbios apporterait des fonds propres, dont le montant n’est pas dévoilé.
"Ces apports de Carbios en feraient un partenaire minoritaire non contrôlant, de telle sorte que la dette et les résultats financiers de Carbios 54, entité exploitant l’usine, ne seraient pas consolidés par Carbios", précise le communiqué.
Ce schéma, s’il se concrétise, permettrait de couvrir le coût de construction de l’usine estimé à 230 millions d’euros ainsi que l’ensemble des coûts liés au démarrage du projet. Un montant qui pourrait approcher 300 millions d’euros selon Vincent Kamel, actuel directeur général de l’entreprise.
Des doutes sur le niveau des préventes
Pour rappel, la concrétisation de ce schéma est elle-même suspendue à la capacité de Carbios de conclure de nouveaux contrats de précommercialisation des produits pour atteindre 70 % de la capacité de production de ce futur site industriel dans les prochains mois. Le taux atteignait 50 % en novembre 2025, mais impossible de savoir aujourd’hui quel est le pourcentage de préventes atteint…
De plus, fait observer un proche du dossier, "cela risque d’être encore plus compliqué de trouver des financements pour un site français alors que le partenariat conclu avec l’industriel chinois Wankai lui permettra d’exporter vers l’Europe et la France, un PET recyclé issu de la technologie Carbios mais qui sera plus compétitif".
Pour aider à mener à bien les projets de développement de Carbios, notamment le projet de Longlaville et le partenariat avec l’industriel chinois Wankai, le conseil d’administration a nommé un nouveau directeur général délégué, en la personne de Benoît Grenot.
Un nouveau dirigeant spécialiste de la Chine
Cet ingénieur diplômé de l’École des Mines de Paris a dirigé le groupe international de chimie de spécialités Baikowski, basé à Poisy (Haute-Savoie), pendant plus de dix ans, où il a conduit une stratégie d’innovation et d’internationalisation. Avant cela, il a occupé des fonctions de direction opérationnelle à l’international, notamment en Chine, au sein du groupe Saint-Gobain, renforçant son expertise des marchés industriels et des chaînes de valeur matériaux. Parlant couramment le mandarin, il pourrait être la nouvelle carte maîtresse de Carbios dans la mise en place du partenariat périlleux avec Wankai.