Après avoir testé pendant un peu plus d’un an la semaine de 4 jours, la PME industrielle MDP Ressort (4,5 M€ de CA) vient d’entériner cette organisation du travail. Ce fabricant de ressorts en fil métallique, basé à La Ferté-Macé, dans l’Orne, appartient depuis 2017 au groupe nordiste Metalians, basé à La Chapelle d’Armentières. MDP Ressort, qui emploie 41 salariés, est la première des quatre filiales du groupe à revisiter les plages horaires de ses salariés. Une manœuvre observée de près par Antoine Honoré, dirigeant de Metalians, qui n’est pas fermé à l'idée de l’étendre à ses autres structures, même s’il se déclare pour l’heure "prudent, dans une conjoncture compliquée".
Des craintes liées à la productivité
"Le test a été mis en place il y a un peu plus d'un an à la demande de salariés, face à la flambée des prix de l’essence", rapporte Louis-Marie Duhamel, directeur de MDP Ressort. À l’époque, les collaborateurs effectuaient 35 heures réparties sur 5 jours, "cela représentait uniquement quatre heures le vendredi", indique le dirigeant. C’est donc ce jour-là qui a été rayé des agendas professionnels. Non sans hésitation, reconnaît le directeur. "Quelques semaines ont été nécessaires pour prendre cette décision. Nous redoutions une baisse de la productivité".
Pour se rassurer sur ce point, la direction a mis en place, dès le départ, un deal très clair avec les salariés : "Face à la moindre baisse de productivité, l’expérience aurait immédiatement pris fin, rapporte-t-il. Après une première semaine de test, nous n’avons constaté aucune dégradation de celle-ci, au contraire". La PME a même gagné en efficacité "sur le temps de mise en route le matin", affirme le directeur.
Une flexibilité indispensable
Concrètement, les salariés de MDP Ressort ont conservé le même volume horaire, mais réparti autrement. Du lundi au jeudi, ils réalisent désormais 8,75 heures par jour. "Au début, nous avons voulu imposer des horaires fixes, de notre choix. C’était une erreur : au bout de 3 semaines, les retours des salariés nous ont fait prendre conscience que nous n’allions pas tenir comme ça", reconnaît-il. La direction a donc revu sa copie, en permettant aux salariés de déterminer eux-mêmes leurs horaires, sur une plage s’étalant de 6 heures à 18 heures. "Cela répondait à différents besoins de la vie privée, comme déposer ou reprendre des enfants à l’école, faire du sport, etc."
Si chacun a pu choisir la tranche horaire qui l’arrangeait le mieux, celle-ci devait en revanche être fixe. "L’idée n’était pas que les salariés changent leurs horaires chaque jour", précise le directeur.
Des garde-fous
Tous les collaborateurs n’ont toutefois pas adopté la semaine de 4 jours : 30 salariés sur 41 sont actuellement concernés. "Quelques-uns se sont opposés au fait de réaliser des journées plus longues, indique le directeur, et ont pu conserver leur organisation sur 5 jours". D’autres n’ont pas eu le choix, à l’image des fonctions support, au forfait jour, qui ont obtenu en compensation des jours de télétravail. D'autres salariés assurent un service minimum pour la réception de marchandises le vendredi. Enfin, 3 salariés en production "sont affectés à des machines qui doivent tourner tous les jours".
"Les salariés concernés ne reviendraient jamais en arrière, tant cela facilite leur vie personnelle."
Cette dernière décision compte parmi les garde-fous que l’entreprise a mis en place. "Le vendredi demeure une journée de secours, précise le directeur. Les salariés au régime de 4 jours sont susceptibles de venir travailler s’ils ont des heures à rattraper, s’il y a eu une panne machine ou en cas de pic d’activité", explique-t-il. Malgré ces mesures, la nouvelle organisation est un franc succès. "Les salariés concernés ne reviendraient jamais en arrière, tant cela facilite leur vie personnelle. Le week-end de trois jours leur fait un bien fou et c’est un élément de fidélisation", se réjouit Louis-Marie Duhamel. Les salariés présents le vendredi y trouvent aussi leur compte, car ils bénéficient d’une ambiance de travail plus calme.
Des avantages collatéraux pour la PME
"Il y a peu d’inconvénients", affirme le directeur, après quasiment une année et demie de recul. Nos clients sont au courant et le voient d’un bon œil. De plus en plus d’entreprises franchissent le pas dans le cadre de leur démarche RSE, car cela améliore le bien-être des collaborateurs.
"Quand j'évoque le sujet en entretien de recrutement, les yeux des candidats se mettent à briller."
La PME a aussi bénéficié de quelques avantages collatéraux, qu’elle n’avait pas anticipés : une consommation d’énergie moins importante le vendredi, en raison de l’allumage d’un seul four, une maintenance facilitée sur les machines arrêtées et un argument de taille pour attirer les talents. "Quand j’évoque le sujet en entretien de recrutement, les yeux des candidats se mettent à briller", sourit le directeur. "C’est une organisation que je conseille mais la clé, pour que cela fonctionne, c’est la flexibilité, aussi bien du côté des salariés que de la direction", conclut-il.