Auvergne Rhône-Alpes
"Ces 6 milliards d'euros vont permettre d'accompagner les territoires de montagne face au changement climatique"
Interview Auvergne Rhône-Alpes # Tourisme # Transition écologique

Gisèle Rossat-Mignod directrice réseau Banque des territoires et présidente de la Compagnie des Alpes "Ces 6 milliards d'euros vont permettre d'accompagner les territoires de montagne face au changement climatique"

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La Caisse des dépôts (CDC) et ses 9 filiales et participations ont dévoilé un plan à 6 milliards d’euros d’ici 2030 pour accompagner les territoires de montagne dans leur transition environnementale. Pour Gisèle Rossat-Mignod ce programme devrait aider les acteurs privés et collectivités à repenser leur trajectoire économique, en tenant compte du changement climatique.

Gisèle Rossat-Mignod, directrice du réseau Banque des territoires du groupe CDC et présidente de la Compagnie des Alpes — Photo : Sophie PALMIER/REA

La feuille de route Montagne du groupe Caisse des Dépôts intervient dans un contexte de mutations profondes pour les territoires concernés. Qu’est-ce que qui a conduit à la concevoir maintenant et en quoi se distingue-t-elle des dispositifs existants comme le programme étatique Avenir Montagnes de 2021 ?

Le groupe CDC est engagé depuis de nombreuses années dans le soutien au développement de la montagne française, qui regroupe un quart des communes et 15 % de la population nationale et possède des atouts importants en termes économiques et agricoles. La CDC a justement créé la Compagnie des Alpes dans les années 1960 pour donner une impulsion en matière de développement de la montagne et a, par la suite, accompagné le développement du tourisme dans ces régions. La CDC est également partenaire aux côtés de l’État d’Avenir Montagne depuis 2021, programme dans lequel elle a déjà mobilisé des crédits dédiés à l’ingénierie pour accompagner la dynamique de l’État sur le territoire. Mais nous avons voulu aller plus loin et plus vite alors que la montagne - et notamment les Alpes - subissent de plein fouet le réchauffement climatique, qui est visible aussi bien à travers les problèmes d’éboulement, de baisse de l’enneigement de certaines stations de ski, de l’instabilité du manteau neigeux ou des sujets liés à l’eau.

Comment avez-vous conçu ce programme ?

La Caisse des dépôts et la Banque des territoires travaillent depuis un an avec tous les acteurs locaux, opérateurs de l’État, élus tels que l'Association Nationale des Élus de Montagne (ANEM), syndicats nationaux comme Domaine Skiable de France (DSF), France Montagne, Cluster Montagne pour comprendre les priorités de chacun. Nous avons écouté bon nombre d’acteurs dans tous les massifs via un travail de terrain très fin pour savoir ce que la Banque des territoires pouvait apporter. Nous avons également cherché à savoir comment mobiliser les compétences et savoir faire de toutes nos filiales, Bpifrance dans le domaine de l’économie, La Poste dans le domaine des services ou encore Icade et CDC Habitat dans le domaine du logement.

Quelle part de cette enveloppe de 6 milliards pourrait concerner concrètement les massifs alpins ?

Il est encore trop tôt pour répondre, le travail est en cours. Avec cette feuille de route très claire, chacun des directeurs régionaux de la Banque des territoires va décliner le besoin de ce massif par rapport aux six axes prioritaires qui ont été déterminés dans le cadre du plan, le logement, la protection des ressources, la vulnérabilité des infrastructures, la transition économique des territoires, le soutien aux porteurs de projets et la mobilité. Ils pourront ainsi définir l’enveloppe plus précisément afin que chacun des massifs ait un plan sur mesure. En termes de calendrier, le travail devra être abouti pour après les élections 2026.

Comment cette enveloppe de 6 milliards d’euros se décomposera-t-elle ?

Nous allons apporter environ 30 millions d’euros de financement sur le volet ingénierie pour aider les territoires à avancer sur leur réflexion et dans le montage de projets. Car l’ingénierie est un outil d’aide à la décision très important. Nous allons également financer 5,5 milliards d’euros de prêts à taux avantageux à très long terme. Ce qui permettra par exemple de financer la rénovation de réseaux d’eau ou la réhabilitation des écoles. Tous ces sujets seront portés par des prêts sur fonds d’épargne, qui permettront aux collectivités d’amortir financièrement leurs investissements. Enfin, nous allons investir aux côtés d’autres acteurs dans des sociétés de projets, à hauteur de 400 millions d’euros.

Toutes ces enveloppes ont été actées au sein de la gouvernance de la CDC et de la Banque des territoires mais ces financements pourront être revus à la hausse au fil du temps.

En tant que présidente de la Compagnie des Alpes et responsable du déploiement territorial de la Banque des Territoires, voyez-vous des synergies possibles entre l’action engagée par la CDA pour diversifier l’activité des stations de ski qu’elle exploite et le plan Montagne de la Banque ?

La Compagnie des Alpes, qui est une filiale de la CDC, est totalement alignée avec l’impulsion que nous comptons donner via ce plan Montagne, avec l’ambition d’aider les stations à se diversifier. Les stations de plus basse altitude subissent de plein fouet la baisse de l’enneigement, qui raccourcit leurs saisons de ski et nous sommes donc prêts à mettre à disposition des élus et des territoires des ressources financières pour les aider à travailler sur un nouveau modèle économique, adapté à chaque territoire. Je souhaite néanmoins préciser que ni la Caisse des dépôts ni la Banque des territoires ne font du ski bashing. L’économie du ski est encore très importante pour de nombreux territoires et les touristes sont encore avides de ce sport.

Le logement est un enjeu majeur dans les stations alpines : pénurie pour les travailleurs saisonniers, pression des résidences secondaires… Quelle réponse votre plan apporte-t-il sur ce volet ?

Notre plan va donner la priorité à l’habitat et aux logements des résidents, des familles et des travailleurs. Nous comptons notamment soutenir le développement de logements communaux, accompagner le développement de projets de sociétés d’économie mixte (SEM) immobilières et soutenir le développement de l’offre de logements sociaux car il y a une forte demande pour loger les résidents et les travailleurs.

Cette feuille de route associe la Banque des Territoires, Bpifrance, Suez Icade, la CDA… Comment éviter que la multiplicité d’acteurs ne dilue la stratégie et quelle coordination sera mise en place sur le terrain ?

Chaque directeur régional de la Banque des territoires sera chargé de coordonner massif par massif la stratégie de notre plan Montagne et réalisera un vrai travail de proximité auprès des acteurs. Je serai quant à moi chargée de piloter l’ensemble du plan, pour vérifier que ce qui a été annoncé est bien mis en oeuvre, avec un bilan tous les ans pour voir qu’est ce qui a été consommé dans les enveloppes prévues et comment elles ont été dépensées. Notre plan s’inscrit dans la durée et il est donc essentiel d’être là sur le terrain pour les acteurs.

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