Camille Antonio est la preuve vivante qu’il est possible de créer son entreprise tout en potassant ses cours. À seulement 23 ans et fraîchement diplômée de l’IAE de Toulon, elle dirige déjà sa propre entreprise et emploie 40 salariés. Et pourtant, elle n’est pas du sérail. Elle n’est pas l’héritière d’une entreprise familiale, elle n’a pas non plus été biberonnée aux valeurs entrepreneuriales.
D’ailleurs, avec un peu de recul, certes, pas très lointain, étant donné son jeune âge, elle se dit qu’elle n’avait jamais imaginé emprunter cette voie. "Dès l’âge de mes 17 ans, j’ai occupé des emplois saisonniers en qualité d’agent de nettoyage. Et lorsqu’un jour, j’ai été amenée à remplacer ma cheffe d’équipe, un client m’avait lancé, en blaguant, l’idée de créer ma propre boîte", se rappelle la dirigeante, qui n’avait alors vraiment pas pris l’idée au sérieux. Puis, de fil en aiguille, l’idée a fait son chemin et elle a fini par se dire : "Pourquoi pas moi ?"
Une entrepreneuse PéPite
C’était il y a deux ans. À l’époque, elle a trouvé sa voie dans les ressources humaines, elle a une licence en poche et commence un master en management durable des ressources humaines à l’IAE de Toulon. "Je ne me voyais pas faire des RH derrière un ordinateur, je voulais du terrain. Puis, je me suis dit que, quitte à mettre en pratique mes apprentissages, autant le faire en tant que chef d’entreprise", raconte Camille Antonio. Sans le savoir, elle applique à la lettre la citation de l’entrepreneur indien, Dhirubhai Ambani : "Si vous ne suivez pas votre rêve, quelqu’un d’autre va vous embaucher pour que vous l’aidiez à construire le sien."
Non seulement Camille Antonio a désormais une entreprise, Service Hygiène Environnement (Hyères), au sein de laquelle s’exercer, mais elle a aussi trouvé, du même coup, la société où elle réaliserait son stage de fin d’étude. C’est ce qu’elle pensait jusqu’à ce qu’elle croise la route de PéPite, qui permet de substituer son projet entrepreneurial à son obligation de faire un stage. En 2023, elle obtient donc le statut d’étudiante entrepreneuse en rejoignant le programme PéPite Paca-Est (pôle étudiant pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat). Un jalon essentiel dans son parcours, tant son temps est précieux.
Un risque mesuré
La jeune entrepreneuse le concède. Si elle a pris le risque de se lancer, c’est parce qu’elle avait un premier "beau" client et qu’elle avait déjà une expérience du monde du nettoyage. Car, "on ne s’imagine pas l’ampleur de la tâche, ni de l’investissement au démarrage. Création d’une adresse e-mail avec un nom de domaine, achat de machines, de tenues vestimentaires et consommables, règlement des premiers salaires", énumère la dirigeante, qui a démarré l’aventure avec une quinzaine de collaborateurs, dont une partie héritée de l’entreprise qui détenait le marché jusqu’alors.
Y aller au culot
Petit à petit, elle ouvre de nouveaux chantiers, par le seul bouche à oreille et "avec un peu de culot aussi", avoue Camille Antonio, qui n’hésite pas à aller toquer aux portes pour proposer ses services. L’insouciance de sa jeunesse, sa soif de réussir, son envie de bien faire avec ses salariés, son relationnel avec les clients font la différence sur un marché très concurrentiel, dominé par de très grands groupes.
Aujourd’hui, elle compte 40 salariés, dont certains ont été parrainés par les premiers. Ils interviennent dans des bureaux, des copropriétés et des grandes surfaces dans le Var. Au total, une dizaine de clients. L’entrepreneuse et étudiante, qui confie avoir gagné "sa légitimité avec le temps", ne compte pas ses heures : quelques jours avant la fin de l'année scolaire, et donc de rendre son rapport de stage qui validera son master, elle s'est levée plusieurs fois d'affilée à trois heures du matin pour ouvrir un nouveau chantier.
Entrepreneuse à 100 %
Son diplôme désormais en poche, elle compte s’investir à 100 % dans sa société. "Avec 600 000 euros de chiffre d’affaires prévus d’ici la fin de cette année, puis un million d’euros l’année prochaine, je souhaite d’abord stabiliser le développement pour mieux repartir en conquête", confie-t-elle.
Son ambition est de grandir dans le secteur du nettoyage, sans griller les étapes. "Je n’ai pas peur de me retrouver à la tête d’une grande entreprise, mais avant tout, je veux bâtir une entreprise reconnue dans le Var et en région Paca, une entreprise appréciée de ses salariés", ajoute l’entrepreneuse. Pour cela, elle a entamé une démarche RSE, qui parle aux nouvelles générations. Elle vient par exemple d’investir dans une centrale de dilution de produits d’entretien, pour assurer le bon dosage des produits, maîtriser les coûts et surtout "diminuer l’usage de contenants plastiques." Elle a aussi les bases de son développement futur en recrutant un responsable d’exploitation et deux chefs d’équipe. D’ici la fin d’année, elle aura enfin ses premiers locaux, histoire de matérialiser, pour de bon, son envie de travailler pour son propre projet.