Première mondiale à Blaringhem, dans le Nord. Depuis la fin octobre, la première usine au monde de panneaux isolants en fibre de bambou, conçus par Fiboo, a lancé sa production. Créée en 2021 par ses trois cofondateurs, Thomas L’Homel, Pak Hin Nan et Pierre Vion, la start-up a été rejointe en 2022 par le groupe nordiste Baudelet (900 collaborateurs, 200 M€ de CA), en pleine diversification. L’ETI familiale, implantée à Blaringhem et historiquement spécialisée dans la gestion des déchets, détient désormais 70 % du capital de Fiboo. Elle a porté la majorité des 15 millions d’euros investis pour l’implantation de cette première usine, sur la friche Valoparc, qu’elle a reprise et revalorise depuis 2021.
Fiboo vise les 10 millions de chiffre d’affaires d’ici trois ans
Dans le détail, 3 millions d’euros ont été dédiés aux bâtiments et 12 millions d’euros au process. 8 emplois ont été créés, et 30 personnes pourraient y travailler à terme. L’investissement a été soutenu par la Société Générale, le CIC et Bpifrance par le biais du Prêt Nouvelle Industrie, ainsi que par des subventions de la part de la Région Hauts-de-France et Cœur de Flandre Agglo. Fiboo vise les 10 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici trois ans.
"Cette première usine est une étape importante pour Fiboo, mais le projet de l’entreprise est plus vaste, présente Pierre Vion, cofondateur de la start-up, également dirigeant d’Axoé, un cabinet de conseil en ingénierie durable. Ce que nous développons, c’est un projet global de filière, du champ au recyclage, autour de la fibre de bambou. C’est une plante encore méconnue en France, mais qui possède beaucoup de propriétés qui en font un matériau décarboné idéal pour la construction."
Un nouvel isolant biosourcé
La première qualité du bambou, c’est sa rapidité de pousse et sa sobriété. Exploitée correctement, et passé une première phase pouvant nécessiter de l’irrigation, la plante est peu gourmande en eau, et peut gagner jusqu’à un mètre par jour. Le bambou peut être planté en zones humides ou sur des champs captants, non exploitables pour l’agriculture. En plus d’oxygéner et de revitaliser les sols, son rhizome est capable d’en détruire les polluants, ce qui rend envisageable sa plantation sur des friches industrielles par exemple. En outre, il capte jusqu’à 30 % de CO2 de plus qu’une forêt, et libère davantage d’oxygène.
Si sa canne est utilisée traditionnellement en Asie pour la construction, ou est transformée en meubles ou revêtements de sols, sa fibre n’avait jusqu’à aujourd’hui jamais été exploitée en tant que telle. Le procédé mis au point par Fiboo, reposant sur 7 ans de recherche, tire le meilleur parti de ses propriétés naturelles pour en faire des panneaux isolants souples, faciles à substituer aux produits déjà présents sur le marché. Une fois effilochée selon le procédé mis au point par Fiboo, la fibre est compactée au sein de panneaux de 60 centimètres de large, d’une épaisseur de 4 à 24 centimètres.
"Le bambou est l’un des meilleurs isolants thermiques du marché. Il garde la chaleur et la fraîcheur longtemps"
"N’importe quel artisan peut poser nos panneaux, sous rampants, en isolation des murs ou des planchers. La fibre de bambou ne se tasse pas comme la laine de roche, qui crée des ponts thermiques avec le temps. Nos panneaux sont plus souples que les panneaux de fibre de bois, donc très indiqués en rénovation, si les murs sont irréguliers, vante Pierre Vion. Enfin, ils ont une très bonne résistance à l’eau, avec une capacité d’absorption de 8 cl au mètre carré, contre 2 l par mètre carré pour la laine de verre. C’est l’un des meilleurs isolants thermiques du marché, notamment pour son coefficient de déphasage. Il garde la chaleur et la fraîcheur longtemps."
Enfin, contrairement à la plupart des isolants biosourcés du marché, la fibre de bambou est recyclable : les panneaux ne contiennent que 5 % de liant, une fibre de polyester et polypropylène recyclés. Les chutes de production ou demain, les panneaux une fois déposés, peuvent réintégrer la chaîne de production.
"Nous allons mettre en place de nouvelles boucles d’économie circulaire autour des usines de Fiboo, comme nous nous attachons à le faire dans toutes nos activités chez Baudelet", glisse Caroline Poissonnier, dirigeante du groupe Baudelet.
Cibler la construction "verte" puis les circuits généralistes
Car des usines comme celle de Blaringhem, il pourrait bientôt en exister plusieurs. C’est en tout cas le pari des actionnaires de Fiboo, qui avec leur isolant biosourcé et plutôt abordable espèrent bien conquérir rapidement des parts de marché. Les panneaux Fiboo seront d’abord commercialisés chez des distributeurs spécialisés dans la construction "verte", comme Gedibois, Ecobati, ou SFIC. Avant de gagner progressivement des circuits plus généralistes. La première ligne mise en service représente une capacité de production de 100 000 m3 par an, soit 10 000 tonnes de bambou transformées. Le site de Blaringhem peut accueillir encore deux autres lignes de production. Il pourra par la suite être dupliqué pour rapprocher la transformation des futures zones de production du bambou.
Importer la culture du bambou
Mais d’abord, Fiboo devra réussir à sécuriser son approvisionnement en bambou, une plante encore très peu cultivée en France. Pour l’heure, le bambou transformé par la start-up provient majoritairement de plantations en Italie du Nord. Un gisement a également été identifié en Belgique, où sont cultivés les bambous destinés à alimenter les pandas hébergés dans les zoos européens. Une campagne de recrutement d’agriculteurs partenaires est en cours.
"Notre objectif est de contractualiser la plantation de 450 hectares, répartis dans le grand nord de Paris, pour alimenter notre usine. Nous nous adressons à des agriculteurs cherchant à diversifier leurs cultures, à qui nous proposons des revenus garantis. Il faut compter quatre à cinq ans pour pouvoir commencer à exploiter une bambouseraie", fait valoir Pierre Vion.
Dans l’immédiat, 5 hectares ont été plantés autour de l’usine, et 10 hectares sur des terres appartenant au groupe Baudelet.