Entre 2023 et 2024, le chiffre d’affaires de France Teinture a chuté, passant de 10,5 millions d’euros à 6,5 millions d’euros. Implantée à Troyes, l’entreprise spécialisée dans la teinture de tissus pour différents marchés a été placée en redressement judiciaire le 29 juillet 2025. La PME, qui a cessé de remplacer les départs de ses salariés, compte aujourd’hui 80 collaborateurs, contre près d’une centaine en 2023.
"Le textile français souffre significativement depuis l’automne 2023. Cette situation est notamment liée au changement de consommation et à la concurrence de la fast fashion", explique Denis Arnoult, cogérant de l’entreprise, par ailleurs président de l’union des industries textiles Champagne-Ardenne. Dans le cas de France Teinture, cette conjoncture s’est combinée avec la perte de deux de ses marchés principaux.
Une onde de choc causée par la reprise du Coq Sportif
Jusqu’en 2022, l’équipementier aubois Le Coq Sportif représentait une part très importante de l’activité de France Teinture. "En 2022, c’était 50 % de nos commandes. En 2024, ce n’était plus que 25 à 30 % de notre chiffre d’affaires", chiffre Denis Arnoult. Puis, avec la liquidation judiciaire du Coq Sportif, suivie de sa reprise en juillet 2025, les commandes ont totalement cessé. "À ce jour, nous n’avons aucun retour des repreneurs. Pourtant, nous les avons aidés, et avons accepté de retards de paiement quand ils étaient en difficulté. L’ensemble des sous-traitants est maintenant dans l’attente. L’État a apporté avec le FDES une aide financière au Coq Sportif : ce qui étonnant, c’est que cette opération n’ait pas compris une garantie de donner du travail aux sous-traitants.", poursuit-il.
Le marché des policiers et gendarmes
En parallèle, près de 25 % de l’activité de France Teinture était jusqu’à récemment occupée par le marché des gendarmes et des policiers. "Fin 2023, ce marché a été réattribué à un groupement d’entreprises. Cela fait maintenant 21 mois qu’ils sont tributaires de ce marché, et qu’ils peinent à honorer leurs commandes : il y a aujourd’hui une pénurie d’uniformes", regrette Denis Arnoult.
S’orienter vers une reprise
Ces deux pertes s’ajoutent à des difficultés plus conjoncturelles : "la teinture est un secteur très consommateur d’énergie. En 2024, suite à un changement de contrat d’électricité, les prix de l’énergie ont été multipliés par trois. En utilisant 40 % d’énergie de moins qu’auparavant, la facture finale a quand même été multipliée par deux", accuse le dirigeant.
France Teinture a été placée en période d’observation de six mois, suite à son placement en redressement judiciaire. "Nous espérons obtenir un doublement de cette période, puis nous orienter vers une reprise, pour sauver l’entreprise, ses salariés et son savoir-faire. Sans visibilité, la suite sera compliquée", lance Denis Arnoult. Le 26 août, plusieurs entreprises de la filière textile auboise, dont France Teinture, ont participé à une table ronde, où était notamment présent le ministre de l’Économie, Eric Lombard. "Nous leur avons fait savoir que sans issue favorable, nous risquons de perdre l’ensemble de la filière", souffle le dirigeant.