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BDR Thermea ferme son usine en Alsace et licencie 320 salariés
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BDR Thermea ferme son usine en Alsace et licencie 320 salariés

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Le chauffagiste BDR Thermea a annoncé ce mardi 20 mai un plan social à Mertzwiller (Bas-Rhin), où la production doit cesser d’ici fin 2027. En tout, 370 postes sont menacés en France.

Sur le site de Mertzwiller, les lignes de productions des pompes à chaleur vont fermer — Photo : BDR Thermea

"Nous pensions nous rendre à un CSE classique, nous sommes repartis en apprenant nos licenciements." Philippe Lazarus, employé depuis 35 ans chez BDR Thermea ,n’en revient toujours pas. C’est une annonce qui fait suite à la série noire alsacienne (Caddie, ArcelorMittal, Clestra…) le jour du forum 360 Grand Est et des annonces Choose France 2025 pour la région. Dans un communiqué, le groupe BDR Thermea a officialisé, mardi 20 mai, un plan de réorganisation majeur de ses activités, prévoyant la suppression de 370 postes en France, dont 320 à Mertzwiller, berceau historique de la marque De Dietrich.

Baisse de 30% de l'activité en France

Au-delà du choc social, c'est aussi un pan entier de l'histoire industrielle alsacienne qui vacille. De Dietrich, marque fondée en 1684 et intimement liée à l'identité économique du nord de l'Alsace, avait été intégrée en 2009 à BDR Thermea lors de sa fusion avec les groupes Baxi (Royaume-Uni) et Remeha (Pays-Bas). Le groupe, basé aux Pays-Bas à Apeldoorn, réalise un chiffre d'affaires de 343 millions d'euros en France, en chute de 30 % par rapport à 2023.

Le site alsacien de Mertzwiller, qui accueille le siège social de BDR Thermea France ainsi qu'un important centre de production de chaudières et pompes à chaleur, emploie actuellement 837 salariés et s'étend sur plus de 100 000 mètres carrés. Il est aujourd'hui promis à une cessation progressive de la production entre début 2026 et mi-2027, dans un contexte de profonde mutation du marché du chauffage.

Le laboratoire de R & D dédié aux pompes à chaleur du groupe, basé à Mertzwiller — Photo : Communication-BDR Thermea France

Un marché en crise, des pertes financières lourdes

Spécialisé depuis plusieurs années dans les pompes à chaleur, le site de Mertzwiller subit de plein fouet l’effondrement du marché européen, en recul de 5 % en 2023 selon l’European Heat Pump Association. À cela s’ajoutent des pertes commerciales massives : -14 % pour les pompes à chaleur, -22 % pour les chaudières murales et -33 % pour les chaudières au sol. Résultat : un déficit de 17 millions d’euros en 2023, confirmé par un accord salarial signé en mars dernier.

" Le marché des pompes à chaleur s'est effondré en France et en Europe au cours des dernières année"

Dans le communiqué de la direction, BDR Thermea explique son choix : " Le marché des pompes à chaleur s’est effondré en France et en Europe au cours des dernières années. Cette baisse drastique s’est accompagnée d’une intensification de la concurrence avec l’arrivée de nouveaux acteurs, notamment asiatiques, ainsi que d’une vague de consolidation des groupes européens, tirant les prix vers le bas. Dans ce contexte difficile, les performances commerciales et financières du groupe BDR Thermea ont été lourdement affectées et, en raison de la part importante qu’occupent les pompes à chaleur dans son activité, BDR Thermea France se trouve dans une situation particulièrement préoccupante, avec des pertes considérables ".

Chauffagiste à l'oeuvre à l'usine de Mertzwiller de BDR Thermea — Photo : Communication - BDR Thermea

BDR Thermea souligne également que "les solutions de chauffage traditionnelles ont progressivement perdu en attractivité ou été interdites au fil des évolutions réglementaires".

Outre la fermeture de l’usine alsacienne, dont l’activité pourrait être transférée dans différents sites du groupe en Italie, aux Pays-Bas ou en Slovaquie, BDR Thermea prévoit la vente de deux sites de production de radiateurs situés dans le département de la Sarthe et en Allemagne. Des mesures censées " adapter BDR Thermea à un marché en pleine transformation afin d’assurer son indépendance et la pérennité de ses activités dans la durée ", toujours d’après ce communiqué.

Un plan social en préparation, la colère monte

Un processus d’information-consultation avec les représentants du personnel doit s’ouvrir ce mercredi 21 mai 2025 à 14 heures, par un premier rendez-vous des élus CSE et des représentants syndicaux avec la direction. Mais sur le site, c’est déjà l’incompréhension et la colère qui dominent.

L’intersyndicale a appelé à un rassemblement dès mercredi 21 mai au matin, mobilisant "quelque 200 salariés sur place", compte Philippe Lazarus, délégué Force Ouvrière et secrétaire adjoint du CSE." On sacrifie Mertzwiller pour préserver les résultats du groupe, en transférant la production en Slovaquie et les ballons d’eau chaude en Turquie. C’est inadmissible", s’indigne celui qui s’est formé à l’école De Dietrich.

Après leur rendez-vous avec la direction, les élus CSE doivent se rendre à la préfecture pour interpeller l’État sur la préservation des emplois industriels dans la région. "On espère une réaction, et sauver nos emplois. Il faut nous aider", plaide celui qui œuvre chez BDR Thermea en chaudronnerie. Les prochaines semaines seront cruciales pour l’avenir des salariés du site et plus largement pour l’ancrage de BDR Thermea sur le territoire français.

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