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Acier : ArcelorMittal veut valoriser le CO2
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Acier : ArcelorMittal veut valoriser le CO2

Le 22 avril, lors du comité de suivi sur Florange, la direction d'ArcelorMittal a confirmé que la version 2 d'Ulcos, baptisée « LIS », ne visait pas à stocker du CO2. Ce projet de recherche public-privé, doté de 32 M€, devra aboutir dans 6 ans.

— Photo : ArcelorMittal

LIS, pour « Low Impact Steelmaking » : oublié Ulcos, ce démonstrateur industriel qui devait sauver la filière liquide à Florange en faisant couler un acier innovant car « vert ». Le changement de périmètre est conséquent, les ambitions revues à la baisse : d'un consortium de sidérurgistes, LIS devient un programme de recherche français doté d'un, budget de 32 M?, qui vise à réduire les émissions de CO2 dans la production d'acier et développer des solutions de valorisation. Le stockage de CO2 n'est plus au programme : trop cher, mal accepté par les populations concernées, le groupe ArcelorMittal a tourné la page. « Le stockage de CO2 coûte entre 50 et 90 € la tonne », précise Carl De Maré, chargé de l'innovation chez ArcelorMittal. ULCOS prévoyait de capter le CO2, de le transporter sur plusieurs kilomètres, avant de l'enfouir de manière définitive à 1.500 mètres sous terre. « S'il n'est pas possible de faire du stockage de manière viable économiquement, à la fin, le risque, c'est de tout perdre ».

Créer de la valeur

Face au faible coût de la tonne de CO2, tous les projets européens visant à capter ce gaz ont été soit revus à la baisse, soit abandonnés. Pour Carl De Maré, il est possible de « faire beaucoup de chose avec le CO2 » : le réinjecter dans du minerai pour créer des briques ou des pierres avec des propriétés particulières ou encore l'utiliser pour nourrir des micro-organismes, comme des bactéries, qui pourront ensuite produire différents composés chimiques. Pour le groupe ArcelorMittal, plus question de perdre de l'argent à enfouir un produit dont on pourrait tirer une valeur sur un marché.

Des modules avant un démonstrateur

L'examen du projet LIS devant le Comité de suivi de l'accord Etat-ArcelorMittal n'a pas permis de lever certaines interrogations. Le sidérurgiste se donne 6 ans pour démontrer que LIS est faisable : « Nous allons tirer les leçons du passé », fait savoir Carl De Maré, qui estime que ULCOS est « impossible à faire » car victime de « l'approche » choisie. Pour LIS, le groupe veut développer des modules, d'abord en laboratoire, technologie par technologie, avant d'envisager un démonstrateur industriel. Les syndicats n'ont pas manqué de faire remarquer que 6 ans, c'est long... « Nous, on veut voir couler de la fonte dans la vallé d'Hayange », lâchait Edouard Martin, de la CFDT, à la sortie du comité de suivi. C'est là la deuxième interrogation clé autour du projet LIS : une fois les modules validés en laboratoire, il faudra bien trouver un haut-fourneau pour envisager la phase industrielle. « Nous n'avons aucune garantie sur le fait que le démonstrateur sera installé en Lorraine », lâche Michel Liebgott, député de la Moselle et membre du comité de suivi.

Maizières-lès-Metz en pointe

Sur les 32 M€ dont va disposer LIS, 15 M€ vont être apportés par l'ADEME, et 4 par les collectivités et d'autres partenaires industriels. Le centre de recherche et développement d'ArcelorMittal à Maizières-lès-Metz jouera un « rôle clé dans l'exécution du programme ». Les laboratoires de l'Université de Lorraine devraient eux aussi bénéficier de retombées. Pour autant, le lien entre la Lorraine et la réalisation concrète de LIS devient plus ténu. Le président du comité de suivi, François Marzorati, veut désormais « parler de Florange en termes positifs ». Avec LIS, « nous avons là un projet de recherche considérable, qui dépasse de loin les accords ». Pour autant, l'ancien sous-préfet de Thionville s'est engagé devant les syndicats a veillé « scrupuleusement » aux respects de l'accord.

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