Située à 472 mètres sous terre près du Pyla, en Gironde, "c’est la source la plus profonde de France", affirme Hervé Maudet, qui a pris la direction générale de la Source des Abatilles en 2013. Elle remplit des dizaines de millions de bouteilles chaque année, commercialisées principalement en Nouvelle-Aquitaine et à Paris. Un véritable or bleu pour Arcachon, où elle a permis le développement de thermes dans les années 20 et où l’entreprise siège toujours. Ce n’est pourtant pas ce que le propriétaire du terrain espérait trouver en lançant son forage en août 1923.
De l’eau plutôt que du pétrole
Gabriel Maydieu, à la tête de la Société de Recherches de minerais et d’hydrocarbure, est en quête de pétrole quand il décide de creuser son terrain dans le quartier des Abatilles. À 472 mètres, son forage est soudainement inondé. Une colonne d’eau de 7 mètres jaillit, avec un débit de 70 000 litres à l’heure. Pas de trace d’or noir, mais de l’eau pure. C’est toujours cette source qui abreuve les bouteilles d’eau minérales bien connues des néo-aquitains.
Des vertus thermales et des bouteilles vendues en pharmacies
S’ensuit alors une batterie d’analyses pour vérifier la qualité de l’eau captée. Les résultats révèlent ses qualités particulières – pureté, composition faiblement minéralisée et équilibrée - dignes des thermes. "Une eau parfaite pour faire du thermalisme", explique Hervé Maudet. L’Académie de Médecine de Bordeaux la qualifie "d’Eau de Santé" avec un pouvoir diurétique incontestable. De quoi créer la Société Thermale des Abatilles (STA) le 8 avril 1925. Des travaux d’aménagement sont entamés dans la foulée pour laisser place à une chaîne d’embouteillage, un établissement hôtelier, un kiosque et un parc paysager.
Reconnue pour ses vertus thérapeutiques sur l’arthrose, les rhumatismes, l’insuffisance rénale, les calculs urinaires et l’hypertension, l’eau des Abatilles est vendue en bonbonnes dans les pharmacies et la STA connaît un véritable essor durant les années folles. La source devenant un haut lieu de villégiature où curistes et personnalités du monde se pressent pour se soigner et faire la fête. "C’était devenu un lieu important de la vie du bassin d’Arcachon où les gens venaient se restaurer et faire des bains thermaux", se remémore Hervé Maudet. Un bel élan que la crise de 1929 puis la guerre viendront interrompre, avant de repartir en 1954 avec le remboursement de la cure thermale par la Sécurité Sociale.
L’ère industrielle sous Vittel et Nestlé
En 1961, la source est revendue au groupe Vittel qui réorganise l’outil industriel et le site, délaissant rapidement l’activité thermale au profit de la production. Cette période des Trente Glorieuses est marquée par des conditions de travail améliorées et le développement d’avantages sociaux.
En 1991, Nestlé Waters rachète Perrier Vittel, récupérant ainsi la source des Abatilles. Là encore, la gestion est tournée vers l’outil industriel, l’innovation technique et la mondialisation. Nestlé relance notamment le verre à l’aide d’un camion d’embouteillage normalement dédié aux vins de Bordeaux. "À son heure de gloire dans les années 2000, l’entreprise comptait une cinquantaine de salariés et produisait 60 millions de bouteilles", confie Hervé Maudet.
20 millions d’euros d’investissement pour réveiller la marque
En 2008, la source est reprise par Olivier Bertrand, du groupe de restauration Bertrand (Burger King, Hippopotamus, Léon… 2,8 Md€ de CA en 2023), et l’Arcachonnais Roger Padois avant de laisser la main en décembre 2012 à Jean Merlaut et Hervé Maudet. Déjà associés dans le monde du vin – le premier est négociant en vins et propriétaire des Châteaux Dudon, Gruaud Larose et Malagar, le second est négociant spécialisé dans la restauration – ils ont un véritable coup de cœur pour la source. "Nous avons vu qu’il y avait quelque chose à faire avec cette belle endormie que nos prédécesseurs n’avaient pas su réveiller", se rappelle Hervé Maudet. L’entreprise "vivotait, n’était pas en bon état" avec 20 salariés pour 7,5 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Leur ambition ? Mettre aux normes des outils de production désuets et moderniser l’image de marque. Fins connaisseurs du secteur des cafés-hôtels-restaurants, ils se mettent en ordre de marche pour la réindustrialiser et investissent 20 millions d’euros. Ils organisent une zone de stockage à La Teste, à une dizaine de kilomètres de la source, et achètent de nouveaux outils de production, de la mise en bouteille au colisage.
Un positionnement premium
S’appuyant sur les qualités intrinsèques de l’eau et son taux zéro de nitrate, l’entreprise développe son positionnement premium, s’appuyant sur un packaging original. "La bouteille, qui a la forme d’une bouteille de vin, s’apparente à un grand cru de Bordeaux avec une étiquette épurée sur la face et les mentions techniques sur la contre-étiquette", détaille Hervé Maudet. La marque mise aussi sur un ancrage régional fort, des partenariats régionaux solides dans le monde du sport, de la gastronomie et du vin. Les deux associés réussissent ainsi à augmenter la capacité de production et (re) font de la source un fleuron de l’économie locale, renouant avec une cinquantaine de salariés.
L’entreprise, qui a réalisé 17 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024 (en progression de 10 % par rapport à 2022), commercialise ses bouteilles chez plusieurs milliers de restaurateurs haut de gamme de la côte Atlantique et de Paris (60 %) et dans les grandes et moyennes surfaces de Nouvelle-Aquitaine (40 %). Une distribution que le directeur général souhaite continuer à maîtriser. "Nous n’avons pas la volonté de nous étendre", confie-t-il. "Nous progressons sur la restauration et allons continuer à développer ce segment."
Loin d’être tarie
L’entreprise a musclé sa force de vente en embauchant un commercial de plus en 2024, soit huit personnes dédiées aux restaurateurs et trois pour le déploiement dans les grandes surfaces de la région. "Les perspectives sont maîtrisées." Le directeur général mise sur 50 à 55 millions de bouteilles produites en 2025. "Nous sommes une petite marque dans le secteur des minéraliers", néanmoins "nous sommes surpris par la progression et la place de la marque dans le secteur. Nous sommes positionnés sur un secteur haut de gamme et reconnus grâce à la qualité de notre eau et à l’image de marque que nous avons développée", se réjouit-il.
Quant au risque au risque de voir la source se tarir, "notre faible volume prélevé nous assure une qualité exemplaire pour de nombreuses années. Nous sommes très confiants pour la suite car il y a vraiment une place pour les produits qualitatifs comme Abatilles", rassure le dirigeant.
Les dates clés
1923
Gabriel Maydieu, à la tête de la Société de Recherches de minerais et d’hydrocarbure, propriétaire d’un terrain dans le quartier des Abatilles à Arcachon, lance des travaux de forage pour y trouver du pétrole. Il voit jaillir de l’eau.
1925
L’Académie de Médecine de Bordeaux la qualifie "d’Eau de Santé" pour ses vertus médicinales et autorise la création de la Société Thermale des Abatilles (STA) par actions souscrites, notamment par de nombreux Arcachonnais. Jusqu’en 1964, on parle d'"époque des thermes".
1947
L’établissement est repris en piteux état par un groupe d’hommes d’affaires de Casablanca emmené par M. Greggory. Aux côtés du député-maire d’Arcachon Lucien de Gracia et du Dr Peynaud, il relance l’activité thermale, remboursée par la Sécurité sociale à partir de 1954.
1961
La Source est rachetée et exploitée par les groupes Vittel et Nestlé Waters. Commence alors l’ère d’industrialisation avec la production d’eau en bouteille et la fermeture en 1964 de l’établissement thermal.
1971
Production de la première bouteille en PVC. En 1979, Vittel supprime totalement l’embouteillage du verre. Le PVC est abandonné en 1998 au profit du PET, matériau plastique recyclable utilisé aujourd’hui dans la plupart des emballages de boissons.
2008
Nestlé revend l’entreprise à des indépendants, Roger Padois et Olivier Bertrand du groupe de restauration Bertrand.
2013
Jean Merlaut et Hervé Maudet, deux hommes du vin, ont un véritable coup de cœur pour la Source les Abatilles et la rachètent. Ils investissent dans la production et développent la marque sur le segment premium, via les CHR et la grande distribution.
En chiffres
47 millions
Depuis deux ou trois ans, la Source des Abatilles produit 47 millions de bouteilles chaque année, avec une variable d’environ 10 % selon la météo. Pour 2025, l’entreprise vise 50 à 55 millions de bouteilles.
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C’est le nombre de salariés employés par l’entreprise, essentiellement pour la production (20 personnes) et le service commercial (11 personnes). L’entreprise compte également une équipe chargée de la maintenance, une équipe qualité dans son laboratoire interne, une direction technique et un service logistique.
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C’est, en millions d’euros, le chiffre d’affaires réalisé par l’entreprise en 2024, soit une hausse de 10 % par rapport à 2022, dont 60 % issus de la commercialisation en restauration de Nouvelle-Aquitaine, sur la Côte Atlantique et à Paris, et 40 % issus des ventes dans les grandes et moyennes surfaces néo-aquitaines.