Vous travaillez sur un projet d'envergure avec la maison Billecart-Salmon, une maison de Champagne reconnue mondialement qui vient d'entrer au capital de votre domaine. Pouvez-vous nous parler de cette collaboration ?
Ce partenariat avec Billecart-Salmon est une aventure incroyable. Il s'agit d'une des dernières maisons de Champagne familiales et indépendantes, avec plus de 200 ans d'histoire. Quand j'ai rencontré Mathieu Roland-Billecart, le directeur, on s'est tout de suite compris. J'avais plusieurs propositions d'investisseurs et d'autres sont venues après. Mais j'ai senti que ces personnes me voulaient du bien, et croyaient profondément en mon travail et en nos vins, au Muscadet en particulier. Ils croient vraiment en son potentiel. Nous avons la même exigence en termes de qualité, la même vision de ce que doit être un vin d'exception, et ils vont m'apporter leurs moyens pour me développer. Ils savent ce que c'est de perdre un millésime, de devoir composer avec les caprices du climat. Et ça, c'est précieux pour moi.
Quel projet êtes-vous en train de développer avec eux ?
Ensemble, nous travaillons sur la construction d'un nouveau chai à Gétigné, en plein cœur de mes vignes, qui devrait être livré en juin 2027. Le foncier est acheté et nous sommes à l'étape des plans. Ce projet de chai est bien plus qu'un simple bâtiment, c'est une véritable œuvre architecturale à même de susciter l'émerveillement de nos clients. Nous avons imaginé un lieu intégré dans la nature. Sur un îlot de 40 hectares, le chai sera presque invisible, fondu dans la nature, entouré de prairies et de zones naturelles, avec une approche respectueuse de l'environnement, riche de biodiversité, avec 5 ha de vignes qui existent déjà. Avec 2 500 mètres carrés de chai, ce projet va demander un investissement important, de plusieurs millions d'euros, mais je pense que c'est la clé pour faire de notre domaine un lieu emblématique, un domaine culte dans le monde des vins de Loire. Avec Billecart-Salmon à nos côtés, nous allons pouvoir réaliser en 10 ans, ce qui aurait pu me demander un siècle. Ce partenariat est une chance incroyable, non seulement pour moi, mais aussi pour la valorisation du Muscadet à l'échelle internationale. Je rêve que l'on parle du Domaine Bretaudeau comme on parle des plus grands domaines dans d'autres régions du monde.
Vos vins, cultivés en biodynamie, se distinguent sur la scène française et internationale. En quoi la biodynamie est si essentielle à votre démarche et comment cela se traduit dans la qualité de vos vins ?
La biodynamie est bien plus qu'une simple méthode de culture pour moi, c'est une philosophie qui guide chaque étape de mon travail à la vigne. En biodynamie, on ne cherche pas à traiter la vigne avec des produits chimiques ou à corriger les déséquilibres. Au contraire, on se concentre sur l'activation des forces naturelles de la plante pour qu'elle se protège elle-même des maladies, comme le mildiou ou l'oïdium. Ce que la biodynamie nous permet vraiment, c'est de faire des vins qui sont l'expression la plus pure de leur terroir. Les vins sont plus vivants, plus complexes. Ils ont une énergie que vous ressentez dès la première gorgée. Il faut récolter le jour J, quand l'équilibre entre le sucre et l'acidité est optimal. Tous les jours, je goûte mes raisins. La date de vendange porte l'ADN du futur vin. Chacune de mes cuvées est vendangée en une journée. Je récolte principalement six cépages. Les trois quarts, c'est du Melon de Bourgogne, mais j'ai aussi du chardonnay, du savagnin, du pinot gris, du pinot noir et du merlot. Je fais aussi trois fûts de gamay.
Vos vins sont exportés dans 53 pays et vous vendez tout jusqu'à la dernière bouteille. Comment expliquez-vous votre réussite ?
La qualité est mon obsession. La curiosité est mon moteur. Avec mes vins, je cherche à susciter ce moment d'extase que j'ai pu connaître avec certains vins qui m'ont littéralement bouleversé, ému profondément. Je me souviens avoir dégusté des vins d'une puissance, d'une fraîcheur et d'une finesse incroyables, et je me disais : "Comment c'est possible de faire un vin aussi beau ?" Ces moments-là, ils restent gravés. Ça m'a donné envie de faire la même chose, de créer des vins qui procurent cette émotion. L'échange avec les autres est aussi très important. Être vigneron, ce n'est pas juste produire du vin, c'est offrir une véritable expérience gustative, sensorielle, quelque chose d'unique, un moment que les gens n'oublient pas. On n'est plus dans la simple boisson, on est dans le plaisir pur. C'est ce que je veux offrir à mes clients, cette extase que j'ai pu vivre moi-même. Les vrais amateurs de vins se moquent de l'étiquette : ils goûtent, ils aiment, ils achètent.