Dans le ciel nantais, comme partout ailleurs, une hirondelle ne fait pas le printemps, ni au-dessus d’un champ blé, ni au-dessus d’un rang de vigne. Dans l’azur assombri d’un marché du vin en difficultés où des milliers de vignerons souffrent, où la consommation mondiale ne cesse de reculer, le Domaine Bretaudeau scintille par sa réussite. Installé sur les coteaux de Gétigné, à 30 km de Nantes, l’homme, qui dirige ce domaine de 20 hectares, le dit aussi simplement qu’humblement : "Je vends tous mes vins. Mon souci, c’est plutôt d’assurer une certaine quantité de production, car j’ai des clients fidèles, en France et à l’étranger, qui comptent sur moi et mon équipe chaque année."
Chute de la demande et crise viticole
Disons-le, la réussite de Jérôme Bretaudeau est à contre-courant de ce qui se passe en France et ailleurs. Par exemple, dans le Bordelais, les vignerons se voient obliger d’arracher des milliers d’hectares de vignes du fait de la baisse de la consommation. Les Français consomment de moins en moins de vin, passant de 120 litres par an en 1960 et par personne, à 40 litres aujourd’hui. Dans le monde, même constat. Depuis 7 ans, la consommation mondiale de vin diminue, passant de 246 millions d’hectolitres en 2017 à 232 millions en 2023.
"On est passé d’un produit alimentaire à un produit occasionnel, voire de luxe"
De l’Argentine à l’Australie, de l’Italie à l’Espagne, en passant par la France et la Chine, que se passe-t-il dans l’univers de Bacchus ? "Les habitudes de consommation ont changé, partout dans le monde et particulièrement en France, qui est le plus gros producteur et le plus gros consommateur de vin au monde, prévient François Robin, délégué communication à la Fédération des Vins de Nantes. On est passé d’un produit alimentaire à un produit occasionnel, voire de luxe. Le vin à table tous les midis, le quart de rouge, n’a plus la cote. Le vin est aujourd’hui vu comme un produit festif, pour l’apéro, pour des moments particuliers, mais beaucoup moins pour une consommation quotidienne. On observe que la nouvelle génération, les 20 - 35 ans, boivent moins que leurs parents, et ont peu de goût pour les vins rouges, tanniques et forts en alcool. C’est pour cette raison que les vins de Loire ont une bonne carte à jouer."
Les atouts des vins de Loire
C’est un constat : les rouges "charpentés" se vendent de moins en moins bien, mais il n’en est pas de même pour les bulles et les blancs, qui sont les principaux atouts des vins du Val de Loire pour résister à la morosité ambiante. Non loin du Domaine Bretaudeau, du côté du Landreau, le domaine Luneau-Papin s’étend sur 70 hectares, 37 pour les vignes, et 35 pour des champs, des bois, et un jardin potager. Marie Chartier-Luneau, à la tête du domaine avec son époux, Pierre-Marie Luneau, explique les raisons d’espérer pour le vignoble nantais. "Aujourd’hui, les consommateurs cherchent des vins blancs secs, digestes, pas sucrés, avec peu d’alcool, mais avec du caractère, une identité, et le Muscadet répond parfaitement à ces attentes", souligne Marie Chartier-Luneau qui exporte les vins du domaine dans 47 pays. Elle met en avant les qualités du cépage melon de Bourgogne, qui permet de produire des vins très fins, élégants, qui correspondent à une attente du marché, de la France au Japon, des États-Unis à la Grèce.
"On est dans un contexte mondial où les consommateurs se tournent de plus en plus vers des vins légers"
Présent dans 53 pays, et tout récemment au Tibet, Jérôme Bretaudeau confirme : "ce qui fait la force des vins de Loire, et particulièrement du Muscadet, c’est leur fraîcheur, leur finesse et leur buvabilité. On est dans un contexte mondial où les consommateurs se tournent de plus en plus vers des vins légers, qui ne saturent pas le palais. Nos vins sont naturellement plus faibles en alcool. Cette fraîcheur, cette acidité naturelle, combinée à une salinité caractéristique du Muscadet, c’est ce que les gens recherchent aujourd’hui."
Marché de masse en baisse
En Pays de la Loire, la vigne occupe environ 30 000 hectares, dont 10 000 pour le vignoble de Nantes, 20 000 pour l’Anjou et le Saumurois et environ une centaine pour le vin de Jasnières, en Sarthe. "C’est surtout le marché de masse et de consommation courante qui se dégrade, confirme Pierre-Antoine Pinet, président de la Fédération Viticole de l’Anjou et de Saumur, et vigneron à Nueil-sur-Layon. La Loire reste dans la zone qui sera la moins impactée demain par la baisse du marché, car nous faisons des produits qui correspondent déjà aux modes de consommation d’aujourd’hui : des vins frais, fruités, des rosés légers. Nous avons aussi un rapport qualité-prix en AOC qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. On produit aussi beaucoup d’effervescents et de fines bulles, des crémants. C’est actuellement le seul marché en croissance. Tout cela joue en notre faveur."
"Les chiffres de commercialisation des vins rouges de Loire connaîtront eux aussi une petite baisse, mais moins que dans les autres régions"
Mais le Val de Loire produit aussi des rouges. "Le marché global des rouges est en déconfiture, reconnaît Pierre-Antoine Vinet, mais la Loire gagne des parts de marché et s’en sort mieux pour l’instant. Certes, les chiffres de commercialisation des vins rouges de Loire connaîtront eux aussi une petite baisse, mais moins que dans les autres régions." Dans le Bordelais, face à la crise du rouge, près de 8 000 ha de vignes, soit 8 % de leur vignoble, seront arrachées.
Des vins de qualité et authentiques
Le fait de produire des vins qui collent à la tendance du marché ne suffira pas à les vendre, en tout cas pas longtemps. "La recherche de la qualité, la capacité à s’améliorer chaque année, la rigueur, partout, dans les vignes, dans nos chais, dans la relation client, tout est très important pour vendre nos vins et avoir la confiance de nos clients, souligne Marie Chartier-Luneau, du domaine Luneau-Papin. Un autre élément important est la recherche de la singularité d’un terroir, d’un cépage, d’une cuvée. Aujourd’hui, on ne parle pas du Muscadet, mais des Muscadets. Nous produisons différentes cuvées qui ont chacune leur style, et d’autres domaines ont aussi leur propre signature."
"Nous avons perdu en volume, mais gagné en valeur"
"Notre vignoble est parti de loin en termes de qualité et d’image, mais il a fait sa révolution, souligne François Robin, délégué communication à la Fédération des Vins de Nantes. Dans les dix dernières années, 3 000 hectares de vignes en Muscadet, sur 10 000 hectares, ont été arrachés, avec pour principale conséquence la réduction du nombre de domaines, mais aussi une amélioration nette de nos vins. Nous avons perdu en volume, mais gagné en valeur, c’est-à-dire en qualité et en prix, et nous avons de belles locomotives qui assurent la notoriété de notre vignoble partout dans le monde."
Le boom du bio
Parallèlement à cet arrachage massif (30 % du vignoble de Nantes), le bio s’est développé, car cela obéissait à une attente des consommateurs de vins plus respectueux de la nature et de celles et ceux qui les boivent. Les domaines Bretaudeau et Luneau-Papin sont en biodynamie, une approche de la viticulture qui intègre profondément le respect de la biodiversité et qui fait appel à des traitements naturels pour lutter contre les maladies de la vigne comme le mildiou ou oïdium. "Il existe 59 000 domaines viticoles en France, et seulement 800 en biodynamie, remarque Marie Luneau. Nous sommes une niche dans un océan de vins. Nos clients partagent nos valeurs, notre amour du vivant. Ce positionnement est exigeant, mais il est aussi payant."
"En dix ans, il y a eu une très forte vague de conversion de domaines en bio. Certaines appellations comme Saumur Champigny ont la moitié du vignoble en agriculture biologique, explique Pierre-Antoine Pinet. Certains producteurs bio ont développé des cuvées nature, et cela a été un axe fort d’innovation depuis quelques années et qui plaît à la nouvelle génération. Mais cela ralentit depuis l’année dernière et les deux millésimes très difficiles qu’on vient de passer n’encouragent pas certains à continuer." De son côté, Jo Landron, l’une des grandes figures du vignoble nantais, des domaines Landron, le dit sans détour : "L’année 2024 est sans doute l’une des années les plus difficiles en termes de production, avec un mildiou très fort. Le filage (transformation des grappes en vrilles au moment de l’inflorescence) provoque aussi des pertes de rendement très fortes. Les domaines en bio qui tiendront seront les vrais passionnés, animés par des convictions profondes et sincères, loin de l’opportunité commerciale que le bio a pu représenter."
Vins faibles en alcool et vins sans alcool
Face aux changements de mode de consommation, certains creusent le sillon de l’innovation. Amélie Neau, la vice-présidente et ex-présidente du syndicat des producteurs de Saumur-Champigny, estime qu’il ne faut "se fermer aucune porte face aux nouvelles demandes". Si la fraîcheur des vins de Loire arrête moins les nouveaux consommateurs, le degré alcoolique reste une question. De belles propriétés, comme le Domaine des Trottières, à Bellevigne, avec son blanc "9 et demi", propose d’ailleurs de nouvelles cuvées dans ce sens. La cave coopérative de Saumur produit, elle, son "Sans pépin", un vin de France rosé ou blanc à 8,5 ° et conditionné en bouteilles de 20 centilitres. "Selon moi, prévient Amélie Neau, c’est aux gros opérateurs de faire des essais pour tester la réception de ces nouvelles offres".
Innover pour créer des vins plus faciles à boire
Amélie Neau, propriétaire du Domaine de Nerleux, rapporte aussi les réflexions des viticulteurs du Saumurois pour intégrer de nouveaux cépages, plus légers, comme le grolleau pour faire des vins plus "glouglou" pour reprendre une expression à la mode qui désigne des vins faciles à boire. "Il y a aussi de plus en plus ce qu’on appelle des infusions lors de la macération pour extraire les jus plus rapidement et ainsi obtenir des vins plus digestes", explique la viticultrice. Des types de vins qui séduisent aussi plus facilement les jeunes dégustateurs.
Dans les appellations plus confidentielles de la Sarthe, "le vin sans alcool n’est pas un sujet", rapporte Amandine Fresneau, propriétaire du Domaine de Cézin et présidente de l’AOP Jasnières et Coteaux du Loir. "C’est une réalité de marché qui concerne davantage les grosses structures, car le matériel nécessaire (pour pasteuriser les jus, etc.) coûte cher. Chez nous, ce sont plutôt de petites structures." La viticultrice de Marçon serait plutôt partisane d’une orientation vers des vins "plus digestes". "Des vins faibles en alcool, autour de 12 °C. " Et suggère pour cela une solution à titre personnel : "Ajouter de l’eau en petite quantité très tôt sur les raisins pour limiter la montée autour de 12 à 12,5 °C. " Solution qu’il faudrait encore faire accepter au sein de l’appellation…
Pour François Robin, de la Fédération des vins de NANTES, l’enjeu de l’innovation est au centre de l’avenir des domaines. "Que voulons-nous ? Que nos domaines et nos vins disparaissent, ou qu’ils osent et qu’ils durent ? Le succès du prosecco italien et le succès des cocktails nous invitent à réfléchir à la façon dont nos vins peuvent servir de base à des boissons. Il y aura toujours des amateurs de grands vins, de bons vins, mais il y a aussi une nouvelle clientèle à aller chercher, en s’inspirant de ce qui marche ailleurs."
L’arrivée d’investisseurs
Dans un monde emprunt de traditions, et souvent conservateur, l’arrivée d’un investisseur au sein du capital d’un domaine du vignoble de Nantes, a eu l’effet d’une comète dans la nuit du vignoble nantais. Que se passait-il ? En 2024, une grande maison de Champagne, la maison Billecart-Salmon, est devenue actionnaire minoritaire du Domaine Bretaudeau. "C’est avant tout une histoire de confiance, d’amitié et de passion pour le vin, Jérôme Bretaudeau. Je n’ai pas de successeur familial et je me suis dit que c’était une opportunité d’accélérer, de réaliser en 10 ans ce qui aurait pu me prendre un siècle. Un siècle que je n’ai pas. Cet apport au capital va me permettre de construire le chai de mes rêves, quelque chose qui existe ailleurs dans le monde, mais pas encore dans le vignoble de Nantes. Notre vignoble a un potentiel extraordinaire de développement."
"Nous choisirons un investisseur passionné par le vin"
"Je trouve utile que ce tabou de l’investisseur dans le vignoble tombe, reconnaît Marie Chartier-Luneau, à la tête du domaine Luneau-Papin, avec son mari Pierre-Marie Luneau. Nous franchirons le pas dans les années à venir, d’ici 3 à 5 ans, tout en restant actionnaire majoritaire. Nous choisirons un investisseur passionné par le vin et qui adhère évidemment à notre approche environnementale de la culture de la vigne, ainsi qu'à notre approche de l'humain. Cela pourrait être aussi un grand domaine viticole, ce qui aurait l’avantage d’avoir un partenaire qui connaît parfaitement notre métier." Au cours des dernières années, le domaine a investi dans son outil de travail, dans deux gîtes, et encaissé 4 années de gel printanier en six ans. "Il est important pour nous de sécuriser notre domaine, d’assurer sa pérennité et de l’aider à se développer, dit-elle. Qui sait à quoi le domaine Luneau-Papin pourrait ressembler dans 10, 20, 50 ou 100 ans. Beaucoup de choses sont envisageables, un hôtel, un restaurant, et bien d’autres choses qu’un investisseur pourrait permettre d’accomplir. C’est à toutes ces échelles de temps et avec cet état d’esprit ouvert que nous imaginons l’avenir de notre vignoble aujourd’hui."
Encadré 1 sur l’œnotourisme
La Vallée de la Loire : un patrimoine mondial au service de l’œnotourisme
Classée au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco depuis l’an 2000, la Vallée de la Loire offre sur plus de 280 kilomètres de trésors architecturaux, des paysages à couper le souffle, mais aussi un vignoble d’exception comptant près de 1 200 domaines viticoles. De Nantes à Saumur, en passant par Angers, ce patrimoine historique et naturel est une toile de fond idéale pour le développement de l’œnotourisme.
Mais pour que cet atout patrimonial se transforme en opportunité économique, il est essentiel d’investir que ce soit de l’argent ou du temps. "Aujourd’hui, on ne peut plus être que vigneron, estime Marie Chartier-Luneau, du domaine Luneau-Papin, situé à 20 kilomètres de Nantes. Il faut aller au-delà de la vente du vin et de la dégustation. Il est important d’accueillir nos clients et nos fournisseurs dans les meilleures conditions, de leur raconter l’histoire du domaine, qui appartient à la même famille depuis neuf générations". L’entreprise a ouvert deux gîtes, à Clisson, en 2024. Et ça marche : "Ils sont occupés à 55 % depuis leur ouverture et 80 % de nos clients viennent de l’étranger. Maison Château et Maison Gervaux, nos deux gîtes, sont un prolongement de notre activité au domaine et une source de diversification de nos revenus sous la marque Maison Luneau-Papin. Par ailleurs, pour les années à venir, nous réfléchissons à l’idée de proposer des visites du vignoble, avec une équipe dédiée qui s’occupera de tout de A à Z."
Sophie Talbot est la directrice d’Interloire, qui rassemble les acteurs de la filière vins du Val de Loire, soit 42 000 hectares, 2 200 vignerons, sur 14 départements de la Vendée au Puy-de-Dôme. "Nous avons un observatoire de l’œnotourisme et cela nous permet de suivre les grands indicateurs, indique-t-elle. On voit que la Loire a le vent en poupe et que l’œnotourisme rencontre de plus en plus de succès. Ce sont 1,9 million de visiteurs en 2023, avec un quart de visiteurs internationaux. Les trois premiers pays sont l’Allemagne, le Royaume-Uni et les USA. En 2023, le panier moyen a été de 103 euros par acte d’achat de vin et il est en augmentation. L’œnotourisme a représenté un chiffre d’affaires de 94 millions d’euros en 2023."
Encadré 2 : Entretien avec Jérôme Bretaudeau, du Domaine Bretaudeau
Jérôme Bretaudeau est l’étoile montante du vignoble nantais, reconnu tant pour ses vins blancs que ces vins rouges, vendus dans 53 pays et présents sur les meilleures tables du monde. Pour accélérer son développement, il est le premier vigneron du vignoble nantais à avoir fait entrer au capital de son domaine, une grande maison de Champagne.
Vous travaillez sur un projet d’envergure avec la maison Billecart-Salmon, une maison de Champagne reconnue mondialement qui vient d’entrer au capital de votre domaine. Pouvez-vous nous parler de cette collaboration ?
Ce partenariat avec Billecart-Salmon est une aventure incroyable. Il s’agit d’une des dernières maisons de Champagne familiales et indépendantes, avec plus de 200 ans d’histoire. Quand j’ai rencontré Mathieu Roland-Billecart, le directeur, on s’est tout de suite compris. J’avais plusieurs propositions d’investisseurs et d’autres sont venues après. Mais j’ai senti que ces personnes me voulaient du bien, et croyaient profondément en mon travail et en nos vins, au Muscadet en particulier. Nous avons la même exigence en termes de qualité, la même vision de ce que doit être un vin d’exception, et ils vont m’apporter leurs compétences pour me développer. Ils savent ce que c’est de perdre un millésime, de devoir composer avec les caprices du climat. Et ça, c’est précieux pour moi.
Quel projet êtes-vous en train de développer avec eux ?
Ensemble, nous travaillons sur la construction d’un nouveau chai à Gétigné, en plein cœur de mes vignes, qui devrait être livré en 2026. Le foncier est acheté et nous sommes à l’étape des plans. Ce projet est bien plus qu’un simple bâtiment, une véritable œuvre architecturale à même de suscité l'émerveillement de nos clients. Nous avons imaginé un lieu intégré dans la nature. Sur une parcelle de 40 hectares, le chai sera presque invisible, fondu dans la nature, entouré de prairies et de zones naturelles, avec une approche respectueuse de l’environnement, avec un peu de vignes bien entendu. Avec 2 500 mètres carrés de chai, ce projet va demander un investissement important, de plusieurs millions d’euros, mais je pense que c’est la clé pour faire de notre domaine un lieu emblématique, un domaine culte dans le monde des vins de Loire. Avec Billecart-Salmon à nos côtés, nous allons pouvoir réaliser en 10 ans, ce qui aurait pu me demander un siècle. Ce partenariat est une chance incroyable, non seulement pour moi, mais aussi pour la valorisation du Muscadet à l’échelle internationale. Je rêve que l’on parle du Domaine Bretaudeau comme on parle des plus grands domaines dans d’autres régions du monde.
Vos vins, cultivés en biodynamie, se distinguent sur la scène française et internationale. En quoi la biodynamie est si essentielle à votre démarche et comment cela se traduit dans la qualité de vos vins ?
La biodynamie est bien plus qu’une simple méthode de culture pour moi, c’est une philosophie qui guide chaque étape de mon travail à la vigne. En biodynamie, on ne cherche pas à traiter la vigne avec des produits chimiques ou à corriger les déséquilibres. Au contraire, on se concentre sur l’activation des forces naturelles de la plante pour qu’elle se protège elle-même des maladies, comme le mildiou ou l’oïdium. Ce que la biodynamie nous permet vraiment, c’est de faire des vins qui sont l’expression la plus pure de leur terroir. Les vins sont plus vivants, plus complexes. Ils ont une énergie que vous ressentez dès la première gorgée.
Vos vins sont exportés dans 53 pays et vous vendez tout jusqu’à la dernière bouteille. Comment expliquez-vous votre réussite ?
"La qualité est mon obsession. Avec mes vins, je cherche à susciter ce moment d’extase que j’ai pu connaître avec certains vins qui m’ont littéralement bouleversé. Je me souviens avoir dégusté des vins d’une puissance, d’une fraîcheur et d’une finesse incroyables, et je me disais : "Comment c’est possible de faire un vin aussi beau ?" Ces moments-là, ils restent gravés. Ça m’a donné envie de faire la même chose, de créer des vins qui procurent cette émotion. Être vigneron, ce n’est pas juste produire du vin, c’est offrir une véritable expérience gustative, sensorielle, quelque chose d’unique, un moment que les gens n’oublient pas. On n’est plus dans la simple boisson, on est dans le plaisir pur. C’est ce que je veux offrir à mes clients, cette extase que j’ai pu vivre moi-même. Les vrais amateurs de vins se moquent de l’étiquette : ils goûtent, ils aiment, ils achètent."