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Naval Group se réarme pour mieux exporter
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Naval Group se réarme pour mieux exporter

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Naval Group investit environ 10 millions d'euros chaque année sur son site de Lorient. Le champion français de l'industrie navale de défense vise à donner une nouvelle envergure à ce centre névralgique pour la conception et la production des bâtiments de surface. Et souhaite y développer ses capacités pour la fabrication de pièces composites et l'intégration des drones.

Kimon, première frégate de defense et d’intervention grecque mise à l’eau à Lorient — Photo : Naval Group - Arnaud Hébert

Arrivé à la barre du site Naval Group de Lorient en octobre 2023, Emmanuel Chol prépare déjà l'avenir du site. "Il ne s'agit pas tant de le réorganiser que de le faire gagner en efficience", tempère cet ingénieur de 55 ans diplômé de l'École Polytechnique qui a effectué l'essentiel de sa carrière dans la préparation et l'entretien des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) de Naval Group, avant de piloter les fonctions logistique, ingénierie et services de la société. "Mon ambition consiste d'abord à honorer les engagements contractuels vis-à-vis de nos clients en livrant les navires construits à Lorient dans les délais impartis", reprend le dirigeant.

Emmanuel Chol, directeur du centre Naval Group de Lorient — Photo : Naval Group

Dans cet objectif, le pôle industriel dont il a pris les commandes ne cesse d'investir. Environ 10 millions d'euros sont réinjectés chaque année pour entretenir et continuer de faire évoluer ses capacités industrielles. Parmi les projets en cours, la réfection des portes des bassins 2 et 3 destinés à l'armement des navires sur la rive droite du Scorff. "Nous sommes toujours en phase de recrutement sur les métiers en tension, dans le domaine de l'électricité notamment", rappelle enfin Emmanuel Chol.

Et si les principaux syndicats de salariés ont manifesté ces derniers mois une inquiétude quant à un possible essoufflement du plan de charge après 2025, rien ne paraît devoir affecter l'optimisme du nouveau directeur quant à la valeur et l'avenir du site dont il a la charge.

Méthode de production optimisée

Avec 2 600 salariés et 1 100 sous-traitants, Naval Group reste un poids lourd économique en même temps que le principal employeur sur le pays de Lorient. C'est aussi un maillon fort d'un groupe stratégique (4,35 Md€ ; 16 000 salariés) détenu majoritairement par l'État (62,25 %), en association avec le groupe Thalès (35 %), un fonds regroupant des collaborateurs (1,82 %) et une participation en propre (0,92 %). Perpétuant depuis plus de trois siècles une tradition d'excellence dans le développement et la construction de navires de surface, ce vaste site militaro-industriel demeure plus que jamais difficile d'accès, dans cette période de graves tensions géopolitiques. Une habilitation est bien sûr nécessaire pour pénétrer l'enceinte sécurisée de cet espace de 47 hectares qui s'étend entre les communes de Lorient et de Lanester, avec le pont Gueydon pour seul trait d'union.

La forme principale de Naval Group à Lorient peut accueillir l'assemblage de deux bâtiments en même temps — Photo : Bertrand Tardiveau

Depuis 2019 et l'achèvement du programme des frégates multimissions ou Fremm (8 bâtiments de 6 000 tonnes livrés, dont 2 à l'export) qui a permis de poursuivre la modernisation de ses infrastructures, le centre Naval Group de Lorient engage un tournant majeur dans ses procédés industriels. "Plus compactes, les nouvelles frégates (ou FDI pour frégates de défense et d'intervention) sont mieux préparées à l'usage de drones et intégralement développées sur l'ensemble de la chaîne de production à travers des supports digitalisés", rappelle Emmanuel Chol. La méthode qui consiste à construire une coque par l'assemblage de blocs préfabriqués a été optimisée, avec notamment la mise au point d'une mâture intégrée de 130 tonnes et 40 mètres de haut (ou Psim, pour Panoramic sensors et intelligence module) qui renferme les systèmes de détection et de combat. Ce fonctionnement permet aux équipes de Naval Group d'anticiper sur les phases d'essais et de gagner en productivité.

Contrats vers l'export

"Par rapport à la première des Fremm que nous avons pu livrer au bout de 58 mois, nous sommes maintenant passés à des délais de 36 mois, soit environ 12 mois en phase de pré-assemblage, 12 mois en forme et 12 mois à quai pour l'armement du navire", assure Emmanuel Chol. Bien que plus compactes que leurs devancières avec leur 4 500 tonnes et 122 mètres de longueur, les FDI demeurent des bijoux technologiques qui intègrent notamment 365 km de câbles électriques. Dans le carnet de commandes de Naval Group sont ainsi inscrits huit de ces vaisseaux de premier rang. Destinée à la marine française sous le nom d'Amiral Ronarc'h, la tête de série a été mise à l'eau fin 2022 et devrait être livrée dans le courant de l'année. Vendue à la marine grecque, la seconde unité baptisée Kimon a été mise à l'eau en octobre 2023 pour une livraison escomptée en 2025. Elle est déjà suivie dans le planning par l'assemblage de Nearchos et Formion, deux sisterships pour les forces navales hellènes, qui ont réservé une quatrième frégate en option. La marine française attend, quant à elle, la mise en service de quatre autres frégates entre 2026 et 2029.

Dans le même temps, le programme Gowind prévoyant la construction de 2 unités d'environ 2 500 tonnes pour la marine des Emirats Arabes Unis arrive à terme, avec la livraison de la corvette Yani Bas en octobre dernier qui devrait être suivie cette année par celle de sa jumelle Al Emarat. 

Deux frégates par an

Lorient continue de regrouper un important département ingénierie, puisqu'environ le tiers des effectifs du site est dédié à la recherche, aux études et au développement de nouveaux programmes. Après la conception des bâtiments ravitailleurs de force désormais en cours de construction à Saint-Nazaire, c'est désormais le futur porte-avions attendu à partir de 2035 qui concentre les efforts des équipes en place. Le rapprochement avec l'italien Fincantieri à travers la joint-venture Naviris ouvre aussi la voie à des projets structurants de dimension européenne.

Naval Group travaille actuellement à la construction de 8 frégates sur son site de Lorient d'ici 2030 — Photo : Naval Group

En attendant, la co-entreprise Kership constituée avec Piriou en 2015, permet déjà d'ouvrir de nouveaux débouchés sur des programmes de navires de moins de 100 mètres. Le contrat pour la livraison de 12 chasseurs de mines pour les marines belge et néerlandaise commence à donner ses premières unités. Il pourrait servir de tremplin à la commande de 6 bâtiments de guerre des mines pour la marine française à l'horizon 2028. Leur taille relativement modeste n'en fait pas  un objectif pour le site de Lorient qui vise des bateaux de plus de 2 000 tonnes et allant jusqu'à 9 000 tonnes et 150 mètres de long. Avec sa forme principale qui affiche 240 mètres de long pour 50 mètres de large, le centre Naval group de Lorient est dimensionné pour sortir chaque année deux frégates. "Notre activité va dépendre bien sûr de nouvelles commandes à l'export", assume Emmanuel Chol.

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