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Enquête Nouveau souffle pour le Port de Bordeaux

Par Astrid Gouzik, le 25 mai 2022

Après une décennie sombre, le Grand Port Maritime de Bordeaux retrouve de l’air. Ses ambitions sont concrétisées dans son plan stratégique 2021-2025 qui fait de l’hydrogène et des sites industriels clés en main ses poumons économiques. Avec déjà deux réussites annoncées pour redynamiser les terminaux du Verdon et d’Ambès.

Dès 2024, les travaux débuteront sur le terminal d’Ambès pour faire émerger un gigantesque site de production d’hydrogène vert, d’une capacité de 300 mégawatts.
Dès 2024, les travaux débuteront sur le terminal d’Ambès pour faire émerger un gigantesque site de production d’hydrogène vert, d’une capacité de 300 mégawatts. — Photo : © Delphine Trentacosta - GPMB

Flashback. On est en 2019, le Grand Port Maritime de Bordeaux (GPMB) encaisse le coup. L’établissement public vient d’acter le départ du leader mondial du transport de containers, MSC. En 10 ans, son trafic annuel a sombré pour passer de plus 9 millions de tonnes à 7,2 millions de tonnes en 2018. La stratégie déployée pendant la décennie qui vient de s’écouler et la gouvernance du Port sont contestées, en interne comme dans le monde économique local. Pour sauver GPMB du naufrage, un nouveau capitaine est appelé à la rescousse : Jean-Frédéric Laurent vient d’être nommé comme président du directoire, fort de ses expériences concluantes aux ports de Dunkerque et de la Réunion.

Un projet à 275 millions d’euros au Verdon

Changement radical d’ambiance moins de trois ans plus tard. Début avril 2022, l’annonce est tonitruante : l’entreprise Pure Salmon choisit le Port de Bordeaux pour implanter sa toute première ferme aquacole de saumon en France. Le projet représente un investissement total de plus de 275 millions d’euros et créera plus de 250 emplois directs. Cerise sur le gâteau : c’est sur le terminal portuaire du Verdon-sur-Mer que sera implanté ce vaste complexe industriel, dont les travaux débuteront en 2023. Ce même terminal qui inquiétait tant trois ans plus tôt et qui était source de tensions au sein du GPMB.

"Nous sommes à l’offensive, il faut rapidement obtenir des résultats", avertissait Jean-Frédéric Laurent en 2019. Les faits parlent d’eux-mêmes : le Port a retrouvé un allant qu’elle n’avait pas connu depuis longtemps. Nécessaire pour redynamiser les 7 terminaux qui le composent, disséminés sur les 100 kilomètres de l’estuaire de la Gironde : le Verdon, Pauillac, Blaye, Ambès, Blanquefort-Parempuyre, Bassens, Bordeaux-Port de la Lune. Indispensable pour sécuriser les 8 100 emplois salariés du complexe industrialo-portuaire (CIP) de Bordeaux.

Un portefeuille d’un milliard d’euros de projets en étude

Et la campagne remporte ses premiers succès tangibles. "Après des années de perte, nous avons obtenu un résultat net positif en 2021", souligne Michel le Van Kiem, responsable du département développement, transition et innovation au Port de Bordeaux. Avec un chiffre d’affaires de 36,8 millions d’euros, le GPMB a dégagé un résultat net positif d’environ 700 000 euros. "Nous ne sommes plus très loin d’avoir un portefeuille d’un milliard d’euros de projets en étude actuellement. L’objectif est 2030 pour la concrétisation de ces projets mais tout s’accélère", assure-t-il.

Par exemple, la société lorientaise Zéphyr & Borée, conceptrice du cargo à voile censé transporter des pièces d’Ariane 6, a examiné la faisabilité technique pour l’un de ses projets sur le Port de Bordeaux.

"Dès aujourd’hui lorsque l’on signe un contrat, nous avons a minima des revenus fonciers. Vers 2027, le cash-flow commencera à arriver".

Un premier contrat, crucial, avait été signé dès le mois d’avril 2021 entre GPMB et l’entreprise GH2 qui va construire un site de production d’hydrogène décarboné sur le pôle pétrochimique d’Ambès, au nord de l’agglomération bordelaise. À la manœuvre, les cofondateurs de la holding GH2, Franck Chessé et Thierry Robustelly, qui ont planché sur ce modèle de centrale électrochimique de production d’hydrogène et d’ammoniac, alimentée par une centrale de production d’électricité d’origine photovoltaïque. Des panneaux seront installés sur le terrain qu’occupera GH2 sur le terminal d’Ambès. La centrale sera également alimentée par des champs photovoltaïques installés ailleurs en Gironde et en France afin de garantir que la centrale électrochimique soit alimentée par 100 % d’électricité verte. Cet hydrogène vert sera ensuite fléché, en partie, vers le Port. "Nous voulons maximiser les synergies qui pourraient exister avec des usages locaux", commentait Thierry Robustelly. Le reste de la production sera destiné à l’export.

Une bouffée d’hydrogène

Un an plus tard, en avril 2022, le projet est largement revu à la hausse. GH2 va finalement tripler sa production à Ambès. La puissance initialement prévue de 100 mégawatts atteindra finalement 300 mégawatts pour fabriquer 250 000 tonnes d’ammoniac par an. À terme, l’usine devrait employer 50 personnes lorsqu’elle sera mise en service en 2027, pour un investissement total estimé entre 300 et 400 millions d’euros.

Un projet parfaitement aligné avec le plan stratégique 2021-2025 mis en place par le GPMB pour "redéployer son activité commerciale, mais également une offre de services diversifiée, performante et fiable". Le Port a identifié 4 grands défis stratégiques avec pour chacun un ensemble d’actions et de projets pour y répondre. L’un d’entre eux étant le renouvellement du modèle économique portuaire dans les transitions écologiques et énergétiques avec pour actions phares : proposer des sites industriels clé en main, développer la production d’énergie photovoltaïque sur les espaces portuaires peu valorisables et sur les surfaces de stockage, structurer une filière industrielle régionale autour de la production et des utilisations de l’hydrogène.

Compenser la baisse du trafic d’hydrocarbures

Outre les revenus fonciers que ces projets génèrent et les retombées économiques pour le territoire, le Port espère ainsi dès 2028 générer des revenus qui compenseront ceux perdus avec les hydrocarbures qui représentent plus de 50 % du trafic général du Port. Dans ce domaine, "on est sur une décroissance structurelle quoi qu’il en soit. Donc soit on ne faisait rien et on assistait au déclin du Port soit on cherchait des relais de croissance. L’hydrogène renouvelable devenait incontournable si on voulait développer d’autres flux de matières premières", détaille Michel le Van Kiem.

L’année dernière, le GPMB a toutefois réussi à stopper l’hémorragie. Avec 6 674 115 tonnes cumulées à fin décembre 2021 contre 6 047 303 tonnes à fin décembre 2020, le Grand Port Maritime de Bordeaux enregistre une hausse conséquente de son trafic de 10,37 %, soit un rebond de 626 812 tonnes. Un résultat à modérer toutefois, le trafic ayant été lourdement affecté en 2020 par la pandémie de Covid-19.

L’offensive lancée en 2019 porte ses fruits. Et les plus juteux ne seront récoltés que d’ici à 2030.

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