Ille-et-Vilaine

Agroalimentaire

Mytilimer accélère sur le créneau des produits élaborés

Par Virginie Monvoisin, le 01 juillet 2021

Mytilimer, à Cancale, est passé en quelques années du stade de producteur de moules à celui de groupe agroalimentaire. Un développement au fil de l'eau, maîtrisé et réfléchi. Après de nouvelles acquisitions, Mytilimer accélère sur les produits élaborés et fait construire un nouvel outil de production pour 2023.

Mytilimer rassemble des producteurs de moules de la baie du Mont-Saint-Michel.
Mytilimer rassemble des producteurs de moules de la baie du Mont-Saint-Michel. — Photo : STEPHANE MAILLARD

Mytilimer a construit son histoire depuis près de vingt ans autour des ressources de la mer. Petit à petit, le groupement de producteurs de moules s’est structuré, a grandi et a diversifié ses activités. Avec 10 sites de production aujourd’hui, il élève et distribue des moules, huîtres, coquillages, et crée des produits élaborés notamment sous sa marque La Cancalaise (rillettes et soupes de poisson…). Implantée à Cancale, au pied de la Baie du Mont-Saint-Michel, Mytilimer réaffirme aujourd’hui son modèle, "celui de la gestion du vivant, basé sur le respect de l’environnement". Un véritable leitmotiv pour son directeur général, Christophe Le Bihan, et ses 140 collaborateurs. "Nous travaillons depuis dix ans avec l’Inra dans le but de décarboner nos activités", indique le chef d’entreprise. Sa stratégie de développement va donc désormais au-delà de la recherche de marchés pour la distribution de ses coquillages. "Nous allons glisser doucement vers l’agroalimentaire", confie celui qui tient la barre de la société depuis 2013.

Nouvel élan pour La Cancalaise

Mytilimer réalise aujourd’hui 50 millions d’euros de chiffre d’affaires en vendant ses produits auprès de la grande distribution (60 % de l’activité), des grossistes, des semi-grossistes, des poissonniers, des professionnels de la gastronomie (30 %) et de la restauration étoilée (10 %). Dans son panier, on trouve en grande partie des moules, à hauteur de 10 000 tonnes par an. Mais de plus en plus de produits élaborés viennent s’ajouter à la carte des références. Rien que cette année, Mytilimer sort 10 nouvelles recettes (lire par ailleurs), à base de poisson notamment. "Ces gammes récentes représentent un nouvel élan pour la marque La Cancalaise, appuie Céline Lefaucheux, responsable marketing de Mytilimer. Elles vont nous permettre d’accéder à une diffusion nationale et à de nouveaux moments de consommation plus axés sur l’apéritif".

"Kerbone", l’usine au bilan carbone nul

De nouveaux débouchés pour les moules de bouchot : les produits élaborés. 
De nouveaux débouchés pour les moules de bouchot : les produits élaborés.  - Photo : Bruno de Oliveira

Pour aller plus loin, et engager ce véritable chemin vers l’agroalimentaire, Mytilimer vient de déposer le permis de construire de son usine de demain, à Cancale, en face de son siège actuel. Ce projet a été baptisé en interne "Kerbone", en référence à la fois "à notre maison, ker en breton, cet endroit où l’on se sent bien, et à notre envie de tendre vers un bilan carbone nul voire négatif", explique Christophe Le Bihan. "Nous avons une envie : quand nous serons partis, nous aimerions ne pas avoir laissé de trace. Nous nous lançons le défi du bilan carbone neutre sur l’ensemble de nos activités et de nos actions." Car c’est sur cela que repose l’investissement en cours de 15 à 20 millions d’euros. Le futur site de 8 000 m² (contre 1 400 m² actuellement), qui verra ses travaux démarrer en novembre prochain pour une livraison en avril 2023, est l’occasion de réfléchir sur l’ensemble des actions du groupe, comme celle de la transformation numérique, notamment. Le nouveau bâtiment permettra également d’intégrer le traitement nouveau des petites moules et coproduits. "Sur les 10 000 tonnes de moules produites, nous en rejetons jusqu’à présent 20 %. Nous avons déposé un brevet sur un hydrolisat enzymatique." Placés dans une cuve spéciale avec des enzymes, les produits sont transformés en une solution liquide qui peut être valorisée en tant qu’arôme par exemple. Sur ce volet environnement, Mytilimer travaille également à réduire ses emballages plastique, pour une consommation plus vertueuse. L’objectif sera de passer à 100 % de plastique recyclé pour les 100 tonnes nécessaires à l’année. Mytilimer va pouvoir concentrer ses arrivages sur ce seul site industriel, ce qui lui permettra de réduire l’empreinte carbone due cette fois-ci au transport. Kerbone regroupera et traitera ainsi l’ensemble de la chaîne mytilicole, depuis les moules et coquillages jusqu’à certains produits élaborés.

Nouvelles acquisitions

Mytilimer a racheté l'entreprise vendéenne Promarée début 2021.
Mytilimer a racheté l'entreprise vendéenne Promarée début 2021. - Photo : Mytilimer

Car l’objectif de cette nouvelle usine est bel et bien de développer ces nouvelles gammes. C’est dans ce même état d’esprit que Mytilimer a réalisé de nouvelles opérations de croissance externe au premier semestre 2021. Le groupe a en effet acquis la société vendéenne Promarée, à Sallertaine, spécialisée dans le coquillage farci. De quoi permettre à la bretillienne de bénéficier d’un nouveau savoir-faire et d’autres débouchés pour sa matière première. Promarée (18 salariés, 2 M€ de CA) réalise en effet 50 % de son activité dans la transformation de moules, qui viennent pour l’instant du Chili. "À nous de transformer ce modèle", estime Christophe Le Bihan. Nous avons tous les atouts, puisque nous sommes les seuls producteurs français à être également présents désormais sur les moules élaborées." Le dirigeant breton indique également vouloir travailler l’huître avec l’outil et la technicité maîtrisée par Promarée, qui restera implanté en Vendée.

Cap vers l’export et le congelé

En complément, Mytilimer a signé le rachat d’une société de mareyage, Steir Marée à Loctudy dans le Finistère. L’objectif est de compléter son activité de distribution vers les professionnels de la gastronomie, gérée par son entité Marie Luxe. Celle-ci, dont le siège est situé au Rheu près de Rennes, avait été acquise en 2017 par Mytilimer, pour développer la vente de produits de la mer à des restaurants étoilés, en France et à l’étranger. "Nous voulons accélérer sur ce segment de la gastronomie, mais aussi sur l’export, ajoute Christophe Le Bihan. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons intégré le premier club Stratexio Bretagne début 2021". L’association apporte aux dirigeants d’entreprises des expertises et réseaux de haut niveau, à travers un programme structurant avec audit stratégique. "Nous allons bientôt recruter un responsable export et définir nos axes de développement", poursuit le dirigeant. Parmi les autres perspectives de développement, Mytilimer regarde vers le congelé, pour "lancer une activité nouvelle avec des matières premières congelées made in France, à destination des freeze centers, d’ici 2022".

Mytilimer rassemble des producteurs de moules de la baie du Mont-Saint-Michel.
Mytilimer rassemble des producteurs de moules de la baie du Mont-Saint-Michel. — Photo : STEPHANE MAILLARD

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