Côtes-d'Armor

Industrie

Avec Vraco, Asserva veut devenir le champion de la distribution en vrac en conteneur

Par Matthieu Leman, le 08 juillet 2022

Le fabricant costarmoricain d’automatismes pour l’élevage Asserva a développé un conteneur destiné à la vente en vrac qui devrait bénéficier d'un vaste marché avec l'augmentation du prix du traitement des déchets individuels. Dans son métier historique, la société lamballaise innove également en proposant des produits connectés qui permettent une gestion de l'alimentation des animaux.

Frédéric Billon, responsable Développements Industriels et Distribution Vrac d’Asserva, devant l’un des exemplaires de Vraco de démonstration.
Frédéric Billon, responsable Développements Industriels et Distribution Vrac d’Asserva, devant l’un des exemplaires de Vraco de démonstration. — Photo : Matthieu Leman

Née en 1978, la PME Asserva n’en finit plus de se réinventer. Tant dans son activité historique de concepteur et fabricant d’automatismes en élevage spécialisé dans le monde porcin que dans ses activités nouvelles. Parmi elles, la plus prometteuse est sans doute Vraco, un conteneur distributeur de produits en vrac de 10 m2 que l’entreprise de Lamballe (Côtes-d'Armor) a conçu et développé.

D'abord positionné sur la vente de granulés de bois en vrac avec un premier conteneur installé à Dreux (Eure-et-Loir) en 2021, c'est avec les aliments pour animaux que le potentiel de l'objet se démontre. "Nous sommes en contact, entre autres, avec les principaux acteurs de la grande distribution et avec les deux plus gros fabricants d’aliments pour animaux de compagnie", savoure Frédéric Billon, responsable Développements Industriels et Distribution Vrac d’Asserva (100 salariés, 16 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2021). La PME se trouve devant un marché dont les limites n’ont pas encore été explorées. "Vraco peut gérer un grand nombre de gammes : granulés de bois, consommables pour piscine, paillage-engrais, produits de l’univers jardin des grandes surfaces, sable, ciment…", énumère le responsable du projet.

Garder son avance

Après l’installation d’un premier modèle devant le Leclerc de Lamballe fin 2021, un second a pris place face à l’Intermarché de Pontivy (Morbihan) en avril 2022. Et le déploiement va s’accélérer. "Nous avons de l’avance et nous ne voulons pas la perdre", martèle Frédéric Billon. Si la fabrication du conteneur de vrac nécessite beaucoup de savoir-faire, seul son système de remplissage par aspiration est breveté. Asserva doit donc occuper le terrain. "Nous venons d’entrer en production avec le lancement d’une série d’une dizaine de conteneurs, avec un rythme de fabrication de deux à trois par mois", confie le dirigeant.

L’activité est notamment portée par deux législations. "Demain, les déchets seront facturés individuellement selon leur poids (déploiement de la redevance incitative, NDLR), le vrac va donc se développer naturellement", décrit Frédéric Billon. La loi Climat et Résilience de 2021 donne également pour objectif à la grande distribution de consacrer 20 % des surfaces de vente au vrac en 2030. Une aubaine pour le conteneur d'Asserva, qui permet des ventes 24h/24, 7 jours/7, libère des surfaces de vente à l’intérieur des magasins, et représente un levier de communication RSE évident pour les distributeurs. "Si les fournisseurs livrent en vrac et que le consommateur vient avec son propre contenant, on a éliminé tous les sacs", pointe Dominique Cantin, président d’Asserva.

Déménagement en 2024

Le conteneur est, de plus, intelligent. Connecté, il partage ses données comme le nombre de ventes réalisées, le volume des produits restant sur sa capacité de stockage de 2,5 tonnes. On peut le gérer à distance, modifier les prix de vente. Et il semble plaire aux consommateurs : sur les deux conteneurs bretons, on relève un taux de retour de 75 %. Quant au tout premier, il a permis en 2021 la vente de 123 tonnes de granulés de bois.

Pour accompagner le développement de Vraco et de l’entreprise, Asserva prévoit de déménager dans deux ans dans de nouveaux locaux, toujours à Lamballe. Le permis devrait être déposé cet été pour un bâtiment de 7 500 m² (contre 5 000 m² pour les locaux actuels), avec une empreinte environnementale allégée (panneaux photovoltaïques, bornes électriques, parking végétal). En prévision de l’augmentation de la cadence de production des Vraco, qui devrait passer à une série mensuelle de dix unités en 2023, la surface de stockage sera agrandie de 50 %, avec deux hectares dédiés.

Gestion individualisée des animaux

Si le conteneur connecté a tout d’une révolution pour Asserva, l’évolution de son métier historique n’est pas en reste. "Notre métier est en train de changer", explique Dominique Cantin. "Pendant trente ans nous avons automatisé les élevages. Aujourd’hui, nous les connectons." La PME, qui réalise 20 % de son activité à l’export (Europe, Asie, Canada), possède d’ailleurs un nouveau slogan, "Digital Farm", qui se retrouve sur sa gamme de seize produits comprenant des systèmes d’alimentation, de pesée, des ventilations, climatisations, systèmes d’électricité et concepts de fabrication d’aliments à la ferme, le tout principalement à destination des élevages porcins.

Cette digitalisation des élevages peut être symbolisée par la nouvelle station d’alimentation pour porcs lancée en 2022 par la PME costarmoricaine. Ce système reconnaît chaque animal grâce à une puce RFID et permet de lui servir une alimentation adaptée à son âge, à son sexe, à sa destination (porc charcutier, truie en maternité…) et à ses besoins, mais également par rapport à son poids de l’instant, puisque l’animal passe sur un instrument de pesée.

Plus largement, la puce RFID permet de gérer chaque individu, de connaître et suivre sa récurrence d’alimentation, sa prise de poids et, en conséquence, de détecter un animal malade ou stressé. L’enjeu est bien sûr de baisser les coûts de revient de l’élevage, mais aussi de favoriser le développement optimal de l’animal tout en assurant son bien-être. Le dosage individualisé permet également d’éviter le gaspillage et de limiter l’entretien des mangeoires, où la nourriture ne stagne plus.

Seize prix d’innovation et huit brevets

Cette station d’alimentation est l’un des fruits de la R & D menée par l’entreprise, qui y consacre 8 % de son chiffre d’affaires et 10 % de ses effectifs. Depuis 2015, seize prix d’innovation et huit dépôts de brevets sont venus la couronner. Les nouveaux matériels sont testés grâce à des stations expérimentales installées chez des éleveurs. Elles sont le plus souvent le fruit d’une association avec un consortium, qui peut comprendre une coopérative par exemple, et permettent de mettre en situation des produits innovants de différentes sociétés. En dehors du domaine agricole, Asserva a développé avec la société EMP Rotomoulage (Ille-et-Vilaine) un container pour poubelles connecté. La collaboration débutée il y a six ans a déjà porté ses fruits avec, notamment, la livraison de 300 unités sur l'île d'Oléron en 2021.

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