Bordeaux

Agroalimentaire

Pour Entomo Farm, les insectes sont une source alternative de protéines

Par Gilles Cayuela, le 26 mai 2016

Lauréat du concours 101 projets, Grégory Louis et sa start-up bordelaise Entomo Farm misent sur l’élevage d’insectes pour résoudre la problématique de surproduction tout en nourrissant l’ensemble de la planète. Un projet ambitieux ! Rencontre.

La société installée à Blanquefort est en quête d'éleveurs d'insectes. — Photo : Entomo Farm

Le Journal des Entreprises : Pouvez-vous nous retracer votre parcours avant de vous lancer dans l’aventure Entomo Farm?

Grégory Louis : J’ai arrêté l’école à 16 ans. J’ai fait des petits boulots qui m’ont conduit ensuite à créer le premier studio d’enregistrement discount en Île-de-France. Après cette aventure avec mon meilleur ami, j’ai commencé à évoluer dans l’immobilier et en particulier la gestion de patrimoine. J’ai exercé ce métier pendant 7 ans avant de me mettre en stand-by. J’avais le sentiment d’avoir fait le tour de ce métier et j’ai donc commencé dès 2012 à réfléchir sur le projet Entomo Farm. Enfin, l’idée à l’époque était surtout de faire de ma passion mon métier.

Quelle est donc cette passion et sur quel métier a-t-elle débouché?

G.L. : Ma passion, ce sont les insectes. Depuis l’âge de 8 ans, j’en observe et j’en élève. C’est une passion qui est née grâce à ma mère qui était technicienne de laboratoire à l’école vétérinaire de Maison Alfort. Les mercredis, pendant les vacances, je me baladais avec elle dans les couloirs du laboratoire. C’est là que j’ai pu voir une diversité d’animaux et notamment d’insectes. J’en ai élevé à la maison, mais au bout d’un moment, la passion grandissant, je me suis demandé ce que je pouvais faire de professionnel avec des insectes. Un jour, je suis tombé sur un documentaire qui parlait de famine et déséquilibre écologique suite au tremblement de terre à Haïti. C’est là qu’avec mon épouse on s’est dit que les insectes pouvaient être une solution à la crise alimentaire. De fil en aiguille, le projet a commencé à faire son chemin dans nos têtes. J’avais déjà un projet que j’ai présenté au concours 101 projets initié par Xavier Niel, Marc-Antoine Granjon et Marc Simoncini. Il consistait en une solution qui permettrait de produire des insectes avec une efficacité intéressante au mètre carré, une traçabilité. Cela a retenu leur attention puisque j’ai été lauréat du concours, ce qui m’a permis de recueillir 25.000€ pour me lancer.

Et la phase suivante?

G.L. : Elle a été parsemée d’embûches. Il a fallu affiner le projet, faire l’étude de marché, le business plan et évaluer le besoin en cash pour démarrer et grandir et surtout définir quel était notre métier et à qui on allait vendre. Aujourd’hui, on se définit comme fournisseur d’ingrédients à base d’insectes. On produit des insectes, on les transforme et on fournit ce produit.

À qui sont destinés ces produits?

G.L. : On destine ce produit à l’alimentation animale, qui est pour nous une porte d’entrée intéressante. Il faut savoir que les insectes ont une très grande teneur en protéines et les farines d’insectes pourraient dans quelques années remplacer les farines animales utilisées pour nourrir veaux, vaches, cochons, mais aussi les poissons ou les animaux domestiques. Demain, on peut même envisager de pousser notre processus pour vendre ces farines à des gens qui souhaiteraient les incorporer dans l’alimentation humaine. Mais dans un premier temps, on a ciblé principalement les farines animales et notamment les farines dédiées à l’aquaculture. Les aquaculteurs élèvent des poissons avec des farines de poisson essentiellement importées d’Afrique ou du Mexique et cela coûte cher. L’idée est de proposer à ces aquaculteurs des protéines alternatives en élevant eux-mêmes des insectes pour les donner ensuite à manger à leurs poissons. Le verrou technologique est aujourd’hui levé puisque nous avons réussi à mettre au point des unités de production pour l’élevage d’insectes et leur transformation en farine. Il ne reste plus, en Europe, qu’à lever le verrou réglementaire qui nous permettra d’administrer ces farines aux poissons et aux volailles. Aujourd’hui ce n’est pas encore le cas.

Où en êtes-vous côté business ? Avez-vous démarré la commercialisation de vos unités de production ?

G.L. : On a commencé à commercialiser les farines. On a fourni nos premiers kilos à Ovali Innovation, la filiale innovation des groupes coopératifs Maïsadour et Vivadour. On est très fier qu’un acteur majeur de la filière agroalimentaire nous ai passé cette première commande.

Vous avez levé récemment 1,2 million d'euros auprès d’investisseurs privés, de business angels, du fonds régional Aqui Invest et de la plateforme de crowdfunding Sowefund.com. À quoi va servir cette enveloppe ?

G.L. : Cette enveloppe va nous servir à embaucher et structurer notre équipe. On va aussi développe nos infrastructures sur des systèmes automatisés et commencer à attaquer les marchés internationaux. On prévoit d’ailleurs de créer une première filiale à l’international dès 2016.

Avez-vous déjà ciblé le pays en question ?

G.L. : Il y a des zones géographiques que l’on scrute avec attention. L’Afrique et l’Asie en font partie, mais le pays exact reste encore à déterminer. Ils s’agit pour nous d’investissements stratégiques qui nous permettront d’être au plus près des marchés internationaux. C’est le cas de l’Afrique où il y a un très fort besoin en alimentation pour l’aquaculture et de l’Asie qui est le plus gros marché aquacole au monde.

Vous démarrez par les farines animales mais demain vous envisager d’étendre votre concept à l’alimentation humaine. Les insectes sont selon vous une nourriture d’avenir ?

G.L. : Je le pense. On sait très bien que demain on sera 9 milliards d’individus sur terre, que l’on a des problèmes de production et qu’à terme, on ne pourra plus produire comme on le fait car on se retrouvera face à de gros problèmes climatiques. Bref, il y a un réel enjeu à produire des insectes et à en faire une source alternative de protéines. On n’est pas dans un schéma où l’on va forcément arrêter de manger une bonne côte de bœuf ou un bon poisson, mais on va peut-être devoir au quotidien faire un peu plus attention et passer à une alimentation à base d’insectes, et réserver les bonnes côtes de bœuf pour des moments plus conviviaux, comme les moments de fêtes.

Il s’agit donc d’un marché d’avenir qui peut permettre à Entomo Farm de décoller? Quels sont les objectifs que vous vous êtes fixés ?

G.L. : C’est effectivement un marché d’avenir sur lequel on prévoit de faire 1 million d'euros de chiffre d’affaires en 2018.

La société installée à Blanquefort est en quête d'éleveurs d'insectes. — Photo : Entomo Farm

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