La loi du marché. C’est, à entendre son dirigeant Thomas Chardin, ce qui a poussé la PME landaise Unelo à réorienter sa production vers le béton compacté routier bas carbone. Son activité initiale, elle, reste la même : l’extraction et la valorisation de sédiments de dragage, transformés en routes, parkings, pistes cyclables, trottoirs ou voies piétonnes. "On n’imaginait pas que la route allait décoller aussi rapidement. On pensait que l’activité de Perfodalle (des dalles de béton drainant) nous permettrait de lancer l’activité, en réalité c’est tout le contraire", raconte Thomas Chardin. "Pour cette activité de dalles, on va plutôt s’orienter vers des contrats de licence avec des préfabricants".
De nouveaux débouchés
Ce retournement de marché s’est opéré suite à sa participation aux dernières assises de l’économie de la mer de La Rochelle en novembre. Sa technique innovante de traitement des sédiments issus de cours d’eau - en remplacement des sables de carrière - lui a permis de signer en octobre 2023 un partenariat industriel avec son voisin, le fabricant de béton à base d’argile Materrup.
"Tout le monde en veut, on s’est rendu compte qu’il y avait un réel besoin". Les ports sont notamment intéressés, comme clients mais aussi comme fournisseurs, cherchant des débouchés pour leurs propres sédiments, "surtout ceux qui sont vaseux et qui ne sont pas clapés (rejetés) en mer".
Les promoteurs immobiliers semblent aussi avoir flairé l’opportunité, notamment Domofrance avec qui l’entreprise a signé un partenariat en novembre en vue d’incorporer son BCR dans plusieurs chantiers pilotes "en cours d’identification en Gironde et dans les Landes. Domofrance étant un gros paquebot, ils sont venus chercher notre béton et notre ingénierie pour pousser leurs équipes à innover", raconte Thomas Chabrier.
Les arguments du produit d’Unelo séduisent de nombreux acteurs, collectivités comme entreprises privées. "Même si le bas carbone est moins dans la tête de nos clients que le prix, la couleur et la résistance du béton, on coche toutes ces cases en plus d’une fabrication pétrole et sans gaz", se félicite le chef d’entreprise. Affichant une durée de vie doublée par rapport à un enrobé classique, le BCR de l’entreprise revendique aussi des "caractéristiques mécaniques équivalentes aux chaussées portuaires et aéroportuaires".
Une industrialisation nécessaire
Affirmant avoir "une quarantaine de millions d’euros" de futurs contrats potentiels dans les tuyaux, Unelo a déclenché plus vite que prévu son industrialisation pour être capable de tenir la route et la cadence.
Ses 24 salariés ont déménagé en début d’année dans leur futur nouveau siège, en cours de construction au sein de la zone d’activité Atlantisud de Saint-Geours-de-Maremne (Landes). "Nous avons réceptionné notre centrale à béton en fin d’année, une grosse machine capable de produire 120 m3 par heure qui nous a fait entrer en phase industrielle". Sur un terrain de 15 000 m2 dont il a déjà acquis un tiers, Unelo va démarrer en mars la construction de sa première usine de production de BCR bas carbone. "Le plus urgent pour nous est de mettre en place le laboratoire, qui va nous permettre de récupérer des sédiments de dragage provenant de toute la France", révèle le dirigeant. "Il devrait faire 250 m2 au début mais est voué à facilement doubler sa surface".
Le chantier de l’usine, qui vient d’accueillir une nouvelle directrice, Dounia Boutahri, ancienne cadre d’Eurovia (filiale de Vinci) doit durer un an, mais Unelo espère casser ses premiers bétons dans son nouveau labo dès la fin de l’année 2025. Financé par l’Ademe à hauteur de 200 000 euros (soit la moitié de son coût), il est vu comme le cœur du réacteur de cette future unité de production de 2 000 m2.
Décollage anticipé
Pour la financer, l’entreprise est actuellement en train de réunir des fonds. Elle devrait boucler dans le courant du premier trimestre une levée d’un million d’euros "auprès de deux gros industriels qui ne sont pas issus du BTP". Une somme à laquelle il faut ajouter un prêt bancaire d’environ 500 000 euros et d’autres subventions publiques qu’elle espère obtenir pour créer un outil industriel capable de produire, à terme, "plus de 100 000 tonnes par an".
Enfin, Unelo envisage toujours de dupliquer son modèle, notamment sur la métropole bordelaise. "Nous sommes en pourparlers pour nous y installer et espérons y lancer une agence fin 2025".
Ayant réalisé un chiffre d’affaires de 4 millions d’euros en 2024, soit quasiment le double de celui de l’année précédente "seulement grâce à la traction commerciale, sans matériel ni équipement supplémentaire", la PME, qui est en cours de discussion pour "d’autres partenariats importants avec de gros industriels", a déjà "plus de deux millions d’euros de commandes signées" pour 2025, année où elle vise un chiffre d’affaires de "7 à 8 millions d’euros".