Le constructeur l’avait annoncé en 2023 et il l’a fait. Toyota Motor Manufacturing France (TMMF) a signé en 2024 un nouveau record de production, en atteignant les 279 613 véhicules fabriqués dans son usine d’Onnaing, près de Valenciennes (Nord). Son précédent record datait de 2023, avec 273 788 véhicules fabriqués. TMMF, qui exporte 81 % de sa production, a atteint en 2024 un chiffre d’affaires de 4,96 milliards d’euros (contre 3,06 Md€ en 2022), avec 5 000 collaborateurs, dont 3 875 en CDI. Face à un marché de l’automobile complexifié par la transition vers la motorisation électrique, TMMF ne compte toutefois pas renouveler ce record en 2025, mais plutôt maintenir le rythme. Le regard du constructeur est tourné vers 2030 : à cet horizon, il espère produire un nouveau modèle sur le site d’Onnaing.
Le pari réussi de l’hybride
Pour TMMF, 2024 était aussi l’année de la transition vers une motorisation 100 % hybride. Depuis le mois d’avril, le constructeur nordiste réalise sur sa seule ligne de production les deux modèles Yaris et Yaris Cross, avec une motorisation uniquement hybride. Sur l’année écoulée, TMMF a vendu 73 % de Yaris Cross, 27 % de Yaris, avec un total de 98,2 % de véhicules hybrides. Ce site de production, qui fêtera ses 25 ans l’année prochaine, a également célébré fin 2024 sa cinq millionième voiture produite. "Peu de sites automobiles ont atteint ce volume de production en 24 ans", se réjouit Rodolphe Delaunay, son président.
Forte de ces performances, la direction se félicite d’avoir misé sur l’hybride : "C’est un choix que nous avons fait dès 2012. C’était un pari osé, à contre-courant de ce que faisaient les autres constructeurs. Il y a un an, nous faisions encore face à un certain scepticisme, souligne le président. Ces détracteurs commencent aujourd’hui à dire que Toyota avait raison".
Des questions autour de l’électrique
"Nous partageons l’enjeu de décarboner la planète. L’erreur qui a été faite, c’est d’avoir voulu imposer une seule motorisation", explique Rodolphe Delaunay. TMFF compte ainsi atteindre la neutralité carbone en 2030, en installant par exemple 18 hectares de panneaux solaires pour être autonome en électricité le jour, ou en autoconsommant l’eau à cet horizon.
"Le volume de lithium utilisé pour faire une voiture électrique permet de produire 90 voitures hybrides."
Quant au passage à la motorisation électrique, s’il n’est pas exclu, les doutes demeurent. "Sur le marché automobile, la rentabilité économique d’un modèle à 100 % électrique n’a pas encore été prouvée, affirme Rodolphe Delaunay. Même des géants chinois comme BYD ne font pas que de l’électrique… Ce à quoi s’ajoute le sujet des métaux rares, comme le lithium : y en aura-t-il assez pour tout le monde"? Benoît Chambon, vice-président de TMMF renchérit : "Le volume de lithium utilisé pour faire une voiture électrique permet de produire 90 voitures hybrides."
Attentisme
Tout comme les consommateurs, "qui ne savent plus quelle voiture acheter et retardent donc le passage à l’acte", constate Rodolphe Delaunay, le constructeur est dans l’attentisme. Il rappelle que l’interdiction par l’Union européenne des moteurs thermiques en 2035 comporte une clause de revoyure, prévue en 2026. En fonction de l’état des lieux dressés par les acteurs de l’automobile, elle pourrait permettre le report de l’échéance. Le constructeur suivra la décision prise : "Notre objectif est d’être prêt à produire un nouveau véhicule sur ce site en 2030, quelle que soit sa motorisation. Le tout, en veillant à pérenniser nos 10 000 emplois directs et indirects".