Thibault Lanxade : "Le Gouvernement n'a pas réalisé le choc de simplification"

Thibault Lanxade : "Le Gouvernement n'a pas réalisé le choc de simplification"

Le vice-président du Medef en charge des TPE-PME et de l'entrepreneuriat, venu le 7 juillet au Havre à la rencontre de ses adhérents, reconnait des avancées avec la loi Macron mais ne voit pas de choc de simplification. Il pointe également la situation économique tendue des TPE/PME et analyse la crise grecque.

La loi Macron marque-t-elle des avancées pour les entreprises ?

Oui, c'est une loi qui marque des avancées pour les entreprises. Article par article, cette loi avance dans certains secteurs. Toutefois, on a du mal à trouver une stratégie forte et il faut rappeler qu'elle a été longue à mettre en place avec neuf mois de discussions. Parmi les points a retenir, on peut noter que la loi a voulu redonner un peu de flexibilité en ce qui concerne le travail du dimanche. Elle permet également de mieux récompenser l'entrepreneur sur le fruit de la cession de son entreprise. Elle donne aussi de la flexibilité en mettant en place un barème pour les conseils de prud'hommes. Beaucoup de sujets on été ouverts mais cependant, on peut regretter que les curseurs placés à l'intérieur des sujets traités ne vont pas assez loin. Si le Gouvernement considère qu'avec la loi Macron il a fait le choc de simplification et le choc de mesures attendu par les entreprises, je pense qu'il se trompe et qu'il faudrait une dizaine de loi comme celle-ci pour réellement arriver à bout des réformes. C'est une loi qui ne va pas suffisamment loin, pas suffisamment fort pour que les entreprises puissent profiter à long terme des effets de cette loi.

Quelle est la situation des TPE/PME ?

D'abord, d'un point de vue purement macro-économique, les indicateurs sont plutôt positifs quand on regarde depuis le début de l'année. Sur le premier trimestre, on a une amélioration des marges des entreprises de l'ordre de quatre points. Et ce n'est pas directement lié à l'effet du CICE ou du pacte de responsabilité. On a une amélioration des marges des entreprises et c'est tant mieux. Ce qui permet de nous situer autour de 32 points de marge là ou l'Allemagne est encore à 43. L'autre point positif, c'est la stabilité de la consommation. On est à 1,6 point de consommation et notamment sur les TPE/PME on sait qu'elles sont dépendantes d'une consommation des Français compte tenu du fait qu'elles ont pour beaucoup un volet d'exportation faible. La dessus, on a une stabilité des prix du pétrole, les taux d'intérêts, malgré ce qui se passe en Grèce, on a pas d'envolée des taux d'intérêts et une stabilité parité dollar/pétrole qui fait que pour le moment c'est plutôt profitable pour l'exportation. Pour le moment, la situation des TPE/PME est tendue. On voit réapparaitre des tensions fortes, à la fois des tensions de trésorerie et des tensions de BFR qui portent à la fois sur le financement de l'activité au sens large et à la fois sur du rebond. Certaines entreprises ont des rebonds de croissance mais ont des difficultés à financer ce rebond de croissance parce que les bilans se sont dégradés depuis 2008. Et ce surcroit d'activité génère des tensions de BFR et on voit réapparaitre des tensions de financement.

Comment passer ce cap financier tendu pour les TPE/PME ?

Les entreprises ont des encours limitées, elles doivent renégocier à la hausse et c'est compliqué de négocier des encours à la hausse quand vous avez 1,5 point de croissance attendu en France dans le meilleur cas et que vous avez une entreprise qui a des bilans dégradés depuis 2008. Les banques doivent être mieux préparées et associées à ce rebond et financer ce retournement progressif de l'économie. Une entreprise de taille intermédiaire qui reprend le chemin de la croissance aujourd'hui, quand bien même le chemin de la croissance soit faible, elle n'a quasiment aucune difficulté à retrouver du financement. Il y a un surcroit de liquidités avéré de toutes les banques, elles sont même plutôt à batailler pour récupérer les dossiers des ETI. Quand vous êtes une PME, que vous avez une situation qui s'est dégradée et que vous êtes en train de repartir, il y a des devoirs d'explication qui prennent du temps et des banques qui doivent accompagner ce retour à la croissance. Autre situation récurrente en France, celle des délais de paiement, avec à peu près 15 milliards de délais de paiement en souffrance et la, les grandes entreprises, comme les collectivités locales, territoriales, les services de l'Etat, doivent faire extrêmement attention car elles ont une responsabilité forte dans la destruction d'entreprises. D'ailleurs, quand vous comparez les courbes de destructions d'entreprises et l'augmentation des délais de paiement, c'est tout à fait linéaire. Plus vous êtes en destruction d'entreprises, plus les délais de paiement s'envolent.

La situation économique peut-elle s'aggraver avec la crise grecque ?

D'abord il y a l'effet mécanique et l'effet en chaîne qui sera probablement moins douloureux ou en tout cas plus prévisible que l'effet des subprimes à partir de 2007. On compare beaucoup la Grèce avec la chute de Lehman Brothers, mais les économistes disent globalement que les produits nocifs que Lehman Brothers avait généré fait que l'on a découvert par un effet domino l'ampleur du dégât. La, on sait que si la Grèce devient insolvable, d'abord elle va commencer par ne pas payer ses échéances puis se mettra en place un mécanisme. Pour la France, cela représente 40 milliards d'euros, ce qui n'est pas négligeable puisque notre déficit est de 63 milliards d'euros. Ensuite, c'est notre capacité à voir si on arrive à rester sur une Europe unie.

Faut-il continuer à soutenir la Grèce ?

Le problème de la Grèce est de savoir s'ils sont en mesure de faire les réformes nécessaires et si des pays qui sont terriblement endettés finalement ne font pas les réformes nécessaires, alors c'est la porte ouverte à tous les pays, dont la France, à ne jamais trouver l'équilibre budgétaire. Le sujet est là. La dette de la France est de l'ordre de 2.000 milliards d'euros, et a un moment on doit pouvoir être en mesure de rembourser cette dette. Parce que, ce qui se passe aujourd'hui est un mini miracle. Il faut que les fonctionnaires du Trésor puissent trouver les 200 millions d'euros de liquidités chaque jour pour financer la France. Quand vous aurez des taux d'intérêt qui vont s'envoler ça deviendra un exercice compliqué. Tout ceci est donc assez artificiel et pour la Grèce, il n'est pas forcément bon qu'elle puisse quitter l'Europe car elle pourrait générer une partie de son éclatement. Maintenant, soyons clair, il ne faut pas non plus que l'on paie pour un pays qui ne respecte pas les règles, un pays qui a menti sur ses comptes et qui en plus ne rembourse pas! On ne sanctionne pas un peuple, on sanctionne un Gouvernement, un Etat.