Tertu Equipements est une PME de 70 personnes installée à Villedieu-lès-Bailleul, dans l’Orne, fabriquant des glissières de sécurité en bois et en métal pour les routes depuis 1986. Son activité génère chaque année plusieurs milliers de tonnes de déchets de bois, que la société a décidé de revaloriser sous forme de carburant alternatif pour l’aviation. Les premières pierres d’une usine de transformation pourraient être posées en 2027 à Blainville-sur-Orne.
Produire un carburant renouvelable
Depuis 2018, Vincent Calleja, directeur général de Tertu Equipements, réfléchit à une façon de recycler les chutes de bois de sa société. "La fabrication de glissières de sécurité génère beaucoup de déchets bois et ils ne sont pas suffisamment valorisés", explique le dirigeant. Celui-ci a d’abord envisagé de transformer le bois en hydrogène, avant d’y renoncer. "Aujourd’hui, il n’y a pas de marché à proprement parler pour l’hydrogène, contrairement au carburant renouvelable pour les avions, qui n’a pas encore de combustible alternatif", confie le chef d’entreprise.
L’usine de transformation permettra au fabricant de glissières de sécurité de diversifier son activité et de "maîtriser tous les flux du bois, de l’aval à l’amont", précise Vincent Calleja. Tertu Equipements a réalisé un chiffre d’affaires de 24 millions d’euros en 2025 et vise de l’accroître d’un million d’euros en 2026.
6 millions d’euros investis en recherches
En cinq ans, la PME familiale a investi 900 000 euros dans la recherche pour le projet TH2 visant à construire une usine de transformation du bois en Sustainable Aviation Fuel (SAF). Et au total, l’entreprise normande va investir 6 millions d’euros dans la recherche. "La Région et l’Europe viennent de valider des subventions de 2 millions d’euros pour l’étude", se réjouit le directeur général. Le reste est financé en partie par Bpifrance, via des prêts, et par la PME, à partir de ses fonds propres.
La phase d’étude mobilise 80 emplois pendant 14 mois, et à terme, l’usine emploiera 59 personnes. Le coût de construction de l’usine est chiffré entre 160 et 200 millions d’euros. Il sera financé par des fonds d’investissement et des réseaux bancaires régionaux, sous forme de dettes et de capital.
Un procédé de gazéification utilisé
Tertu Equipements s’appuie sur deux technologies allemandes pour cette transformation et des bureaux d’étude français. Le processus, découvert par des ingénieurs allemands au début du XXe siècle, Hans Fischer et Franz Tropsch, consiste à chauffer le bois à haute température, avec de l’hydrogène, afin de le faire passer de l’état solide à l’état gazeux. Une fois cette étape réalisée, le gaz est passé dans des membranes pour le transformer en une sorte de cire. Celle-ci est ensuite transformée en kérosène.
Revaloriser 6 % du gisement de bois normand et francilien
Le nouveau bâtiment devrait permettre le recyclage de 60 000 tonnes de déchets bois par an, dont 30 % apportés par Tertu et les 70 % restants d’entreprises normandes du secteur bois. Vincent Calleja estime que le projet équivaut à revaloriser 6 % du gisement de bois de la région Normandie et Île-de-France.
"Notre but n’est pas de créer une gigafactory qui déstabiliserait l’écosystème de réemploi du bois. Nous souhaitons plutôt faire une vitrine normande d’un projet qui fonctionne et que d’autres pourraient dupliquer ailleurs", souligne le dirigeant de Tertu. En amont de la construction de l’usine, celui-ci souhaite présenter les appels d’offres aux entreprises de la région, pour dynamiser l’emploi local. L’usine de Blainville-sur-Orne, une fois sortie de terre, pourrait produire 12 000 tonnes de SAF par an.