Formé à HEC Paris, à l’école d’ingénieurs UniLSalle et tout juste sorti de l’école Polytechnique, Charles Terrey possède déjà plusieurs casquettes. D’un côté, il s’apprête à reprendre l’exploitation agricole de sa famille, dans l’Aube, à 23 ans. De l’autre, il mène le projet Terragrow, lancé en 2024 et réunissant déjà une dizaine d’ingénieurs basés à Bezannes, près de Reims. Un bagage déjà imposant, qui lui permet de cerner les enjeux rencontrés par les agriculteurs, à différents niveaux, dont celui de la comptabilité.
Croisement de données comptables et techniques
C’est justement aux experts-comptables que s’adresse directement Terragrow, dont la valeur ajoutée est de croiser diverses données provenant des agriculteurs, de leurs flux bancaires et prévisionnels financiers, ou encore de la météo et du cours des marchés.
Apporter des recommandations précises
Le croisement de ces éléments comptables, techniques et financiers génère des indicateurs prévisionnels en temps réel, permettant à un expert-comptable de cibler les exploitations nécessitant des conseils dans son portefeuille et de leur apporter des recommandations précises. Par exemple, dans un contexte de fermeture du détroit d’Ormuz la plateforme propose d’établir des scénarios des conséquences à prévoir pour chaque exploitation. Le logiciel permet encore de cibler les agriculteurs qui connaîtront des difficultés de trésorerie ou de simuler l’achat d’un nouveau tracteur en prenant en compte le taux d’endettement et la trésorerie d’une exploitation.
"Chaque année, des milliers d’agriculteurs reçoivent leur bilan 8 mois après la clôture. Et prennent leurs décisions les plus critiques — investissement, trésorerie, restructuration — seuls, sans données fiables. Leurs cabinets comptables le savent, et ne peuvent rien y faire. Pas par manque de compétences, par manque d’outils", communique la jeune pousse.
"Notre application permet aux experts-comptables de retrouver de la valeur, par l’intermédiaire du conseil"
Avec un accès aux prévisions de Terragrow, les experts-comptables peuvent ainsi proposer un conseil de meilleure qualité aux agriculteurs qu’ils accompagnent. Une plus-value non négligeable dans un contexte d’entrée en vigueur en septembre 2026 de la réforme de la facturation électronique, qui permettra aux cabinets de suivre beaucoup plus rapidement les données de leurs clients au lieu d’attendre plusieurs mois.
"Notre application permet aux experts-comptables de retrouver de la valeur, par l’intermédiaire du conseil. […] Aujourd’hui les données arrivent souvent chez les experts-comptables avec beaucoup de décalage, ce qui fait qu’ils n’arrivent pas à vendre de conseils aux exploitants car ce sont souvent des recommandations qui sont faites trop tard, voire post-mortem", vise Charles Terrey, cofondateur et PDG de Terragrow.
Bientôt 10 000 agriculteurs couverts
À ce stade, Terragrow se rémunère en vendant des abonnements à son application aux cabinets d’experts-comptables. La start-up totalise près d’une dizaine de clients, qui possèdent chacun entre 300 et 4 500 agriculteurs dans leurs portefeuilles. "Nous sommes en phase de déploiement avec ces cabinets, et devrions atteindre les 10 000 agriculteurs couverts par notre application d’ici un an", anticipe Charles Terrey.
L’entreprise espère atteindre la rentabilité dans le même horizon, sans passer par une levée de fonds. Terragrow vise ainsi un déploiement à échelle nationale, sur le plus de cas d’usage possibles, notamment en élevage et dans le secteur de la vigne. "Nous allons nous concentrer sur la France, même s’il y a des opportunités dans les pays les plus limitrophes", indique le dirigeant.
Établir des études
Une montée en puissance du nombre d’exploitations couvertes qui devrait permettre à Terragrow de produire des études prospectives à plus grande échelle grâce aux données récoltées sur les différentes exploitations. En cours de développement, ces dernières pourraient également être commercialisées auprès des cabinets d’expertise comptable en charge des exploitations en question, les données des agriculteurs étant anonymisées.