Solaire : Trois PME fourbissent leurs armes
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Solaire : Trois PME fourbissent leurs armes

Énergies renouvelables En constituant un Groupement d'intérêt économique (GIE) - une première régionale dans le secteur - trois PME veulent aussi leur part du gâteau. Elles visent les projets de centrales au sol d'envergure. Sur leur chemin: les grands groupes nationaux.

Pascal Martin ne s'en cache pas. Quand il apprend que la Région Bretagne s'apprête à lancer une société d'investissements avec pour partenaires des grands groupes de l'énergie, son sang ne fait qu'un tour. Comme tous les patrons de PME, des énergies renouvelables, le dirigeant d'Armorgreen, à La Mézière, vient tout juste de digérer le moratoire imposé par le gouvernement sur l'achat d'électricité. Moratoire qui n'eut l'effet que d'un "guili-guili" sur le pied des EDF ENR et autres GDF Suez, tandis qu'il mit sérieusement en péril les plus "petits". Alors dans ce contexte, savoir que ces mêmes grands s'apprêtent à rejoindre une société régionale d'investissements (EILAN), dont l'objectif initial est de financer des projets d'envergure, c'est la goutte qui fait déborder le récupérateur d'eau.




Peser face aux grands

Ni une ni deux. Fort de la création en fin d'année du collectif SOLOuest, à l'initiative de six PME, Pascal Martin contacte deux de ses concurrents: IEL à Saint-Brieuc et Quenea à Carhaix Plouguer. Objectif: trouver un terrain d'entente pour peser face aux plus grands. Un vrai défi. Car ces trois PME, de tailles relativement comparables, sont bel et bien concurrentes sur le marché des énergies vertes. Mais elles ont aussi un point commun. La faiblesse de leurs fonds propres, inhérente à leur dimension, ne leur permet pas de répondre à certains appels d'offres. Les plus gros.




Ouest Énergies Nouvelles

«Notre constat est simple, explique Pascal Martin. Le marché de l'énergie se partage en trois: une Ligue 1, avec les nationaux, une Ligue 2, avec des groupes comme Poweo, et la CFA2, avec nous. Dans ce contexte, on bataille chacun de notre côté. On s'est donc dit qu'il fallait arrêter. L'idée, c'est de passer de la CFA2 à la L2!» Et tout ceci est aujourd'hui en voie de concrétisation. Armorgreen, IEL et Quenea s'apprêtent à créer un GIE (Groupement d'intérêt économique). Le premier du genre dans le secteur. Son nom: Ouest Énergies Nouvelles. «L'objectif, c'est de mutualiser toutes nos ressources et nos activités dans le développement de grands projets», décrit Pascal Martin. Dans leur viseur: des projets de territoire structurants, comme une centrale au sol de plusieurs hectares. «Car ce qui nous réunit aujourd'hui, c'est le solaire au sol», explique le patron d'Armorgreen. «Le but est d'être tous les trois ensemble en capacité de réponse sur de gros projets de centrales, où les concurrents sont des groupes nationaux. Des projets à plusieurs dizaines de millions d'euros», indique à son tour Loïc Picot, co-dirigeant d'IEL. «Cette dynamique est à mettre en perspective avec l'enjeu de l'énergie en région». Et c'est vrai qu'avec le Pacte électrique breton, lancé par Jean-Yves Le Drian en lien avec l'État, on se dit qu'un GIE de PME bretonnes a toute sa place dans la course enragée aux énergies vertes. Mais si cette démarche vise à peser dans les futurs appels d'offres, elle devrait être suivie par une seconde étape. «Ce GIE s'accompagnera de la création d'un fonds d'investissement», poursuit Pascal Martin. Les trois PME y contribueront financièrement, «et on sollicitera la Caisse des dépôts au cours du deuxième semestre.» Les porteurs du projet espèrent ainsi rassembler 2M€ de fonds propres d'amorçage, leur permettant de faire levier ensuite. L'objectif: prendre des parts dans des centrales solaires. En investissement et en installation.




Complémentarité

Et EILAN dans tout ça? La SAS régionale qui, finalement, est à l'origine de cette mobilisation privée. «En discutant avec la Région, on s'est rendu compte que notre véhicule apportera de la complémentarité à EILAN, conclut Pascal Martin. EILAN est peut-être plus dimensionnée pour aller sur des gros tickets.» Dominique Ramard, conseiller régional de Bretagne et Monsieur Énergie auprès de Jean-Yves Le Drian, ne dit pas autre chose. «On est dans une logique de travail en commun plutôt que de confrontation. Notre but, c'est de développer le photovoltaïque. Il faut donc jouer breton tous ensemble.»

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