Le problème ne date pas d’hier, mais les polluants éternels à l’instar des PFAS restent une problématique récente. Leur persistance dans les sols et l’eau fait craindre des risques pour la santé humaine. Les pouvoirs publics commencent à légiférer en fonction de préoccupations sanitaires et environnementales. Depuis février 2025, une réglementation prévoit ainsi l’interdiction progressive de certains produits contenant des PFAS à partir de janvier 2026, à savoir dans les vêtements et chaussures, ainsi que les produits imperméabilisants, les produits cosmétiques ou encore les farts de skis. Des mousses anti-incendie, composées de PFAS pour leur résistance à la chaleur, seront également interdites. "Des sites industriels ont été plus pollués, tant par l’épandage de ces mousses que par les particules émises lors d’un incendie", remarque Pierre-Yves Burlot, directeur du développement durable de Séché Environnement (7 300 salariés et 1,18 Md€ de CA prévu en 2025).
Dans l’industrie, les PFAS sont également employés pour leurs propriétés antiadhésives, ou encore dans des emballages alimentaires et des produits phytosanitaires.
Beaucoup d’industriels peu concernés
"Dans l’attente d’un cadre sur les seuils de PFAS dans l’eau, par exemple, la seule continuité réglementaire qui existe est celle des industriels", poursuit Pierre-Yves Burlot. Selon lui, "beaucoup d’industriels ne se sentent pas exposés" à ces problèmes de pollution. Pourtant, la présence de PFAS peut se révéler insidieuse, car ramenée par des matières extérieures à un site de production, via des fournisseurs à leur insu ou dans l’eau captée pour le process industriel, explique en substance le pilote de la stratégie environnementale du groupe Séché. Le spécialiste des déchets dangereux (qui représentent 70 % de ses activités) se prépare donc au développement futur d’une demande relative aux PFAS. "C’est un nouveau métier qui arrive sur le marché lié à de nouveaux besoins", résume Pierre-Yves Burlot.
Un marché complexe à évaluer
Pour l’heure, il est difficile d’évaluer ce que pourrait représenter en volumes et valeur la gestion et la destruction de ces substances persistantes. "La structuration de ce marché dépendra fortement du cadre réglementaire qui sera fixé par les pouvoirs publics, en particulier le ministère de l’Environnement. Les décisions sur les seuils, les typologies de PFAS concernés, les obligations de traitement ou de traçabilité auront un impact direct sur l’ampleur de ce marché", explique Séché Environnement. Il existe des milliers de PFAS aux propriétés différentes.
Anticiper le cadre réglementaire
Comme souvent à la veille de nouveaux types de réglementations environnementales, le groupe lavallois a mené une approche proactive. L’entreprise a engagé une montée en compétences de ses équipes commerciales et techniques. Elle indique également avoir renforcé ses pôles de recherche et développement et d’ingénierie. Des investissements entrepris depuis cinq ans. Lors du 5e congrès international sur les PFAS, à Paris en juin 2025, Séché Environnement a par ailleurs présenté une étude réalisée pour le compte du Sypred, le Syndicat des professionnels du recyclage, de la valorisation, de la régénération et du traitement des déchets dangereux. L’objectif de ces travaux était de "proposer des valeurs limites d’émissions réalistes dans les aqueux et scientifiquement pertinentes pour anticiper et contribuer à l’élaboration d’un cadre réglementaire ambitieux".
Une gestion continue des eaux industrielles
Séché Environnement propose ainsi des protocoles aux clients qui souhaitent mesurer une présence, ou non, de PFAS sur leurs sites. Depuis le rachat des activités d’eau industrielle de Veolia en 2022, le groupe lavallois "maîtrise l’ensemble du cycle de l’eau". "Nous sommes ainsi capables d’installer des équipements de traitements en propre, chez nos clients", vante Pierre-Yves Burlot. Une démarche qui, selon lui, peut garantir une meilleure sécurité face aux PFAS : "En circuit fermé, en recyclant les eaux de son process, un industriel peut se prémunir de contaminants qui pourraient se trouver dans l’eau du réseau".
Des incinérateurs adéquats
En France, Séché Environnement détient quatre des quinze incinérateurs capables de détruire efficacement certains PFAS ; il s’agit des sites de Strasbourg, de Saint-Vulbas (Ain), de Salaise-sur-Sanne (Isère) et de Rouen. Le Mayennais en possédera un cinquième, et le seul dans le Nord, si son rachat du groupe Flamme est validé par l’Autorité de la Concurrence.
"Il existe une centaine d’incinérateurs en tout pour tous les types de déchets en France. Mais pour une destruction plus forte des produits dangereux, il faut des installations qui puissent chauffer à plus de 1 000 °C", précise Pierre-Yves Burlot.