Telle une ligne industrielle, le business plan de Reeverse Systems suit une mécanique bien huilée. Il y a deux ans, sa fondatrice et dirigeante, Sandrine Mollé, annonçait doubler ses effectifs d’ici 2025 et viser une levée de fonds de 3,2 millions d’euros. Deux objectifs parfaitement validés en ce début d’année ! Avec aujourd’hui 22 personnes à bord, l’entreprise a débloqué cette somme auprès de deux ETI industrielles de la région, de Bpifrance, et de trois banques.
Le bâtiment et l’aéronautique en cibles principales
Reeverse Systems développe une solution numérique réduisant au maximum les chutes de matériaux sur les chaînes logistiques des industriels. "Pendant longtemps, les usines ont axé leur fonctionnement sur la performance industrielle et la productivité. L’esprit change, et le gain de matière prend le pas sur les autres paramètres", analyse Jérémy Rainer-Alexander, directeur des opérations et associé de Reeverse. Les deux marchés majeurs pour l’entreprise sont aujourd’hui l’aéronautique et le bâtiment, avec un focus sur les matières qui ont une forte valeur : composites, fibres de carbone, titane, aluminium, et maintenant PVC.
"Par le gain de matière, nous améliorons la souveraineté et la pérennité de nos clients"
Chaque crise tend d’ailleurs à rappeler aux industriels que les prix de ces matières sont très volatils. "Par les temps qui courent, la rentabilité peut être complexe à trouver. En optimisant chaque matière première, nous permettons d’améliorer les résultats, ainsi que la souveraineté et la pérennité de nos clients", argumente Sandrine Mollé.
Un bureau à Lyon pour mieux couvrir le territoire
Véritablement commercialisée depuis six mois, la solution numérique de Reeverse Systems est déjà implantée dans une dizaine d’usines en Pays de la Loire, Bretagne, Nouvelle-Aquitaine, et Rhône-Alpes. Parmi ces clients, quelques beaux noms industriels, comme le sous-traitant aéronautique Aries Industries, ou encore Atlantem, la division menuiserie d’Herige Industries. "Nous allons ouvrir d’ici fin 2025 un bureau à Lyon afin de mieux couvrir le territoire national", pointe Sandrine Mollé. Reeverse Systems peut déjà se targuer d’avoir caractérisé plus d’un million de chutes, soit 5 000 tonnes de matières. Elle ne manque pas non plus de reconnaissances, puisque l’entreprise recevait l’année dernière le Grand Prix Innovation 2024 par France 2030.
La rentabilité d’ici deux ans
La moitié de la levée de fonds va permettre à Reeverse Systems d’accélérer son développement commercial, pour poursuivre son déploiement au sein des usines. "Nous espérons un amorçage international début 2026, notamment en diffusant à travers nos clients, qui sont pour la plupart aussi à l’étranger", précise Sandrine Mollé. Reeverse Systems vise d’atteindre la rentabilité d’ici deux ans. Une période qui lui nécessitera de relever des fonds. Mais cette fois, Sandrine Mollé reste prudente sur la somme à obtenir. "Au-delà de la somme, nous avons une culture industrielle forte, et notre objectif est d’avoir des acteurs au capital qui comprennent bien nos enjeux", précise la dirigeante.
Création d’une banque des matériaux
L’autre moitié des 3,2 millions d’euros sont dédiés aux efforts de R & D. De ce côté, la société ambitionne de construire une banque des matériaux de seconde vie, où les entreprises pourraient venir piocher. Des chutes de l’industrie navale ou aéronautique pourraient par exemple servir dans un deuxième temps à d’autres secteurs comme le BTP. "Cela nécessite de normaliser les données des produits, et de créer des standards de traçabilité pour faire communiquer les différentes filières", explique Sandrine Mollé. L’entreprise travaille sur ce projet avec l’agence GS1 France, soit la branche nationale de l’organisme GS1 qui gère notamment la création des codes-barres à l’échelle internationale. Cette banque faciliterait ainsi des processus de réemploi entre industriels. Loin d’être un simple effet de mode, ce mode de consommation intéresse de plus en plus d’acteurs notamment dans le BTP. Encore faut-il que la mécanique soit aussi bien huilée entre eux.