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R-Pass : un collectif organise les funérailles symboliques de la compétitivité alsacienne le 21 octobre à Colmar
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R-Pass : un collectif organise les funérailles symboliques de la compétitivité alsacienne le 21 octobre à Colmar

Le monde économique projette une nouvelle action aux allures de funérailles symboliques pour enterrer la compétitivité alsacienne, sur le parvis de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) à Colmar, ce lundi 21 octobre, où les élus doivent voter le principe du R-Pass, l’écotaxe poids lourds qui doit entrer en vigueur en 2027.

Les acteurs du monde économique avaient déjà fait part de leur mécontentement, le 7 octobre, sur le parvis de la CeA à Colmar — Photo : Fabrice Voné

Après avoir mené une opération escargot le 7 octobre, c’est par le biais d’un avis de décès que le Collectif pour la compétitivité de l’économie alsacienne (CCEA) a communiqué sa prochaine action, le 21 octobre à 9 h 30, sur le parvis de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) à Colmar. Une action qui aura des allures de funérailles symboliques. Ce jour-là 80 élus sont en effet appelés à voter le principe du R-Pass, l’écotaxe poids lourds qui doit entrer en vigueur en janvier 2027.

"Le CCEA, l’ensemble des 21 filières constitutives et leurs présidents et toutes les entreprises alsaciennes ont l’immense tristesse de vous faire part du décès de la compétitivité de l’économie alsacienne […] Une perte survenue après une succession de crises sanitaires, conjoncturelles et politiques. Elle a finalement succombé sous le poids du projet de Taxe Bierry", mentionne le document en ciblant Frédéric Bierry, président (LR) de la collectivité née en 2021 après la fusion des départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin.

"3,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires additionnel pour supporter cette taxe"

Mercredi dernier, les membres du collectif avaient formulé un courrier, plus conventionnel, aux élus locaux en indiquant que cette taxe était "disproportionnée" et que les entreprises alsaciennes devraient "générer 3,2 milliards d’euros additionnels de chiffres d’affaires pour tenir les 64 millions d’euros de recettes induites par la CeA" d’après l’étude d’impact économique dévoilée, début septembre, par le cabinet Deloitte.

Le projet de R-Pass vise à réduire le trafic international de transit, en hausse depuis l’augmentation de la LKW-Maut, l’écotaxe poids lourds allemande, à diminuer la pollution et augmenter la sécurité sur l’A35 et l’A36, ainsi qu’entretenir et développer les infrastructures routières. Des ambitions que réfutent les acteurs économiques locaux qui redoutent d’être les plus pénalisés par ce qu’ils considèrent comme "la mise en application du premier impôt de production imposé par un département en France".

Le Collectif pour la compétitivité en Alsace organisera ses propres funérailles, lundi 21 octobre, date du vote du principe du R-Pass par les élus de la CeA — Photo : DR

Un surcoût de 400 000 euros par an pour la sucrerie Cristal Union d’Erstein

Nombreux sont ceux qui ont effectué leurs calculs comme la sucrerie d’Erstein (Bas-Rhin), coopérative agricole fondée en 1893 et spécialisée dans la fabrication et la commercialisation de betteraves. Faisant partie du groupe Cristal Union (2 300 collaborateurs dont une centaine à Erstein, 2,8 Md€ de CA), elle a chiffré l’impact du R-Pass à 400 000 euros par an sur la base de 0,15 euro du kilomètre d’après le scénario retenu par la CeA.

"Tout produit qui entre ou sort de chez nous serait susceptible d’être taxé", indique Laurent Rudloff, en charge de l’approvisionnement de l’usine d’Erstein en betteraves. En ce moment où la campagne betteravière bat son plein, il voit défiler 300 camions chaque jour de la semaine. "Les entreprises de transport travaillent avec des marges très réduites, elles n’arriveront pas à encaisser ce surcoût, qu’on estime de l’ordre d’un euro par tonne et qu’elles nous répercuteraient directement", poursuit-il.

D’autant que la coopérative vient déjà de subir une première hausse de ses coûts avec la mise en place du Grand Contournement Ouest (GCO) de Strasbourg, engendrant des frais de péages et de kilomètres supplémentaires à hauteur de 300 000 euros par an.

"On ne pourra pas dire que c’est la faute de Paris !"

"La petite musique des élus de la CeA consiste à dire qu’on va répercuter ce surcoût sur le produit fini alors que le sucre dépend d’une cotation mondiale. Les producteurs seront les premiers pénalisés. Mon autre crainte, c’est qu’on va surtout se retrouver avec un problème de compétitivité", fulmine Gérard Lorber, président de la coopérative sucrière d’Erstein et secrétaire général de la FDSEA. "Nous ne sommes pas les seuls sur le marché. Si les Allemands paient la LKW-Maut, nous, on a déjà la taxe à l’essieu et la taxe foncière. Le R-Pass va déstabiliser cet équilibre, ajoute-t-il. Mais ce qui me désole le plus, c’est que ce sont des Alsaciens qui vont grever l’économie locale. On ne pourra pas dire que c’est Paris !"

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