Retour aux fondamentaux pour le laboratoire marseillais Provepharm. Spécialisé dans les colorants médicaux, celui qui s’est fait connaître avec ProveBlue, en réhabilitant le bleu de méthylène, avait beaucoup misé sur le marché américain, où il assurait lui-même la commercialisation de ses produits. Un modèle dont il est revenu et se détache, pour davantage se focaliser sur son domaine d’expertise : "notre cœur de métier, l’innovation", résume Hélène Thomas, directrice générale de Provepharm. Un poste créé il y a un an, justement pour mettre en place une plateforme d’innovation et accélérer le développement des produits, dont un colorant fluorescent prêt à l’emploi, notamment pour accompagner l’essor de la chirurgie de précision et de la chirurgie mini-invasive robotisée. "Nous avons passé 5 à 6 ans à tester 400 à 500 formulations avec des résultats intéressants, on doit maintenant les valoriser au mieux."
Un partenariat avec Sagent Pharmaceuticals
"Produire et distribuer mobilise deux énergies différentes, très consommatrices, développe Michel Feraud, le fondateur et dirigeant de l’entreprise. Nous travaillons énormément pour lancer deux nouveaux colorants innovants en 2026 et préférons nous concentrer là-dessus. On s’appuie donc sur un acteur plus efficient pour la distribution aux États-Unis." Sagent Pharmaceuticals, en l’occurrence, avec qui Provepharm a conclu un partenariat commercial, accompagné par Rothschild & Co. Cet acteur des produits injectables et génériques va distribuer Bludigo, son indigo carmin injectable, ainsi que les deux nouveaux colorants diagnostiques, tandis que les effectifs sur place ont été supprimés.
Un effort commercial trop lourd
"Nous resterons très présents aux États-Unis", précise-t-il. En effet, Provepharm y concentrait 80 % de son activité en 2023, y avait des équipes depuis 2023 et y avait racheté en 2020 la société Apollo Pharmaceuticals, spécialisée dans les génériques, avant de la revendre. "Mais le territoire était trop grand et le portefeuille trop petit pour nos équipes. Nous avons tenté des actions correctives, mais ça n’a pas été assez impactant", estime le dirigeant du laboratoire, qui affichait en 2024 un déficit de 42,5 millions d’euros et un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros contre 80 millions d’euros en 2022 (selon les chiffres publiés sur le site pappers.fr). "On a arrêté un effort commercial trop lourd". L’entreprise, qui a connu une période de croissance forte entre 1998 et 2023, avait ensuite dû, entre 2023 et 2024, se séparer de 75 de ses salariés qui étaient alors 125. Des effets dus à "des changements de périmètres importants" selon Michel Féraud qui ne précise toutefois pas les limites de ces périmètres. Ni le chiffre d’affaires de 2025.
De nombreux marchés à investir
"Nous sommes la seule société à disposer de l’ensemble des colorants chirurgicaux, qui ont chacun une indication spécifique, insiste-t-il. Et le colorant fluorescent ne l’est pas à l’œil nu mais grâce à une caméra. Nous avons donc l’intention d’en faire un nouveau standard mais aussi de travailler avec un équipementier." "Nous sommes avant tout guidés par le besoin, à un moment où les produits chirurgicaux, le taux d’équipement et les indications progressent", poursuit Hélène Thomas, qui cible prioritairement la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, où Provepharm a une filiale, mais aussi la Chine où le bleu de méthylène pourrait être commercialisé dès 2026. "Nous sommes très loin de la vitesse de croisière", conclut Michel Feraud.